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Braconnage du bruant ortolan

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Il existe, en France, une espèce animale protégée dont 30 000 à 80 000 individus sont tués, chaque fin d'été, dans le département des Landes, en toute impunité et avec l'aval des autorités chargées d'appliquer la loi et la réglementation. Il s'agit du bruant ortolan. Pour la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), une telle situation est intolérable.

Le bruant ortolan est en grave déclin dans la majeure partie de son aire de distribution européenne. Pourtant, cet oiseau protégé ne bénéficie pas, dans les faits, de la protection de l'Etat français ! Le bruant ortolan est en effet braconné par un peu plus de mille personnes dans les Landes, puis pour partie consommé dans les quelques restaurants complices de ce braconnage. Les oiseaux braconnés en Aquitaine sont des migrateurs qui proviennent du nord et du centre de l'Europe et passent par la France pour rejoindre leurs quartiers d'hiver en Afrique sub-saharienne. La France se démarque donc, une fois de plus, par un total irrespect de ses partenaires européens en matière de protection de l'environnement.

Allain Bougrain Dubourg © LPO

La LPO a constaté, avec l'aide de la Sepanso des Landes, lors d'une opération aérienne et terrestre qui s'est déroulée du 2 au 7 septembre, que le braconnage s'exerçait plus que jamais en toute impunité. Son président, Allain Bougrain Dubourg, s'est rendu sur place et a pu constaté, par vol aérien, samedi 2 et dimanche 3, la présence de près de 300 sites de braconnage, qui ont été immédiatement cartographiés. Au même moment, au sol, une équipe de la LPO a pu filmer et enregistrer en caméra cachée une fête faisant l'apologie des chasses traditionnelles du type de celle de l'ortolan. Mercredi 6 et jeudi 7, c'est sur le terrain que l'équipe de la LPO s'est déployée, localisant plus d'une quarantaine de tenderies en activité. La LPO a d'abord appelé l'Office national de la chasse, qui a stipulé qu'il n'interviendrait que sur ordre du préfet. Allain Bougrain Dubourg a donc téléphoné au préfet, et s'est vu signifier que les tenderies étaient tolérées. La LPO, qui ne peut en accepter le principe, a déposé plainte auprès de la gendarmerie de Tartas, pour chasse en période de fermeture et braconnage à l'égard d'une espèce protégée. Enfin, la LPO a prévenu le ministère de l'Ecologie et du Développement durable par le biais du cabinet de Mme Nelly Olin.

Bruant ortolan © LPO

Dans un Etat de droit, avec des hommes et des femmes politiques qui se targuent de faire respecter la loi, la LPO accuse l'Etat de complicité de braconnage. Le braconnage en Aquitaine est couvert par les autorités locales, ayant elles mêmes reçu l'accord des autorités parisiennes. Le contrat tacite suivant est convenu entre l'Etat et les braconniers : ces derniers s'engagent à ne pas utiliser plus de 30 pièges et 5 appelants, et à ne pas en faire commerce, en échange de quoi l'Etat ferme les yeux. Les forces de police et de gendarmerie sont priées par les préfets de ne pas intervenir. Cette complaisance administrative locale ne peut plus durer. L'Etat français pourrait se voir condamner non seulement pour sa passivité à réprimer le braconnage, mais aussi à l'encourager implicitement.

Aujourd'hui, la LPO demande aux autorités françaises, et en particulier à M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, de faire cesser le braconnage du bruant ortolan, en :

- agissant pour que la loi soit appliquée et en engageant au plus vite des actions de police visant à rétablir l'état de droit,
- condamnant la complaisante passivité des autorités locales,
- brisant le parrainage politique de la tenderie,

La LPO souhaite qu'une situation de non-droit, comme il en existe déjà dans le Médoc, au col de l'Escrinet, en Camargue et ailleurs au détriment de la biodiversité, ne perdure pas dans les Landes.

Allain Bougrain Dubourg
Président de la LPO

Quelques chiffres

- En 2004, sur 812 installations de capture de bruants ortolans contrôlées par l'ONCFS, une quarantaine seulement a été verbalisée.
- 1 500 braconniers au moins.
- Prix de vente d'un bruant ortolan sur le marché noir : 100 à 150 euros.
- Poids moyen d'un bruant ortolan : 19 à 27 grammes !

Braconnage organisé et toléré

Pour la petite histoire, le bruant ortolan ne bénéficiait d'aucun statut réglementaire de protection avant 1999. L'état français avait « oublié » de le classer parmi les espèces d'oiseaux protégées... Pourquoi ? Une « tradition » a encore court dans les Landes et le nord des Pyrénées-Atlantiques, qui consiste à capturer ces oiseaux au moment de leur migration d'automne puis à les manger. Les pièges, appelés « tenderies » ou « matoles », disposent de 5 à 10 appelants (bruants ortolans vivants, maintenus dans de petites cages, et dont les cris d'appel attirent les individus sauvages). Les oiseaux capturés sont mis en cage et engraissés à l'extrême. Ce braconnage choquant est pratiqué de nos jours par au moins 1 500 braconniers, qui placent leurs oiseaux à engraisser chez des engraisseurs spécialisés. Les oiseaux sont ensuite vendus à de grands restaurateurs, à Paris comme à New York. Ce braconnage est lucratif : la valeur marchande clandestine d'un ortolan est de 100 à 150 euros, et l'appât du gain est ici un argument bien plus déterminant qu'une simple « tradition » obsolète.