Maison

Premier bilan pour la tour à énergie positive Elithis : peut mieux faire

ActualitéClassé sous :Maison , développement durable , technologie

Edifiée en 2009 à Dijon, la tour Elithis se voulait un bâtiment à énergie positive à destination des PME. Sept millions d'euros, deux années de recherche et des techniques innovantes devaient lui permettre de produire plus d'énergie qu'elle n'en consommait. Malgré des performances énergétiques remarquables, l'objectif n'a pas été atteint. La faute aux serveurs informatiques... et aux êtres humains, qui veulent travailler au chaud.

La tour à énergie positive d’Elithis et sa résille métallique qui la protège des coups de chaud à Dijon. Si elle ne peut être considérée comme un bâtiment à énergie positive pour cette première année, elle demeure un bâtiment basse consommation avec moins de 50 kWhep/m2/an consommés. © fr.lombard CC by-nd 2.0

La tour Elithis est un exemple d'architecture et d'urbanisme durable. Elle combine principes de conception et technologies pour réduire sa consommation énergétique et ajouter l'apport de ses propres sources renouvelables, de sorte de réduire ses charges et ses émissions de CO2. Cette tendance préconisée par le Grenelle de l'environnement commence à s'implanter en Europe et ailleurs dans le monde, comme à Masdar City.

En effet, le secteur du bâtiment résidentiel et tertiaire (bureaux, commerces, etc.) est une source importante de consommation énergétique et d'émissions de gaz à effet de serre. En France, il représente, selon l'Ademe, 43% de la consommation annuelle et 25% des émissions de CO2. Contrairement à l'industrie, où beaucoup d'optimisations ont déjà été réalisées, il reste une marge de progression importante dans le bâtiment, comme le prouve la tour Elithis.

Un an après son inauguration, les 1.600 capteurs qui suivent la consommation d'énergie et les variations de température de la tour permettent de dresser un bilan de cette année de rodage. Initialement, la conception de la tour, son isolation à base de ouate de cellulose et de double vitrage à argon, sa résille métallique, sa ventilation à double flux, son chauffage à granulés de bois et ses panneaux photovoltaïques devaient assurer une consommation d'énergie primaire inférieure à 20 kWh par mètre carré et par an pour les 5.000 mètres carrés de bureaux.

Une tour basse consommation, mais pas à énergie positive

Cet objectif n'a pas été atteint, essentiellement à cause du comportement des usagers, mais aussi des difficultés de réglage au cours de cette année de rodage, au cours de la quelle la moitié seulement de la tour (56%) était occupée. Au final, et en tenant compte des apports des panneaux solaires, la consommation a été de 49,63 kWhep/m2/an (kilowatts-heures d'énergie primaire par mètre carré et par an) pour un objectif de 15,1 kWhep/m2/an, en tenant compte du taux d'occupation.

Donc si la tour Elithis ne peut être considérée comme positive pour cette première année, elle satisfait tout de même aux exigences des bâtiments basse consommation en restant sous la barre des 50 kWhep/m2/an. Ce chiffre est à comparer aux 400 kWhep/m2/an de la consommation moyenne du parc résidentiel et tertiaire français.

Cliquer pour agrandir. L’informatique et le comportement des usagers sont la principale cause de dépassement de la consommation énergétique, malgré le recours aux ordinateurs portables, plus économes et à la lumière naturelle (75% de la surface verticale du bâtiment est vitrée). © Elithis

Le poste de consommation le plus important est celui de l'activité professionnelle, avec une consommation de 54,6 kWhep/m2/an contre une prévision de 24,2 kWhep/m2/an. Les concepteurs reconnaissent avoir sous-estimé les besoins des serveurs informatiques, de même que ceux des pompes et systèmes auxiliaires qui ont consommé 2,6 kWhep/m2/an contre 1,1 prévu.

20°C, une température inconfortable pour travailler

L'autre poste qui s'est révélé plus énergivore que prévu est celui du chauffage. Les usagers ont en effet estimé que la température initiale de 20°C était inconfortable. L'augmentation de 2°C qui a été choisie a triplé la consommation de la chaudière à bois, la faisant passer de 2 à 6,32 kWhep/m2/an. D'autre part, ce mode de chauffage a posé des problèmes lorsque la température extérieure dépassait 0°C. Le cycle de combustion du bois a en effet empêché une gestion fine des températures et provoqué une surchauffe inutile.

Quant à la climatisation, la ventilation, l'éclairage et l'ascenseur, les objectifs ont été atteints et, pour certains, dépassés. Deux curiosités sont apparues : 50% de la consommation de l'éclairage ne sont dus qu'à 7% des surfaces (parking, escaliers et hall d'entrée), tandis que les escaliers, dont l'usage a été privilégié, consomment plus que l'ascenseur à cause de l'éclairage lors des déplacements sur plusieurs étages.

Pour finir, les cellules solaires ont rempli leurs fonctions en produisant 48 kWhep/m2/an (78.000 kWh), soit presque les 50 kWhep/m2/an attendus.

Thierry Bièvre, directeur du groupe Elithis et co-occupant de la tour, est donc satisfait des performances du bâtiment qui génèrent un bilan économique positif de 4,29 euros HT par mètre carré. S'il estime que l'appellation à énergie positive est plus une philosophie qu'un terme technique, il considère tout de même les résultats positifs et encourageants. Selon lui, avec de l'éco-management et une modification des comportements, plus quelques réglages supplémentaires, les performances de cette tour peuvent encore s'accroître.