Santé

VocaliD, ou comment faire don de sa voix à qui en a besoin

ActualitéClassé sous :médecine , VocaliD , don de voix

Le don d'organes rentre dans une nouvelle dimension, numérique cette fois. Avec VocaliD, les chercheurs espèrent redonner leur voix à ceux qui l'ont perdue en enregistrant celle de volontaires. Un projet qui pourrait bientôt se généraliser et devenir accessible à tous les possesseurs d'iPhone.

Certains, comme, sans doute, cette chanteuse peinte par Degas, ont une belle voix. Mais beaucoup ont une voix ordinaire, peut-être voisine de celle de quelqu'un qui l'a perdue. Le projet VocaliD permettra peut-être d'en faire don, de manière simple, par exemple en lisant (ou en relisant) Le magicien d'Oz, de L. Frank Baum. © The York Project, domaine public

La voix est une mine d'informations sur une personne : elle renseigne sur son sexe (normalement), sa familiarité ou non, son état de santé ou d'esprit, sur ses intentions, son origine géographique etc. Bref, au-delà des simples mots, la tonalité d'un discours contribue à son sens, et nous aide à mieux déterminer la personnalité de l'orateur.

Malheureusement, dans le monde, des dizaines de millions de personnes ne peuvent plus s'exprimer distinctement, du fait de troubles ou de maladies : AVC, Parkinson, cancers de la gorge... La liste est longue. Certains, comme le célèbre physicien britannique Stephen Hawking, souffrant d'une sclérose latérale amyotrophique, bénéficient d'une sorte de prothèse vocale, leur permettant de s'exprimer à l'oral, mais avec une voix très robotique. Un bon début... mais on peut faire mieux.

C'est pourquoi Rupal Patel, de la Northeastern University de Boston, et Tim Bunnel, de l'hôpital pour enfants Alfred I. duPont de Wilmington, collaborent à un vaste projet visant à aider les individus muets à retrouver leur voix et à communiquer ainsi avec leur entourage. Comment ? Grâce à des donneurs. Telle est l'ambition de VocaliD.

VocaliD : une solution moderne contre le mutisme

Pour le mettre en place, les scientifiques commencent d'abord par estimer le timbre de la voix d'un patient, à partir de la palette de sons qu'il peut produire. Ils partent alors à la recherche d'une personne d'un âge similaire et du même sexe doté d'une voix qui pourrait ressembler à celle du sujet devenu muet.

Stephen Hawking est un physicien célèbre pour ses recherches sur les trous noirs, mais aussi pour sa maladie le rendant incapable de parler. Il s’exprime malgré tout à l’aide d’une voix produite sur ordinateur, avec un timbre très robotique. © Doug Wheller, Wikipédia, cc by 2.0

Le volontaire vient alors dans des studios d'enregistrement et lit à haute voix pendant plusieurs heures des phrases issues d'œuvres littéraires telles que Le magicien d'Oz ou Croc-Blanc. Les spécialistes estiment qu'il faut en réciter au moins 800 pour aboutir à un résultat exploitable, et à 3.000 pour produire une sonorité naturelle.

Un logiciel développé pour l'occasion par Tim Bunnel, nommé ModelTalker, va mélanger la voix du patient à celle du donneur, et découper tous les propos en toutes petites unités du discours. Même une sonorité voyelle peut être décomposée en deux ou trois sous-parties, qui vont ensuite être assemblées comme il faut pour former un mot à l'accent voulu. Quelques modifications sont ensuite effectuées pour donner à la voix les caractéristiques voulues, de manière à ressembler au mieux à ce qu'elle devrait être.

Aider des muets à trouver leur voix

Une fois les opérations techniques et informatiques réalisées, le patient peut tester sa voix. Les testeurs ont pour l'instant reconnu être stupéfaits par la performance. Lors d'une conférence, Rupal Patel a également bluffé le public en racontant l'histoire de la petite Shannon, née avec une infirmité motrice cérébrale, normalement intelligente mais incapable de parler. À 13 ans, sa voix a pu être reconstituée. Et sa mère de pleurer d'émotion la première fois qu'elle a entendu sa fille l'appeler « maman ».

Si des premiers succès sont semble-t-il au rendez-vous, la démarche se révèle longue et fastidieuse. À ce rythme, il faudra du temps pour contenter les 2,5 millions d'États-Uniens concernés. Et davantage de temps encore avant que la technique ne s'exporte dans les autres pays. Une technique vouée à l'échec ?

Les deux scientifiques ne baissent pas les bras et souhaitent constituer une banque de voix émanant du monde entier, en popularisant la démarche. Leur solution : en faire une application pour iPhone et ainsi collecter de nombreuses phrases exploitables par la suite pour venir en aide aux personnes ayant perdu l'aptitude au langage oral. Si chacun donne un peu de la voix, on pourra ainsi aider certains à trouver la leur.

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités chaque jour.

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !

Cela vous intéressera aussi