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Bon anniversaire, Charles Darwin !

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L'anniversaire de la naissance de Charles Darwin en 1809, nous donne l'occasion d'évoquer ce grand précurseur de bien des domaines scientifiques modernes.

Le HMS Beagle dans les eaux de la Terre de Feu, peinture de Conrad Martens réalisée durant Le Voyage du Beagle (1831-1836), provenant de The Illustrated Origin of Species de Charles Darwin illustré par Richard Leakey

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La notion de fixisme a constitué pendant des siècles la pensée officielle. Elle se fondait aussi bien sur l'autorité d'Aristote et par la scolastique que sur la préoccupation de défendre à la lettre le récit biblique de la Genèse. Pourtant, depuis l'Antiquité, la notion de devenir n'a pas manqué d'être appliquée aux espèces vivantes, notamment par Anaximandre de Milet (VIe siècle av. J.-C), ainsi que par quelques Pères de l'Église, tels Saint-Augustin.

Le virage qui allait faire reconnaître la théorie de l'évolution avait été amorcé avec un ouvrage de Lamarck, La philosophie zoologique, publié l'année même de la naissance de Darwin. Mais beaucoup plus théorique qu'explicatif ou démonstratif, Lamarck fut rapidement décrié par de nombreux savants, dont Cuvier. Aussi, Darwin en est-il considéré comme le véritable précurseur.

Portrait de Charles Darwin peint par George Richmond, fin des années 1830. © Commons

Né en 1809 à Shrewsbury, dans le Shropshire, Charles Robert Darwin était le petit-fils d'Erasme Darwin, physiologiste et médecin, lui-même auteur de Zoonomia, une œuvre où certains déjà ont cru déceler l'idée d'une transformation des espèces.

Au cours de ses études, il s'intéresse à des collections variées (coquilles, médailles, plantes, minéraux), mais aussi au jardinage, à l'entomologie, à l'ornithologie et à la peinture de la nature, mais surtout à la chimie expérimentale et à la pratique médicale sous l'impulsion de son père. De 1825 à 1828, il poursuit des études de médecine à l'université d'Edimbourg, mais sa sensibilité le fait abandonner. Il rencontre alors  le taxidermiste William MacGillivray et le naturaliste Robert Edmond Grant, qui lui fait découvrir l'œuvre de Lamarck.

Darwin abandonne donc l'étude de la médecine et son père lui propose de devenir pasteur anglican. Il entre au Christ's Collège de l'université de Cambridge, où il n'effectue que des études médiocres mais dont il sort trois ans plus tard avec un diplôme de bachelier ès arts. Entre temps, il s'est cependant lié d'amitié avec le botaniste John Stevens Henslow et le géologue Adam Sedgwick, deux rencontres qui allaient décider de sa destinée.

Le voyage du Beagle

En 1831, le capitaine FitzRoy lui propose une place de naturaliste à bord du Beagle, un navire en partance pour une mission de cartographie. Henslow réussit à vaincre les réticences du père de Darwin, qui embarque le 27 décembre 1831.

« Darwin visita Santiago, dans les îles du Cap-Vert, Saint-Paul, Fernando de Noronha, passa des mois au Brésil, à Bahia et autour de Rio. Deux ans, le Beagle releva les côtes est et sud de l'Amérique à partir de la Plata, et le naturaliste parcourut l'Uruguay, l'Argentine, la Patagonie. Il vit les îles Falkland et deux fois la Terre de Feu, resta plus d'un an au Chili et au Pérou, escalada les Andes, fit escale aux îles Galapagos, puis à Tahiti, en Nouvelle-Zélande, en Australie, en Tasmanie, à l'île Keeling, aux Maldives, à l'île Maurice, au Cap, à Sainte-Hélène, à l'Ascension, à nouveau au Brésil, au Cap-Vert et, enfin, aux Açores » (Marcel Prenant, Darwin, Paris, Éditions sociales internationales).

