Passionné par la Préhistoire depuis son enfance, Yves Coppens, né à Vannes en 1934 et décédé à Paris en 2022, avait commencé sa carrière de chercheur par quelques travaux de fouilles et de prospection en Bretagne. Il est devenu célèbre par la suite pour ses travaux sur l'origine de l'Homme et surtout comme co-découvreur avec Donald Johanson et Maurice Taïeb de l'Australopithecus afarensis nommé Lucy le 24 novembre 1974 sur le site de Hadar, en Éthiopie, sur les bords de la rivière Awash.

Rappelons qu'au moment de sa découverte, LucyLucy était le plus ancien et le plus complet squelette fossilefossile de l'espèceespèce éteinte Australopithecus afarensis connu car on l'avait retrouvé dans des terrains âgés d'environ 3,18 millions d'années. Possédant des caractéristiques montrant qu'elle pouvait être bipède de son vivant, Lucy a longtemps été considérée comme la représentante d'une espèce à l'origine de la lignée humaine, ce qui avait donc fortement contribué à la notoriété de ses découvreurs et par conséquent d'Yves Coppens. Mais, aujourd'hui, la majorité des chercheurs estiment que la branche des Australopithecus afarensis n'est pas celle qui a donné naissance au genre Homo.

Les découvertes paléoanthropologiques des décennies suivantes ont aussi jeté un doute sur la théorie de l'East Side Story proposée par Yves Coppens. Il expliquait de façon très plausible l'acquisition de la bipédie par les hominines par les effets combinés du hasard et de la nécessité, en l'occurrence par le fait qu'une partie des hominines aurait été obligée de se relever pour voir au loin en réponse à la transformation de forêts en savanes suite à un changement climatiquechangement climatique local provoqué par la naissance du Grand RiftRift africain. Il s'agissait de voir au loin pour trouver de la nourriture ou identifier de façon précoce l'approche de prédateurs. On trouvera plus de détails et les raisons pour lesquelles cette théorie est aujourd'hui plutôt abandonnée sur le site de Hominidés.com.

Yves Coppens était entré au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) en 1956, il va s'intéresser alors à des périodes beaucoup plus anciennes et des pays beaucoup plus lointains que ceux de ses débuts archéologiques en Bretagne, en l'occurrence les limites du Tertiaire et du QuaternaireQuaternaire dans les régions tropicales de l'Ancien Monde. Il monte, en effet, à partir de 1960, d'importantes expéditions, d'abord seul, au Tchad, puis en collaboration internationale en Éthiopie (vallée de l'Omo et bassin de l'Afar) ainsi que des missions exploratoires en Algérie, en Tunisie, en Mauritanie, en Indonésie et aux Philippines.

Les récoltes réalisées par ces campagnes sont impressionnantes en ce qui concerne la quantité de fossiles (des dizaines de tonnes) mais aussi le nombre des restes d'Hommes fossiles recueillis (près de 700) ; les résultats de leur étude seront tout aussi fascinants. C'est toute l'histoire des dix derniers millions d'années qui s'éclaire ; une hypothèse propose une explication environnementale de la séparationséparation Hominidae Panidae (il y a 8 millions d'années) (Coppens, 1983). Du côté oriental, les Hominidae se seraient développés en passant par un stade pré-Australopithèque (Coppens, 1981), illustré notamment par les très belles découvertes de l'Afar éthiopien, puis par un stade AustralopithèqueAustralopithèque, premier tailleur de la pierre (Coppens, 1975), et enfin par le stade Homme, apparu, lui aussi, sous la pressionpression sélective d'une seconde crise climatique, il y a 3 millions d'années (Coppens, 1975) - ces trois stades s'enchaînant en cyme ou en épi, chacun se trouvant, à la base, à l'origine du suivant, mais n'en développant pas moins ensuite sa propre lignée de manière originale et indépendante (Coppens, 1975). Enfin, plus récemment, Yves Coppens a aussi montré, en s'appuyant sur les vitessesvitesses différentielles d'évolution de la biologie et de la technologie, comment l'acquis peu à peu avait prévalu sur l'inné et pourquoi, depuis 100.000 ans, l'évolution de l'Homme s'était ralentie puis arrêtée (Coppens 1982, 1988).

Pendant ces années, Yves Coppens a gravi les premiers échelons du CNRS avant d'être appelé, en 1969, à la sous-direction du Musée de l'Homme, fonction liée alors au titre de Maître de conférencesMaître de conférences au Muséum national d'Histoire NaturelleMuséum national d'Histoire Naturelle. Nommé Directeur et Professeur au Muséum en 1980, il ne devait honorer ces nouvelles fonctions que trois ans, élu titulaire de la Chaire de PaléoanthropologiePaléoanthropologie et Préhistoire du Collège de France en 1983. Présent dans de nombreuses instances nationales et internationales gérant les disciplines de sa compétence, Yves Coppens dirigeait en outre un laboratoire associé au Centre National de la Recherche Scientifique, le Centre de Recherches Anthropologiques - Musée de l'Homme et deux collections d'ouvrages du CNRS, les Cahiers de Paléoanthropologie et les Travaux de Paléoanthropologie est-africaine.

 

Yves Coppens a reçu le prix Edmond Hébert (1963), le prix André C. Bonnet (1969) et le grand prix Jaffé (1974) de l'Académie des Sciences, la médaille d'or de l'Empereur d'Éthiopie (1973), le grand prix scientifique de la Fondation de France (1975), la médaille Fourmarier de la Société Géologique de Belgique (1975), le prix Glaxo (1978), la médaille d'argentargent du CNRS (1982), le prix Kalinga de l'Unesco (1984), la médaille Vandenbroeck de la Société belge de géologiegéologie, de paléontologiepaléontologie et d'hydrologiehydrologie (1987), la médaille André Duveyrier de la Société de Géographie (1989), la médaille d'or de l'encouragement au progrès (1991) ; il a fait la 27e Annual Address de la Palaeontological Association à Londres (1984), la 55e James Arthur Lecture on the Evolution of the Human Brain à l'American Museum of Natural History à New York (1985), la IXe conférence Augustin Frigon de l'École Polytechnique de Montréal (1985) ; il était membre de l'Académie des Sciences, de l'Académie nationale de Médecine, de l'Academia Europaea, associé de l'Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, correspondant de l'Académie royale de Médecine de Belgique, Honorary fellow du Royal Anthropological Institute of Great Britain and Ireland, Foreign associate de la Royal Society d'Afrique du Sud, Doctarat honoris causa des Universités de Bologne, de Liège et de Chicago ; chevalier de la Légion d'honneur, officier de l'ordre du Mérite, officier de l'ordre des Palmes académiques, officier de l'ordre des Arts et des Lettres, officier de l'Ordre national du Tchad.

  • Pour une liste de ses principaux ouvrages et plus encore, on peut toujours aller sur le site de Hominidés.com