L'art pariétal du Paléolithique reste mystérieux. Des études récentes tendent à montrer que les auteurs de ces dessins étaient souvent des femmes. © Fotolia, rrruss

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L’art rupestre : une histoire de femmes au Paléolithique supérieur

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En janvier et février 2017, une équipe franco-américaine découvrait près la Vézère des dessins pointillistes d'un auroch et d'un mammouth laineux datés de plus de 34.000 ans. La signification de ces représentations, souvent symboliques, reste mystérieuse. En 2013, une étude concluait que les auteurs de ces œuvres, en partuculier les silhouettes de mains, étaient souvent des femmes.

Article paru le 15 octobre 2013

Plusieurs grottes du sud de la France et du nord de l'Espagne abritent de précieuses œuvres pariétales vieilles de 40.000 à 12.500 ans. Elles datent donc du Paléolithique supérieur. Une théorie communément admise veut qu'elles aient été peintes par des hommes adultes, voire adolescents. Cette nuance a son importance, car elle expliquerait la petite taille relative d'empreintes de mains retrouvées à côté de certaines œuvres, et qui sont considérées comme des signatures d'artiste.

Cependant, certains spécialistes n'approuvent pas cette idée. C'estle cas de Dean Snow, un professeur d'anthropologie archéologique de la PennState University (États-Unis). Dans une étude préliminaire publiée en 2009, il s'est appuyé sur des mesures biométriques de six empreintes en négatif de mains pour donner du poids à une autre hypothèse : les artistes du Paléolithique étaient principalement des femmes. Cependant, sa conclusion était alors difficilement généralisable, étant donné la faiblesse de son échantillonnage. C'est une des raisons pour lesquelles il a poursuivi ses travaux.

Dans la grotte du Pech Merle (Pyrénées), une main en négatif côtoie treize points. Que voulait nous dire l'artiste ? On l'ignore, mais Dean Snow pense que c'était une femme. © Centre de préhistoire du Pech Merle

Les empreintes de mains ornant le sgrottes sont plutôt féminines

Le chercheur vient de présenter de nouveaux résultats dans la revue American Antiquity, toujours en exploitant le dimorphisme sexuel exprimé au niveau des mains chez l'Homme du Paléolithique. Pour faire court : ses conclusions n'ont pas changé ! En revanche, elles ont maintenant bien plus de poids, puisqu'un total de 32 empreintes a été pris en compte.

Dans le cadre de ses recherches, le chercheur exploite un algorithme de son cru pour déterminer le sexe du propriétaire des empreintes. Cet outil informatique se base notamment sur la longueur des mains et des doigts, mais aussi sur des ratios calculés entre les longueurs de l'index, de l'annulaire et de l'auriculaire. Résultat : 24 des 32 empreintes analysées peintes par la technique du pochoir (de la peinture était projetée par l'artiste sur sa main) appartiendraient à des femmes. Pour les huit restantes, trois étaient celles d'hommes adultes et cinq d'adolescents.

Cette empreinte de main (ici une reproduction) a été découverte dans la grotte Cosquer, près de Marseille. Elle aurait été peinte voici 27.000 ans, mais par un homme ou une femme ? Il y a plus de deux chances sur trois que la seconde possibilité soit la bonne. © SiefkinDR, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

L’art rupestre du Paléolithique était principalement féminin

Mais comment savoir s'il s'agit bien des empreintes des artistes. N'auraient-elles pas pu appartenir à des modèles ? Deux arguments plaident en faveur de la première hypothèse. Premièrement, des peintures rupestres ont été découvertes dans des grottes parfois très exiguës, où il est donc difficile de se tenir et de travailler à plusieurs.

Deuxièmement, les trois quarts des empreintes correspondent à des mains gauches, ce qui signifierait que la main droite a été utilisée pour projeter la préparation colorée (un mélange de graisse animale et de pigments comme l'ocre ou l'oxyde de manganèse). Ce détail serait à mettre en relation avec le fait que la plupart des Hommes sont droitiers. Donc oui, les artistes étaient bien souvent des femmes.