Les lauréats du prix Nobel patientent en moyenne 22 ans après leur découverte avant d’être récompensés. Un délai plus court pour les chimistes, mais les physiciens remportent leur prix plus jeunes et ont besoin de publier moins d’articles. Statistiques du Nobel pour les impatients et les paresseux.


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    Dans son testament rédigé à Paris en 1895, un an avant sa mort, Alfred NobelAlfred Nobel stipulait que les intérêts de son capital devaient être redistribués chaque année « à ceux qui, au cours de l'année écoulée, auront rendu à l'humanité les plus grands services ». On est aujourd'hui bien loin de ce vœu pieux. Les candidats au Nobel attendent en moyenne 22,3 ans après leur découverte pour recevoir leur prix, a calculé Rasmus Bjørk, un chercheur de l'université technique du Danemark, dans une étude publiée dans la revue Scientometrics.

    Durée moyenne entre la découverte et l’attribution du prix Nobel. © Nature Index

    Jusqu’à un demi-siècle d’attente pour recevoir le Nobel

    En chimie, seuls les prix décernés à Hans Fischer (en 1930, pour la synthèse de l'hémine) et à Irène et Frédéric Joliot-CurieFrédéric Joliot-Curie (en 1935, pour la découverte de la radioactivité induite) se rapprochent de la règle avec un délai d'un an, indique une autre étude réalisée par le magazine Chemistry World. À l'autre bout du spectre, Osamu Shimomura a attendu 46 ans avant de recevoir son prix Nobel de chimie en 2008, pour son travail sur GFP (protéine fluorescente verteprotéine fluorescente verte), à l'âge de 80 ans. Le record est détenu par le virologue Francis Peyton Rous dont la découverte de virus cancérogènecancérogène ne sera recompensée du Nobel de médecine qu'en 1966, soit 55 ans après. Ce dernier était alors âgé de 86 ans.

    Âge moyen des lauréats du prix Nobel et durée entre la recherche et l’attribution du prix. © Chemistry World

    Étudier la chimie est toutefois la manière la plus rapide de se procurer un Nobel, remarque Rasmus Bjørk, dont l'étude porteporte sur les prix attribués depuis 1995 pour l'économie et la physique, depuis 2000 pour la chimie et depuis 2006 pour la médecine. Le délai entre la découverte et l'obtention du prix est ainsi de « seulement » 20,8 ans pour les chimistes, contre 21,2 pour les médecins, 23,2 ans pour les économistes et 23,5 ans pour les physiciensphysiciens. Malgré cela, les physiciens reçoivent leur prix plus jeunes que les autres, à 42 ans en moyenne. (Raté pour cette année : James Peebles, l’un des lauréats de physique, affiche 84 ans au compteur).

    Les physiciens doivent publier trois fois moins d’articles que les économistes pour gagner un Nobel

    Si vous êtes pressé de recevoir le prix, il est donc conseillé d'opter pour la chimie. Si en revanche vous voulez travailler le moins possible, choisissez la physique. Les physiciens n'ont en effet besoin de publier que cinq articles en moyenne pour obtenir un Nobel, alors que les économistes doivent s'acharner à écrire 17 articles pour être récompensés. « Les physiciens tendent à être récompensés pour une découverte précise, tandis que les économistes doivent développer leur théorie durant plusieurs années avant qu'elle ne soit reconnue », note Rasmus Bjørk. « Cela explique pourquoi les physiciens reçoivent leur prix plus tôt dans leur carrière et donc plus jeunes ».

    Nombre d’articles publiés avant l’attribution du prix Nobel. © Nature Index

    Prix Nobel : un truc de vieux ?

    « Le problème du prix Nobel, c'est qu'il est toujours remis à des scientifiques âgés, ce qui donne l'impression aux gens que la recherche est faite par des vieux », a expliqué à l'AFP l'Américain Gregg Semenza, l'un des trois lauréats du prix Nobel de médecine 2019. « Mais ce n'est pas le cas, nous étions jeunes quand nous avons fait nos découvertes », déplore-t-il. L'âge moyen des lauréats se situe ainsi à 69 ans pour la dernière décennie, dix ans de plus que dans les années 1900. Le Nobel, un club de vieux et aussi très masculin : 20 femmes seulement figurent parmi les 607 lauréats d'un Nobel scientifique.