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Des champignons peuvent-ils accélérer les extinctions de masse ?

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Des champignons pathogènes actuels se révèlent apparentés à des champignons qui ont accéléré l'extinction des conifères à la fin du Permien. Sont-ils une menace pour nos conifères, alors que nous vivons la sixième extinction de masse ?

Un champignon du groupe des Rhizoctonia pourrait menacer les conifères comme ceux du groupe des Reduviasporonites l'avaient fait lors de l'extinction du Permien. © dbaron, Flickr, CC By sa 2.0

Nous sommes en ce moment en train de vivre la sixième extinction de masse. Parmi les cinq précédentes, la quatrième est la plus importante : elle a eu lieu à la fin du Permien, il y a 250 millions d'années environ, et a dévasté près de 95 % de la biodiversité marine et 70 % de la biodiversité terrestre. On l'appelle l'extinction du Permien. Et il se pourrait bien qu'elle ait un point commun avec l'extinction que nous vivons actuellement, selon une récente étude publiée sur le site de la revue Geology.

Ce point commun, ce sont les Reduviasporonites. Alors que les scientifiques ont longtemps hésité à ranger ces organismes dans le groupe des algues, des comparaisons avec des champignons actuels du genre Rhizoctonia confirment qu'ils appartiennent bien à celui des champignons, comme l'avaient déjà suggéré des analyses réalisées en 2009.

Un champignon tueur de conifères

On savait d'ailleurs que ce champignon était l'un des acteurs de l'extinction du Permien, en s'attaquant aux conifères en décomposition, suite à l'extinction vraisemblablement due à une importante activité volcanique au niveau de la Sibérie actuelle. Mais ce que vient de mettre en avant une équipe de chercheurs du Looy Lab de Berkeley, de l'université d’Utrecht et du Collège impérial de Londres, c'est que ce champignon a également joué le rôle d'accélérateur. Il s'est attaqué aux arbres toujours vivants mais affaiblis par les différents stress causés par l'activité volcanique.

À gauche, le champignon Rhizoctonia et à droite, Reduviasporonite. © Rhizoctonia image courtesy of Lane Tredway, The American Phytopathological Society

C'est la ressemblance entre les Reduviasporonites et les espèces de Rhizoctonia qui a mis la puce à l'oreille des chercheurs. Le genre Rhizoctonia, en plus d'être saprophage, est impliqué dans de nombreuses maladies de plantes, au niveau des branches, des feuilles et surtout des racines. Rhizoctonia signifie d'ailleurs « tueur de racine ».

Et les chercheurs ont découvert que la forme dormante de ces champignons, qui leur permet de survivre à des conditions hostiles, présente de nombreuses similitudes avec les fossiles de Reduviasporonites retrouvés dans les couches géologiques correspondant à la fin du Permien (voir photo ci-dessus).

Des champignons auraient accéléré l'extinction des conifères à la fin du Permien. © Mark Sephton (arbres)/Cindy Looy (champignon en incrustation)

Les conifères en danger ?

Si cette étude permet d'apporter une pierre supplémentaire dans la compréhension de la plus grosse extinction de masse, elle pourrait bien servir de signal d'alarme pour celle que nous vivons en ce moment et depuis environ 10.000 ans. Les variations de température, la sécheresse et autres bouleversements climatiques ou anthropiques sont autant de facteurs qui fragilisent les forêts et rendent les arbres particulièrement vulnérables à toute forme de parasitisme. Dans ces conditions, les espèces du genre Rhizoctinia pourraient avoir sur les conifères actuels le même impact que celui qu'ont eu les Reduviasporonites sur les conifères du Permien.

Suite à l'extinction du Permien, les conifères avait mis plus de 4 millions d'années à repeupler la surface du Globe...