Le voyage du Beagle. © Commons

Durant 57 mois de navigation, Darwin accumule une quantité phénoménale d'observations et d'échantillons, tout en réfléchissant longuement à ses découvertes. À son retour, il ne cesse d'enrichir cette masse de connaissances par les renseignements qu'il dégage de ses lectures, et par les informations que lui fournissent ses très nombreux correspondants (zoologistes, botanistes, éleveurs, horticulteurs), ce qui renforce sa vocation de naturaliste.

Nommé secrétaire de la Geological Society en 1838, Darwin établit une amitié solide et durable avec le géologue britannique Charles Lyell, inventeur de la stratigraphie, et épouse sa cousine Emma Wedgwood, qui lui donnera quatre fils et six filles. La famille déménagera à Londres en 1842 puis à Down, dans le comté de Kent.

Ses premiers travaux

Dès son retour en Grande-Bretagne, Darwin avait commencé à rédiger son journal de voyage, tout en distribuant à de nombreux spécialistes le matériel zoologique et botanique qu'il avait recueilli. Ses premières publications concernaient ses observations géologiques effectuées sur les récifs coralliens et les îles volcaniques. Il y démontre le principe de la formation coralligène des récifs barrières par un affaissement progressif du socle, permettant une croissance verticale synchronisée des Madréporaires et des Cirripèdes essentiellement, organismes généralement inféodés aux eaux peu profondes. Bien que ne pouvant être généralisée, cette théorie est pourtant démontrée dans la plupart des cas. Il étudie aussi certains organismes jusque-là délaissés par les naturalistes, comme les mollusques marins.

Lepas anserifera, ou anatife, exemple de Cirripède étudié par Darwin. Le naturaliste découvre que dans les séries fossiles, ces animaux semblent être apparus brutalement dans tous les océans du monde « durant la période tertiaire ». Il étudiera également les stades larvaires et remarquera leur ressemblance avec ceux des Crustacés. © Hans Hillewaert

La sélection naturelle

Dans les notes de voyage qu'il a commencé à rédiger en 1837, Darwin accumule les preuves de la non-fixité des espèces. « Pendant le voyage du Beagle, j'avais été profondément frappé d'abord en découvrant dans les couches pampéennes de grands animaux fossiles recouverts d'une armure semblable à celle des tatous actuels ; puis, par l'ordre selon lequel les animaux d'espèces presque semblables se remplacent les uns les autres à mesure qu'on avance vers le sud du continent, et enfin par le caractère sud-américain de la plupart des espèces des îles Galápagos, plus spécialement par la façon dont elles diffèrent légèrement entre elles sur chaque île du groupe : aucune de ces îles ne paraît très ancienne au point de vue géologique. Il est évident que ces faits et beaucoup d'autres analogues ne peuvent s'expliquer que par la supposition que les espèces se modifient graduellement » (Vie & Correspondance de Charles Darwin, par son fils Francis Darwin, 1888).

Selon Darwin même, l'idée que la sélection naturelle des espèces pouvait résoudre le problème de l'évolution lui apparut en octobre 1836, à la lecture de l'Essay on the Principle of Population de T. R. Malthus. Francis Darwin rapporte ainsi la pensée du célèbre biologiste : « J'étais bien préparé [...] à apprécier la lutte pour l'existence qui se rencontre partout, et l'idée me frappa que, dans ces circonstances, des variations favorables tendraient à être préservées, et que d'autres moins privilégiées, seraient détruites. Le résultat de ceci serait la formation de nouvelles espèces. J'étais enfin arrivé à formuler une "théorie" ».

