L’argyronète est une tisseuse hors pair. Cette araignée spécialiste des toiles aquatiques est capable de construire une nappe de soie sous l’eau, arrimée à la végétation, qui lui permet de respirer tout en restant immergée.


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    L'argyronète (Argyroneta aquatica) est une espèce d’araignée parfaitement adaptée à la vie aquatique, que l'on retrouve dans toute l'Europe et jusqu'en Méditerranée. L'une de ses caractéristiques les plus remarquables : sa capacité à construire sa toile sous l'eau. 

     Cette araignée tisse sa toile en forme de cloche avec des fils de soie hydrophobes afin d'y abriter une bulle d'air. © Wien Prater
     Cette araignée tisse sa toile en forme de cloche avec des fils de soie hydrophobes afin d'y abriter une bulle d'air. © Wien Prater

    Une vie dans un sous-marin tissé de soie

    Tout commence sous l'eau, avec le tissage d’une toile en forme de cloche, faite de fils de soie hydrophobeshydrophobes, fermement arrimée à la végétation aquatique. L'araignée remonte ensuite en surface pour collecter des bulles d'airair à l'aide des soies hydrophobes qui recouvrent son abdomenabdomen et ses pattes, qu'elle emporte dans sa toile immergée. Plusieurs trajets lui sont nécessaires afin de construire une bulle d'environ un centimètre de diamètre, constituant un véritable réservoir d'air. Bien que le taux d'oxygène de la cloche s'équilibre avec celui dissous dans l'eau environnante, un renouvellement régulier par l'araignée est idéal. Ceci étant, elle est tout à fait capable de rester immergée jusqu'à quatre jours consécutifs, surtout en période hivernale, utilisant uniquement ce réservoir pour respirer. En effet, malgré sa vie presque entièrement aquatique, l'argyronète ne possède pas d'organes respiratoires adaptés à l'extraction de l'oxygène dissous dans l'eau.

    Les femelles argyronètes, bien que plus petites que les mâles, forment des bulles plus grandes pour y protéger leur progéniture. © Leon Becker
    Les femelles argyronètes, bien que plus petites que les mâles, forment des bulles plus grandes pour y protéger leur progéniture. © Leon Becker

    Quand la bouteille d’oxygène se transforme en un nid douillet

    Cette même toile est d'une structure particulièrement ingénieuse : tissée entre les tiges de plantes aquatiques ou les rochers, elle forme un bouclier contre les prédateurs. Ainsi, les femelles protègent leur progéniture en formant des bulles jusqu'à deux fois plus grandes que celles des mâles, une caractéristique potentiellement reliée au dimorphisme sexuel de cette espèce. Les pontes se succèdent du printemps à l'automne : le mâle gagne la bulle d'une femelle pour l’accouplement, puis la femelle pond un coconcocon d'une centaine d'œufs. Ce cocon est ensuite déposé dans la cloche, préalablement agrandie et séparée en deux loges superposées : le cocon occupe la chambre supérieure, la femelle la chambre inférieure. L'incubation des œufs dure environ trois semaines, puis les jeunes araignées qui en sortent ont plusieurs options : certaines choisissent de rester à proximité, tandis que d'autres s'évadent en sortant de l'eau et s'envolant dans les airs au moyen d'un fil ascensionnel. L'inventeur de Spiderman ne se serait-il pas inspiré de ces créatures ?

    Découvrez une autre araignée, qui pour sa part se sert de sa toile comme filet pour chasser... les lézards ! © Futura