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Antidouleur : le venin du black mamba, analgésique du futur ?

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Des chercheurs français viennent de montrer les propriétés de deux protéines retrouvées dans le venin du mamba noir, appelées mambalgines. Testées avec succès chez la souris, ces molécules aussi efficaces que la morphine avec moins d'effets secondaires indésirables utilisent une voie d'action différente qui laisse présager l'émergence d'une nouvelle classe de médicaments antidouleur à l'avenir.

Le mamba noir est un serpent africain de la famille des cobras. Il est très répandu. Sa morsure était appelée « baiser de la mort » car son venin était mortel presque systématiquement, avant le développement d'antidotes. Il en inocule entre 100 et 120 mg alors que 10 mg suffisent à venir à bout d'un être humain. Mais parmi ces différentes molécules, les mambalgines, qui à l'avenir composeront peut-être des médicaments antidouleur. © Ted Arensmeier, Wikipédia, cc by sa 3.0

Il mesure jusqu'à 4 m de long et sa morsure peut tuer un être humain en 20 minutes. Mais le venin du mamba noir Dendroaspis polylepis aurait aussi des vertus thérapeutiques : deux protéines, nommées mambalgines, postulent parmi les candidats crédibles au titre d'antidouleur de demain. Et cette découverte, on la doit à des chercheurs français de Sophia Antipolis.

Pourtant, leur spécialité n'est pas de développer des nouveaux médicaments analgésiques. Éric Lingueglia et son équipe étudient l'effet des venins animaux sur les canaux ioniques, ces protéines des membranes plasmiques chargées de faire transiter des molécules de part et d'autre de la cellule. Parfois, comme dans ce cas, il arrive que certains composants du venin aient à la fois des propriétés sur ces pores et disposent également de vertus thérapeutiques. En effet, les canaux Asic (acid-sensing ion channels) des neurones sont connus pour jouer un rôle dans la transmission de la douleur.

Les auteurs n'en sont d'ailleurs pas à leur coup d'essai. Dans le passé, deux composés analgésiques ont été mis en évidence par leurs soins : l'un d'eux provenait du venin de mygale et l'autre de celui d'une anémone de mer.

Des mambalgines aussi efficaces que la morphine

Il a fallu malgré tout plus de 5 ans entre la découverte de l'activité des mambalgines et les tests menés sur les souris, qu'ils viennent de publier dans la revue Nature. Les peptides étaient comparés à la morphine, opiacé couramment utilisé pour atténuer les douleurs intenses, et bien sûr à des souris témoins, non traitées.

Le cône mage Conus magus est un gastéropode qui ne paie pas de mine mais qui possède un venin très mortel... à l'origine lui aussi d'un médicament antidouleur nommé Ziconotide. © Jan Delsing, Wikipédia, DP

La queue des animaux était placée dans de l'eau chaude et les temps de résistance à la douleur étaient mesurés. Les deux types d'analgésiques prolongent ces délais de manière équivalente, pour des durées deux fois plus longues que les rongeurs du groupe contrôle. Les protéines du venin de serpent diminuaient également l'hypersensibilité à la douleur consécutive à l'inflammation des tissus.

Dans les faits, morphine et mambalgines semblent avoir une efficacité comparable. Mais ces dernières auraient des avantages... L'opioïde est connu pour ses effets secondaires indésirables, provoquant nausées, hallucinations, vomissements, troubles digestifs. Or, ceux-ci semblent moindres en ce qui concerne les deux peptides. Comme pour la morphine, il y a un phénomène d'accoutumance (quand le traitement est répété, l'efficacité diminue pour une même dose), mais une fois encore il est moins prononcé pour les mambalgines.

Le mamba noir aidera-t-il au développement d’un médicament ?

La communauté scientifique accueille à bras ouverts cette découverte. Il faut dire que durant la dernière décennie, il y a eu très peu de nouveautés pour les antidouleurs. Ces protéines laissent entrevoir la possibilité d'une voie d'action alternative aux traitements classiques, même si l'on ignore encore l'essentiel sur les canaux Asic. 

Mieux encore : selon si les mambalgines sont injectées dans le système nerveux central ou dans la patte de l'animal, les sous-types de canaux Asic inhibés ne seraient pas les mêmes. Ainsi, en fonction du lieu d'administration, on pourrait obtenir des effets différents et pourquoi pas complémentaires.

Comme toujours, la transposition de la souris à l’Homme reste un obstacle difficile à franchir. Les auteurs sont toutefois optimistes, car leurs protéines agissent effectivement sur les pores membranaires de tissu humain in vitro. De nouvelles études sont nécessaires chez l'animal avant de se lancer dans des essais cliniques. Mais le laboratoire Theralpha, lui aussi basé à Sophia Antipolis, envisage déjà le développement d'un médicament. Verdict dans quelques années encore...