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La tapisserie d'Aubusson et son histoire

Dossier - Tourisme dans la Creuse
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Faire du tourisme dans la Creuse : pourquoi pas ? Vous pourrez ainsi visiter la ville d'Aubusson, célèbre pour ses tapisseries, mais aussi flâner au bord du lac de Vassivière, ou encore faire une belle randonnée dans la vallée de la Creuse.

  
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Voici l'histoire fascinante de la tapisserie d'Aubusson. Cette dernière a su évoluer à travers les siècles, de La Dame à la licorne jusqu'aux créations de Jean Lurçat et Jean Picart Le Doux.

Découvrez la tapisserie d'Aubusson et son histoire. Ici, détail d'une tapisserie d'Aubusson. © DP

Histoire de la tapisserie d'Aubusson

Voici un petit résumé des six siècles d'histoire de la tapisserie d'Aubusson, avec :

  • les « verdures » du XVe siècle ;
  • la manufacture royale de 1665 ;
  • un début de XXe siècle florissant ;
  • la crise de l'entre-deux-guerres ;
  • la renaissance grâce à la venue de Jean Lurçat, en 1939.

L'origine de l'histoire de la tapisserie d'Aubusson est peut-être liée à Louis 1er de Bourbon (1279-1341), alors comte de la Marche, car il connaissait les Flandres, s'intéressait à la ville d'Aubusson et avait épousé Marie de Hainaut, d'une famille des Flandres.

Autant d'éléments qui lui permettaient d'inciter des tapissiers flamands à venir en Creuse, dont les eaux acides permettaient de dégraisser la laine. Pures suppositions car, à l'époque, Aubusson fabriquait des draps et avait un savoir-faire. L'économie drapière se reconvertit donc (cette hypothèse semble en tous les cas vraisemblable) : moutons et laine étaient produits localement. Malgré tout, l'influence flamande est évidente...

La Dame à la licorne

Depuis sa découverte au château de Boussac, dans la Creuse, par George Sand, en 1844, la tapisserie de La Dame à la licorne a beaucoup voyagé ; elle se trouve actuellement au musée de Cluny, à Paris.

La Dame à la licorne est une série de six tapisseries datant du début du XVIe siècle, que l'on peut voir au musée national du Moyen Âge, à l'hôtel de Cluny, à Paris. Les six parties illustrent les sens. Ici, Le Toucher (à gauche) et L'Odorat (à droite). © Wikipédia, DP

Elle fut réalisée à l'initiative de Jean Le Viste, issu d'une famille lyonnaise, qui s'illustra dans l'administration royale ; il devint président de la Cour des aides.

La Dame à la licorne. Ici, L'Ouïe (à gauche) et La Vue (à droite). © Evening.star, DP

Il aurait commandé La Dame à la licorne vers 1484. Puis, d'héritage en héritage, La Dame à la licorne alla au château de Boussac et y resta jusqu'au XIXe siècle.

La Dame à la licorne. La vue. Laine et soie. © Musée de Cluny, DP

Verdures, scènes de chasse et religion

Les verdures caractérisent la tapisserie marchoise. Les lissiers les tissèrent dès le XVIe siècle et, encore aujourd'hui, elles représentent une part de l'activité. La verdure incarne ainsi la tapisserie d'Aubusson, comme les scènes de chasse (à la licorne, au loup, au lion, au sanglier, au cerf, avec cavaliers, chiens et animaux sauvages bien sûr !). Les ateliers trouvaient également l'inspiration dans la mythologie et la vie des saints, l'Ancien Testament ou les sujets historiques.

Tapisserie de basse lisse représentative des verdures à « feuilles de choux », dites parfois « de type Anglards-de-Salers ». Laine et soie. Seconde moitié du XVIe siècle. Collection de la Cité internationale de la tapisserie, à Aubusson. © Cité internationale de la tapisserie et de l'art tissé, CC by-nc 3.0

les peintres et la tapisserie

Ils sont nombreux :

  • Jean-Joseph Dumons ;
  • Jean-Baptiste Oudry ;
  • François Boucher ;
  • Watteau ;
  • Jean-Baptiste Huet ;
  • Le Brun ;
  • Lancret ;
  • Jacques-Nicolas Julliard ;
  • François Finet ;
  • Gilbert Finet ;
  • François Roby ;
  • Barraband.

