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Le financement de la physique des particules en péril aux USA

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C'est un véritable séisme qui vient de frapper le monde de la physique des particules aux Etats-Unis. Le Congrès vient de voter une réduction importante des fonds accordés à cette discipline. Des centaines de physiciens vont être licenciés et plusieurs programmes de recherches compromis.

L'expérience CDF du Fermilab. Crédit : Fermilab

Pour le directeur du Fermi National Accelerator Laboratory (Fermilab), où se trouve actuellement en fonctionnement le Tévatron à la recherche du Higgs, la question qu'il pose aux membres du Congrès américain est simple : « Voulons-nous continuer à faire de la physique des particules ou non ? ». Pier Oddone n'hésite pas à parler de désastre et il ajoute même : « Je n'ai jamais été confronté à un problème aussi difficile ».

Pour le seul Fermilab, le budget accordé sera en retrait de 62 millions de dollars au moins par rapport à celui escompté, et d'autres projets en physique des particules sont aussi affectés. Plus de 200 employés sur 1940, et peut-être même 300, seront licenciés par ce laboratoire qui est l'un des fers de lance de la recherche en physique des particules aux Etats-Unis depuis près de 40 ans. Pire, le Tévatron pourrait être obligé de s'arrêter pendant six semaines, ce qui réduirait ses chances de découvrir le boson de Higgs avant les chercheurs du LHC, qui devrait commencer à fonctionner vers l'été 2008.

Si le LHC découvrait une nouvelle physique, l'investigation précise de celle-ci ne pourra être faite que grâce à un autre type d'accélérateur avec des faisceaux, non de protons, mais d'électrons et de positrons. Il s'agirait d'un accélérateur linéaire long de 30 kilomètres déjà en cours d'étude et baptisé l'ILC, pour International Linear Collider. Avec la restriction budgétaire, sa construction, à laquelle le Fermilab devait être fortement associé, devient particulièrement compromise.

Le Fermilab comptait aussi beaucoup sur une nouvelle expérience destinée à sonder la physique des neutrinos : NOvA. Celle-ci aurait pris le relais du Tévatron après sa fermeture, mais en l'état, le programme de recherches pour sa réalisation va simplement s'arrêter faute de moyens.

Au final, certains Cassandre vont même jusqu'à pronostiquer la fermeture définitive du Fermilab à l'horizon 2011.

Léon Lerderman, prix Nobel de physique. Crédit : Fermilab.

Une situation irréversible ?

Plusieurs voix s'élèvent en faveur du Fermilab, comme celle de son ancien directeur, le prix Nobel Léon Lederman, pour convaincre les membres du Congrès de revenir sur leur décision. Mais selon l'un des porte-parole d'un comité du Sénat, un retour en arrière est peu probable.

En effet, les 196 milliards de dollars alloués à la guerre en Iraq et en Afghanistan ne laissent plus beaucoup de marge de manœuvre dans le budget US. Pour les responsables politiques, les choix auraient été les suivants :

  • réduire les fonds de la physique des particules ou couper ceux des vétérans ;
  • réduire les dépenses du Fermilab ou éliminer les fonds alloués aux petits hôpitaux de campagne.

Ce genre de situation risque de se généraliser dans l'avenir. Si jamais le LHC ne découvre rien de plus que le boson de Higgs, dans un monde confronté à des problèmes environnementaux de plus en plus sévères, à la raréfaction des sources d'énergies et à l'augmentation de la population, le financement de projets lourds en physique des hautes énergies sera tout simplement un luxe immoral et irréaliste.

Sans aller jusqu'à dire que ce sera la fin des recherches en physique des hautes énergies, celles-ci subiraient alors, et probablement pour des décennies, une forte réduction avec seulement quelques détecteurs géants consacrés à l'étude des rayons cosmiques, comme Auger et IceCube.

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