Un œuf de Mussaurus patagonicus en cours d'étude au synchrotron de Grenoble. © ESRF, C. Argoud

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Des œufs de dinosaures scannés au synchrotron pour percer le secret de leur gigantisme

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Par Laurent Sacco, Futura

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Pour mieux comprendre l'étonnante croissance des très grands dinosaures et aussi pourquoi certains ont évolué vers le gigantisme, des paléontologues ont scanné aux rayons X trente œufs, ainsi que des fossiles juvéniles. Tous appartiennent à la même espèce, qui vivait il y a 215 millions d'années. De petite taille, elle est l'ancêtre de dinosaures herbivore géants. Ces organismes jeunes à divers stades de développement ont une histoire à raconter.

Les paléontologues retrouvent parfois du collagène de dinosaures vieux de 80 millions d'années, mais le fragile ADN de ces terribles lézards ne se conserve pas suffisamment longtemps. Nous ne les ferons jamais revivre et Jurassic Park restera un rêve. Pour autant, les chercheurs progressent dans la connaissance de leurs tissus mous et de leur physiologie. Par exemple, l'analyse de certains isotopes permet de déterminier si les dinosaures étaient à sang chaud ou froid.

Depuis une vingtaine d'années, ce sont aussi les rayons X qui sont mis à contribution car ils permettent notamment des études non destructrices des fossiles encore pris dans leur gangue rocheuse. En témoigne le travail original réalisé à l'ESRF (European Synchrotron Radiation Facility, en français Installation européenne de rayonnement synchrotron), l'un des trois plus importants synchrotrons actuellement en fonctionnement dans le monde. Cet instrument géant a mis à la disposition des paléontologues l'une de ses « lignes de lumière », pour des analyses de microtomographie durant quatre jours et quatre nuits.

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Des clés de l’évolution des dinosaures dans l’ontogenèse

Ainsi, les chercheurs ont pu faire des reconstitutions en 3D de l'intérieur de trente œufs de dinosaures d'une même espèce en provenance d'Argentine. Certains contenaient des embryons à différents stades de développement de Mussaurus patagonicus, un genre de dinosaure sauropodomorphe du Trias supérieur qui vivait il y a environ 215 millions d'années. Ces œufs ont été découverts dans des nids conservés par les sédiments de la formation géologique El Tranquilo, en Patagonie. Des restes de bébés et de jeunes M. patagonicus, faisant d'ailleurs penser à une souris (d'où, d'ailleurs, le terme Mussaurus), y ont également été retrouvés. Ils ont eux fait l'objet d'investigation à l'ESRF.

Les données obtenues sont toujours en cours d'analyse et les paléontologues espèrent qu'elles leur permettront de mieux comprendre pourquoi et comment certains dinosaures sont devenus de grandes tailles au cours des millions d'années et pas seulement les détails de la croissance des embryons de dinosaures. M. patagonicus est en effet une des formes primitives des dinosaures herbivores qui vont évoluer pour donner des géants, tels que le célèbre Brachiosaure, un saurischien sauropode de la fin du Jurassique et du début du Crétacé qui, lui, mesurait environ 25 m de long, 12 m de haut et pesait entre 32 et 50 tonnes.

Les chercheurs pensent, pour des raisons liées à la biologie, que les étapes du développement des os du squelette et du crâne des embryons, ainsi que ceux d'un bébé et d'un jeune M. patagonicus de deux ans, contiennent des indices sur l'évolution qui a fait passer des sauropodomorphes aux sauropodes.

Interview : cinq idées fausses sur les dinosaures  Le cinéma et la littérature entretiennent autour des dinosaures une certaine mythologie. Ces allégations, souvent totalement erronées, ont le don de froisser les experts et les adeptes avertis. Futura-Sciences est donc parti à la rencontre d'Éric Buffetaut, paléontologue, afin de passer au crible cinq idées reçues sur les dinosaures. 

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