Santé

La radiothérapie au pancréas dans l’enfance provoque le diabète

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On sait que les événements vécus durant l'enfance ont parfois des répercussions à l'âge adulte. Ainsi, les enfants ayant subi une radiothérapie au pancréas pour traiter une tumeur ont davantage de risques de déclencher un diabète à l'âge adulte. Le tout est dépendant de la dose et de la région irradiée de l'organe.

L'objectif de la radiothérapie est d'irradier les cellules tumorales afin de les tuer. Bien évidemment, l'idéal est d'épargner au maximum les cellules saines. Mais cela n'est jamais vraiment possible. Ainsi, les cellules des îlots de Langerhans du pancréas s'abîment et une trentaine ou une quarantaine d'années plus tard, le diabète se déclenche. © US Deparment of Veteran Affairs, Wikipédia, DP

Florent de Vathaire, directeur de recherche Inserm (Institut Gustave Roussy, Villejuif) et son équipe se sont intéressés à la relation entre la dose de rayonnement ionisant reçue au niveau du pancréas durant le traitement par radiothérapie d'un cancer de l'enfant et le risque à long terme de diabète. Leurs travaux sont publiés dans la revue The Lancet Oncology

Cette étude a été fondée sur l'analyse d'une cohorte franco-anglaise de 2.500 sujets traités pour un cancer dans l'enfance avant 1986, guéris depuis au moins 20 ans, et ayant renvoyé un questionnaire détaillé sur leurs conditions de santé. 

Après un suivi médian de 27 ans, 65 sujets avaient développé un diabète

Le diabète dépendant de la dose et de la région irradiée

À l'âge de 45 ans, l'incidence du diabète était de 2,3 % chez les sujets n'ayant pas reçu de radiothérapie et de 6,6 % chez ceux l'ayant subie. Les chercheurs ont montré que le facteur déterminant le risque de diabète à l'âge adulte est la dose de rayonnement reçue durant l'enfance, par la radiothérapie de leur cancer, au niveau de la queue du pancréas, où sont concentrés les îlots de Langerhans. L'irradiation des autres parties du pancréas ne semble pas jouer de rôle significatif. L'incidence du diabète à l'âge de 45 ans est de 16,3 % chez les sujets qui ont reçu plus de 10 grays (Gy) au niveau de la queue du pancréas. Pour les doses faibles et modérées, chaque Gy reçu au niveau de la queue du pancréas augmente de 65 % le risque de diabète ultérieur. 

Le cancer du pancréas, surtout chez l'enfant, n'est pas le plus fréquent. Tenter de le soigner peut avoir des conséquences sur le long terme, qu'il faudra compenser en retour bien des années après. © Anne Weston, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

Il s'agit de la première étude de la relation entre la dose de radiation reçue au niveau du pancréas, quelle qu'en soit l'origine, et le risque de diabète.

Le pancréas, organe à risque de complication ?

Le caractère linéaire de la relation que Florent de Vathaire et ses collaborateurs ont mis en évidence, s'il est confirmé dans les prochaines études, signifierait une augmentation du risque de diabète dès les doses faibles et modérées, et pourrait avoir des conséquences en santé publique. 

Enfin, pour les auteurs, « le pancréas doit être considéré comme un organe critique lors de la planification de radiothérapie, en particulier chez les enfants ». Ils soulignent : « Jusqu'à présent, le pancréas est l'un des rares organes à ne pas être considéré à risque de complication des tissus normaux dans les directives nationales pour la radiothérapie du cancer. Nos résultats indiquent que le pancréas est un organe à risque pendant la radiothérapie. Ses contours doivent être bien délimités par le technicien de radiothérapie lors de la planification du traitement, afin de limiter au maximum son irradiation ».

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