Personne ne voudrait appliquer un produit cosmétique contaminé par des bactéries fécales, c’est pourtant le cas pour 70 à 90 % de ceux testés dans une nouvelle étude scientifique. Mascara, eyeliner, et surtout beauty blender, ils deviennent tous des pièges à bactéries une fois ouverts. Certaines d’entre elles pourraient être potentiellement dangereuses pour la santé.

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[EN VIDÉO] Quelles sont les différences entre bactéries et virus ? Ce sont des microbes. Ils sont tout petits et on les confond assez facilement. Pourtant, bactéries et virus sont deux choses bien différentes. Et pour lutter efficacement contre ceux qui provoquent des maladies, mieux vaut les identifier clairement.

Eyeliner, rouge à lèvres, fond de teint, mascara ou encore beauty blender® (des éponges à maquillage) sont présents dans la trousse de toilette de beaucoup de femmes. Bien que ces produits soient conçus selon des règles microbiologiques strictes, ils deviennent de véritables nids à bactériesbactéries lorsque nous les utilisons. Une étude parue dans la revue Journal of Applied Microbiology révèle que 70 à 90 % de ceux testés ont une charge microbiologique trop élevée. Plus inquiétant encore, certaines de ces bactéries peuvent constituer un risque pour la santé.

Les éponges peuvent contenir un million de bactéries

Les scientifiques ont étudié une centaine d'échantillons dans plusieurs catégories de produit (eyeliner, rouge à lèvres, gloss, mascara et beauty blender), tous recueillis auprès de consommateurs anglais qui les avaient déjà utilisés. Chacun d'entre eux a subi deux tests : l'évaluation du nombre global de bactéries par millilitre de produit et l'identification précise des espècesespèces bactériennes.

La palme de l'accessoire cosmétique le plus contaminé revient au beauty blender. Ces éponges synthétiques utilisées pour étaler le fond de teint ou l'anticerne peuvent contenir plus d'un million de bactéries par gramme d'éponge ! Le gloss est sur la deuxième marche du podium, avec plus 1.000 bactéries par millilitre, suivi du mascara qui comptabilise un peu moins de 1.000 bactéries par millilitre.

Un résultat inquiétant sachant que la norme européenne autorise un maximum de 1.000 bactéries par gramme ou millilitre de produit pour un cosmétique à appliquer sur le visage, et seulement 100 pour un cosmétique à appliquer autour des yeuxyeux. Seulement 4 à 6 % des produits testés dans l'étude sont « propres » !

La charge microbienne, de chaque produit, déterminée sur des milieux sélectifs. L'axe des abscisses indique le produit testé et l'axe des ordonnées, la concentration bactérienne exprimée en cellule par millilitre. © Amreen Bashir et al.
La charge microbienne, de chaque produit, déterminée sur des milieux sélectifs. L'axe des abscisses indique le produit testé et l'axe des ordonnées, la concentration bactérienne exprimée en cellule par millilitre. © Amreen Bashir et al.

Des germes potentiellement pathogènes dans les cosmétiques

Au total, ce sont 48 espèces différentes qui ont été identifiées dans l'ensemble des produits testés. S'il semble normal d'en retrouver certaines qui vivent sur la peau, comme les staphylocoques commensaux, il est plus inquiétant de retrouver des entérobactériesentérobactéries, habituellement témoins de contaminationscontaminations fécales.

La célèbre Escherichia coli se plaît dans les beauty blender et eyeliner. De nombreuses autres espèces pouvant être pathogènespathogènes ont également été identifiées. Pseudomonas aeruginosa et Citrobacter freundii sont des germesgermes opportunistes qui peuvent devenir virulents si les conditions leur sont favorables. Retrouvées toutes les deux dans les gloss, les rouges à lèvres et les éponges, elles constituent un risque potentiel d'infection si elles se retrouvent près des muqueusesmuqueuses comme la bouche et les yeux.

L'étude pointe du doigt les mauvaises habitudes hygiéniques des consommateurs, surtout dans le cas des éponges à maquillage. Selon leur questionnaire, 93 % des beauty blender n'ont jamais été lavés et 64 % sont tombés au sol sans nettoyage ultérieur. « Des conseils sur l'utilisation et le nettoyage de ces produits pour éviter les contaminations par des micro-organismesmicro-organismes potentiellement pathogènes sont nécessaires », indique Amreen Bashir de l'université de Birmingham qui a mené l'étude. Un démaquillage consciencieux prend alors tout son sens !