Albert Castel, auteur d'un livre paru en 1876, expliquait : « Ce fut l'habitude qu'avaient prise les manufactures d'Aubusson de fabriquer des tapis de pied et de la tapisserie commune qui sauva leur industrie après la Révolution ».

Au XIXe siècle, la tapisserie s'abâtardit. Elle imita trop la peinture, perdant ainsi sa personnalité. Jusqu'en 1917, où André-Marius Martin fut une chance pour Aubusson. Il posa les bases du « carton moderne » de la tapisserie. Puis Maingonnat, disciple de Martin, descendant d'une famille de tapissiers et de cartonniers se consacra passionnément au renouveau de la tapisserie et chercha à intéresser les artistes à la tapisserie et, avec François Tabard, ils rencontrèrent Jean Lurçat à Paris, lors de l'exposition internationale de 1937. En 1960, Aubusson accueillit de nombreux peintres. Actuellement, les ateliers tissent des œuvres contemporaines dans le respect de la tradition.

Tapisserie en laine et soie de la manufacture royale d'Aubusson datant du milieu du XVIIIe siècle et intitulée L'Éducation d'Apollon, réalisée d'après un carton de Coypel. Visible au musée Grobet-Labadié, à Marseille. © Robert Valette, GNU

Tapisserie contemporaine : Jean Lurçat et Jean Picart Le Doux

Jean Lurçat, né dans les Vosges en 1892, est un rénovateur de la tapisserie contemporaine. Il lui a redonné un vrai sens. Il a été élu membre de l'Académie royale de Belgique, de l'Académie nationale des beaux-arts du Portugal et de l'Académie des beaux-arts de France, ainsi que président du cercle d'information de la tapisserie ancienne et moderne. Il reçut sa première commande officielle en 1936, qui fut tissée de la manufacture des Gobelins (Les Illusions d'Icare). En 1939, il s'installa à Aubusson et y créa des œuvres importantes en collaboration avec le lissier François Tabard.

La tapisserie Le Chant du monde, dans la grande salle des malades, dans l'ancien hôpital Saint-Jean, à Angers. © Patrick89, GNU 1.2

Le Chant du monde est une grande toile tissée (500 m²) qui a été interrompue par la mort de l'artiste. Actuellement, elle est exposée au musée Jean-Lurçat et de la tapisserie contemporaine, à Angers. Jean Lurçat mourut subitement le 6 janvier 1966 à Saint-Paul-de-Vence.

L'Éclat du monde, de Jean Lurçat. © William Chevillon, CC by-nc 2.0

Jean Picart Le Doux est quant à lui né à Paris en 1902 et mort en 1982. C'est un peintre-cartonnier du renouveau de la tapisserie contemporaine. D'abord dans la reliure et l'édition, il s'oriente vers les arts graphiques et publie ses premières œuvres en 1935. Ses premiers cartons datent de 1943. Il rencontre Jean Lurçat et, avec Marc Saint-Saëns, fonde, en 1947, l'association des peintres-cartonniers.

En 1950, il projette l'idée d'une Alliance graphique internationale (AGI) avec Jean Colin et Jacques Nathan, et deux graphistes suisses, Fritz Bühler et Donald Brun : l'AGI est fondée le 22 novembre 1952 et il en sera le premier président.

Voici une bibliographie pour aller plus loin :

  • Allégories et symboles de l'âme et de l'amour du beau. Essai sur l'iconographie des tapisseries à sujets allégoriques à la fin du Moyen Âge : la tapisserie de Persée et la tapisserie des dames à la licorne. Auteur : Jean-Pierre Jourdan De Boeck et Larcier (Bruxelles) ;
  • La Tapisserie. Témoin de l'histoire. Musée départemental de la tapisserie. Centre culturel et artistique Jean Lurçat. Aubusson. 1985. Auteur : M. Mathias. Éd. musée départemental de la tapisserie ;
  • La Tapisserie de haute lisse et de basse lisse. Auteur : Louis Guimbaud. Ouvrage orné de 34 illustrations.
  • Technique et terminologie de la tapisserie de lisse (11 pages). Développement et caractéristique de la tapisserie au Moyen Âge (6 pages). Auteur : Louis Guimbaud. Coll. : Les Arts décoratifs ;
  • Tapisserie au Moyen Âge. Auteur : F. Joubert. Éd. Ouest-France, 2007.