Chez les canards, l’évolution a doté les femelles d’un moyen étonnant d’éviter de se faire féconder par les mâles indésirables mais entreprenants. Elles ont adopté une ceinture de chasteté en transformant leur vagin en labyrinthe.

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La vie sexuelle des canards était peu connue mais cette lacune est comblée. Au sein des espècesespèces où la copulation forcée est commune, la longueur du pénispénis favorise le succès reproductif des mâles. Les femelles ont alors peu de choses à dire sur la question. Chez la plupart des oiseaux, le mâle ne dispose pas d'organe sexuel externe, donc de pénis, et la copulation se fait de cloaquecloaque à cloaque, avec le consentement de la femelle.

Or il se trouve que les canards mâles disposent d'un pénis. Et pas n'importe quel pénis, puisque celui-ci est spiralé comme une vis, flexible et qu'il atteint les 20 cm. Interne au repos, ce pénis se déploie pendant la copulation comme le doigt d'un gant que l'on retire.

À l'Université de Yale, l'équipe de Patricia Brennan, Christopher Clark et Richard Prum s'est penchée sur cet attribut et son fonctionnement. A l'aide d'une caméra vidéo à grande vitessevitesse, cette équipe a documenté pour la première fois le processus d'érection du canard. Celui-ci se déroule en moins d'une demi-seconde, ce qui lui a valu le qualificatif d'« érection explosive ».

La guerre des sexes

Après Monsieur, ce fut le tour de Madame. En observant l'appareil génital des femelles, les membres de l'équipe de Yale se sont rendu compte que leur vaginvagin était aussi spiralé, mais dans le sens inverse de celui du pénis, et avec plusieurs culs-de-sac. Un vrai labyrinthe, en somme.

Les chercheurs ont donc émis l'hypothèse que la complexité de l'appareil génital des femelles pouvait compliquer la pénétration et donc la copulation forcée. «  Cette coévolution résulte d'un conflit entre les sexes pour le contrôle de la fertilisation » explique Patricia Brennan du Département d'Ecologie et de Biologie Evolutive de Yale.

Pour tester cette hypothèse, les chercheurs ont observé l'érection explosive des canards dans des tubes de verresverres de différentes formes, dont certaines imitaient celle du vagin des femelles.

En A, appareil génital du canard domestique (<em>Anas sp</em>.). A droite, celui du mâle, spiralé dans sens horaire, à gauche celui de la femelle, spiralé dans le sens antihoraire et avec des culs-de-sac (zones b.p.) à proximité de l’entrée du cloaque (cl.). En B, les tubes de verre utilisés pour tester la pénétration du pénis. Les deux de droite correspondent à la forme des vagins. © Brennan, Clark et Prum / Yale
En A, appareil génital du canard domestique (Anas sp.). A droite, celui du mâle, spiralé dans sens horaire, à gauche celui de la femelle, spiralé dans le sens antihoraire et avec des culs-de-sac (zones b.p.) à proximité de l’entrée du cloaque (cl.). En B, les tubes de verre utilisés pour tester la pénétration du pénis. Les deux de droite correspondent à la forme des vagins. © Brennan, Clark et Prum / Yale

Une histoire de vis et de sens

Les tubes droits ou spiralés dans le sens horaire, comme celui des pénis, ne gênent pas la pénétration des mâles. En revanche, ceux coudés ou spiralés dans le sens antihoraire qui imitent le vagin des femelles peuvent complètement arrêter la pénétration.

Ces résultats suggèrent fortement que l'évolution des femelles a produit des mécanismes physiquesphysiques pour empêcher la copulation forcée. Selon les scientifiques, ces résultats apportent un nouvel aperçu des conséquences évolutives des conflits sexuels, au-delà de la différenciation sexuelle et de la recherche d'un meilleur succès reproductif que la concurrence.

« Bien que nous avançons que le conflit sexuel soit omniprésent, découvrir un système où le bras de ferfer entre les sexes est si dramatique est excessivement rare. Les canards nous apportent ici une incroyable opportunité de comprendre les conséquences évolutives de ce conflit ». Et ils rappellent, encore une fois, que la taille n'est pas ce qu'il y a de plus important...