Sciences

Philae ne répond plus à Rosetta, c’est peut-être définitif…

ActualitéClassé sous :Astronomie , rosetta , Philae

Sur la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko, l'atterrisseur Philae est désormais du mauvais côté par rapport à la sonde Rosetta. L'espoir de renouer la communication avec cet engin, qui n'a pas transmis toutes ses données, devient très mince.

La comète 67P/Churyumov-Gerasimenko photographiée depuis la sonde Rosetta le 19 septembre 2014. © Esa, Navcam

L'atterrisseur Philae, mal installé sur la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko, ne donne plus signe de vie depuis juillet dernier. Désormais sur le mauvais hémisphère, il ne reçoit plus assez de lumière et il n'y a plus guère d'espoir que l'engin soit capable d'émettre de nouveau des données. Sa mission, toutefois, est une vraie réussite.

Ce lundi, les espoirs des scientifiques de rentrer en contact avec l'atterrisseur Philae, qui s'est posé tant bien que mal en novembre 2014 sur la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko, alias Tchouri, sont réduits à peu de choses. La sonde Rosetta vient de passer à seulement 75 km de la comète (elle s'était placée depuis mi-novembre en position de recevoir les signaux de Philae). Des commandes lui ont même été envoyées, à tout hasard. Mais le petit engin est resté muet.

Philae avant et après le premier contact (touchdown) à 15 h 35 TU, le 12 novembre 2014. La sonde Rosetta était alors à 17 km du centre de la comète Tchouri. Les instruments scientifiques à bord de l'atterrisseur ont permis de reconstituer la trajectoire (avec ses deux rebonds et le posé final) visualisée ici sur les images de la caméra Osiris, installée sur la sonde Rosetta. © Esa, Rosetta, MPS for Osiris Team MPS, UPD, LAM, IAA, SSO, INTA, UPM, DASP, IDA

Une mission difficile après un atterrissage à rebondissements

L'atterrisseur est désormais du mauvais côté par rapport à la sonde européenne, ce qui rend impossible la communication. Philae, en effet, ne communique pas directement avec la Terre mais avec Rosetta, dont il s'était séparé le 12 novembre 2014. Cette sonde, qui suit toujours Tchouri selon une orbite approximative et sans cesse réajustée, doit désormais s'en éloigner pour éviter de subir les projections provoquées par la lumière solaire. Les difficultés de communications viennent de l'atterrissage mouvementé de Philae. Le propulseur dorsal qui devait le plaquer au sol n'a pas fonctionné, de même que les harpons qui devaient l'y fixer. Seuls les amortisseurs ont fait leur office.

Son poids sur la comète, très faible, a compliqué la manœuvre. Cet engin accuserait en effet 100 kg sur une balance terrestre mais ne pèserait que 1 g sur la même balance posée sur Tchouri, où la gravité est 100.000 fois plus faible. Même si la vitesse n'était que de 1 m/s (3,6 km/h), le rebond était inévitable. Le premier a fait parcourir un bon kilomètre à Philae, à 38 cm/s. Au terme du second (à 3 cm/s et qui a duré 7 mn), l'engin s'est immobilisé sur ses trois pattes, et heureusement pas sur le dos ; il était bien incliné et coincé dans les rochers.

La comète 67P/Churyumov-Gerasimenko photographiée le 25 décembre 2015 à 75 km de distance par l'instrument Osiris de la sonde européenne Rosetta. © Esa, Rosetta, MPS for Osiris Team MPS, UPD, LAM, IAA, SSO, INTA, UPM, DASP, IDA

Philae n'a pas démérité

Souvent à l'ombre, Philae ne pouvait pas charger pleinement sa batterie à l'aide des panneaux solaires. Caché dans le relief, il a néanmoins pu communiquer avec Rosetta et transmettre les données recueillies par ses instruments durant les 60 premières heures après l'atterrissage. Il a fallu attendre le moins de juin pour retrouver Philae, grâce à la caméra Osiris de Rosetta.

Depuis le 9 juillet 2015, c'est le silence. Les ingénieurs de la mission ont tout essayé pour retrouver la communication, en profitant des moments où la sonde passait en vue du site d'atterrissage. L'équipe se donnait jusqu'à la fin de ce mois de décembre pour abandonner l'espoir. Cela semble être presque chose faite...

Mais il est toujours possible de s'attendre au meilleur avec cet engin qui a réservé tant de surprises et d'émotions à ses pilotes terrestres. La mission, en tout cas, est une réussite, comme nous l'expliquait Francis Rocard à l'heure du premier bilan. Poser un atterrisseur sur une comète dont la composition et l'état de la surface restaient inconnus était une gageure technique - rappelons que la mission Rosetta visait initialement une autre comète. Malgré les rebonds, l'atterrissage s'est bien déroulé en douceur et les instruments ont fonctionné. De son côté, Rosetta effectue autour de la comète, depuis plus d'un an, un travail remarquable. Certains commencent peut-être à s'habituer aux images en gros plan de Tchouri mais il ne faut pas oublier que l'on n'a jamais vu une comète d'aussi près aussi longtemps...

Cela vous intéressera aussi