Représentation d'un taureau dans la grotte de Lascaux. © Lascaux

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Lascaux 4 : la grotte intégralement reconstituée

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Ouvert jeudi prochain, le Centre international d'art pariétal, ou Lascaux-4, dévoile la célèbre grotte de Lascaux dans son intégralité. Le public y découvrira aussi une maquette, un théâtre peuplé des scientifiques qui ont fait progresser nos connaissances sur ces sociétés disparues et une projection en 3D. Au fait, quelles sont les différences entre les « quatre Lascaux » ?

Le 15 décembre 2016, à Montignac, en Dordogne, « Lascaux-4 » ouvrira ses portes au public. Pour la première fois depuis 1963, tout le monde pourra admirer l'intégralité de ce site découvert en 1940 par quatre adolescents aventureux. Ces œuvres, essentiellement magdaléniennes, datées d'environ - 18.000 à - 17.000 ans, donc du paléolithique supérieur, sont immédiatement devenues un trésor pour les préhistoriens. Plus de 1.500 représentations, peintures rupestres colorées et gravures au silex, montrent une faune riche, où les animaux sont souvent en mouvement. De multiples objets ont été retrouvés (grattoirs, burins, lampes à huile...), ainsi que des colorants.

Après la découverte du site d'Altamira, en Espagne, en 1879, les grottes ornées ne sont pas si nombreuses et celle de Lascaux a représenté - et représente encore - un lieu passionnant pour les chercheurs. Les explications manquent toujours sur la signification de ces représentations, dont la réalisation s'est étalée sur une longue période.

La présentation officielle de Lascaux 4, le fac-similé intégral de la grotte et de ses peintures. © Understud, YouTube

L'engouement du public fut tel qu'un million de personnes ont visité la grotte entre 1948 et 1963. Cette affluence a profondément modifié l'équilibre biologique et géochimique de la grotte, par l'enrichissement en gaz carbonique, la présence de lumière, le taux d'humidité et la température.

La « maladie verte » (prolifération d'algues et bactéries) et la « maladie blanche » (formation de calcite) ont constellé les parois de taches. Les mesures prises restant de peu d'effet, la grotte dut être fermée au public et son accès aux scientifiques sévèrement restreint.

Quelles différences entre Lascaux 1, 2, 3 et 4 ?

Pourquoi y a-t-il quatre grottes de Lascaux ? En fait, bien sûr, il n'y en a qu'une.

  • Lascaux-1 : c'est la grotte originelle. Elle est toujours soigneusement protégée avec des accès très limités, une atmosphère contrôlée et une surveillance constante. Les maladies vertes et blanches ont été vaincues mais des champignons (Fusarium solani) menacent toujours et les mycéliums doivent être retirés régulièrement à la main.
  • Lascaux-2 est un fac-similé partiel de la grotte qui reconstitue - très bien - les deux boyaux les plus riches en œuvres pariétales, la Salle des taureaux et le Diverticule axial. Ouvert en 1983, le site, souterrain, reproduit finement le relief de l'original et le public a vraiment l'impression d'explorer une véritable grotte.
  • Lascaux-3 est en fait une exposition itinérante, créée en 2012. Elle montre notamment cinq moulages reproduisant des œuvres pariétales en grandeur nature avec des effets interactifs, une maquette de l'ensemble et une projection en 3D.
  • Lascaux-4, alias Centre international de l'art pariétal Montignac-Lascaux, est une vaste exposition scénographiée dans un bâtiment réalisé spécialement. La grotte y est intégralement reconstituée, avec, en plus de Lascaux-2, le Puits, la Nef et l'Abside. Dans le Puits se trouve l'unique représentation humaine de la grotte, qui était déjà montrée dans Lascaux-3.
Une des premières équipes scientifiques qui ont étudié la grotte de Lascaux, en 1948. Le paléontologue Henri Breuil est le troisième en partant de la gauche. Nous sommes devant le panneau des aurochs, dans la salle des taureaux. © Site de la grotte de Lascaux

Les découvertes de la paléoarchéologie

Pour compléter votre information, retrouvez notre dossier sur la grotte de Lascaux ainsi que nos biographies de ces spécialistes (cliquez sur leur nom) qui ont contribué à faire avancer les connaissances sur les sociétés du paléolithique et du néolithique.

Jean Clottes, spécialiste de l'art rupestre, qui nous a fait visiter la grotte sous-marine Cosquer et qui avance l'hypothèse d'un chamanisme paléolithique.

Jean Courtin, directeur de recherche honoraire au CNRS, spécialiste du Néolithique, qui a emmené les lecteurs de Futura au Camp de Laure, cette forteresse de l'Âge de bronze.

Marc Azéma, chercheur à l'université de Toulouse II-Le Mirail, qui voit dans les représentations de Lascaux et Chauvet des animations : un déplacement du regard sur une série de dessins entremêlés crée une illusion de mouvement.

Jean-Michel Chazine, ethno-archéologue au CNRS et au Credo (Centre de recherche et de documentation sur l'Océanie), a (entre autres résultats) montré que les Hommes qui ont peint des œuvres pariétales étaient aussi des femmes.

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Des cinémas durant la préhistoire ?  Environ 41 % des œuvres pariétales parant les grottes ornées représenteraient des animaux en mouvement. Pour créer des animations, les artistes ont utilisé des techniques graphiques encore exploitées de nos jours. C'est ce qu'explique dans cette vidéo Marc Azéma, de l'université de Toulouse.