Emma, l'épouse de Charles Darwin. © Commons

L’origine des espèces

Pendant vingt ans, Darwin hésitera à publier ses conclusions. En 1842, il rédige un résumé de 35 pages de ses résultats, et deux ans plus tard, un texte de 203 pages. Celui-ci ne sera pourtant publié qu'après sa mort. Au début de 1856, sous la pression de plus en plus insistante de Lyell, il entreprend enfin de consigner ses observations et sa théorie avec force détails pour la postérité. Mais alors qu'il avait rédigé la moitié de son œuvre, lui parvient le 18 juin 1858 un manuscrit intitulé Sur la tendance des variétés à s'écarter indéfiniment du type originel, rédigé par le naturaliste et explorateur britannique Alfred Russel Wallace, avec lequel il correspondait déjà et auquel il avait fait part de ses conclusions. Avec déception, il y retrouvait sa théorie de la sélection naturelle.

Darwin confia ce texte à Lyell ainsi qu'à l'explorateur et botaniste britannique Joseph Dalton Hooker, puis, sans faire montre de la moindre rancune, proposa à Wallace de le transmettre à n'importe quel journal de son choix. Il sera finalement présenté le 1er juillet 1858 à la Linnean Society par Lyell et Hooker sous le titre Sur la tendance des espèces à former des variétés ; et sur la perpétuation des variétés et des espèces par les moyens naturels de la sélection. Darwin, qui vient de perdre la plus jeune de ses filles de la scarlatine, n'assistera pas à cette conférence.

Quand la Science ferme les yeux...

Contrairement à toute attente, cette communication n'eut aucun retentissement. En 1859, le président de la Linnean Society déclara un jour que « l'année 1858 ne vit aucune découverte importante »...

Darwin consacra les treize mois suivants à la rédaction de son propre livre, en l'abrégeant toutefois considérablement. Le 24 novembre 1859 parut enfin Sur l'Origine des Espèces au moyen de la Sélection Naturelle, ou la Préservation des Races les meilleures dans la Lutte pour la Vie, titre généralement abrégé en L'origine des espèces.

L'Origine des espèces, par Charles Darwin. © Commons

Cette fois, le succès fut considérable. La totalité des 1.250 exemplaires de la première édition était déjà réservée lorsqu'elle fut délivrée en librairie. Darwin y expose dans le détail sa théorie de la sélection naturelle et démontre l'évidence du fait d'évolution.  Il n'y aborde cependant pas la problématique humaine, qu'il n'introduira qu'en 1871 et 1872 dans La Descendance de l'Homme et L'Expression des Émotions,  ayant toutefois été devancé par le biologiste et philosophe allemand Ernst Haeckel en 1868.

« Comme il naît beaucoup plus d'individus de chaque espèce qu'il n'en peut survivre, et que, par conséquent, il se produit souvent une lutte pour la vie, il s'ensuit que tout être, s'il varie, même légèrement, d'une manière qui lui est profitable, dans les conditions complexes et quelquefois variables de la vie, aura une meilleure chance pour survivre et ainsi se retrouvera choisi d'une façon naturelle. En raison du principe dominant de l'hérédité, toute variété ainsi choisie aura tendance à se multiplier sous sa forme nouvelle et modifiée » (De l'origine des espèces, Charles Darwin, 1859).

On peut aujourd'hui réaliser l'ampleur du travail de ce naturaliste en consultant ses articles et ses manuscrits. En effet, la totalité des écrits qui nous sont parvenus ont été numérisés et sont désormais accessibles à tous sur un site Web dédié à Darwin.

Aux limites de la Science

Bien que l'œuvre de Darwin ne cessa de s'étendre, il touchait cependant, avec l'origine des espèces, aux limites de ce que la science de l'époque permettait de concevoir. Le grand savant ne put jamais comprendre l'origine des variations qu'il étudiait, la découverte par Mendel des lois de l'hérédité en 1865 n'ayant trouvé aucun écho dans le monde scientifique avant 1900. Darwin a toujours cru en l'hérédité des caractères acquis, refusant d'admettre que des variations puissent résulter de mutations qu'il ne considérait que comme des monstruosités.

À la fin de sa vie, il regrettait de ne pas avoir accordé une attention suffisante à l'action du milieu, dont nous apprécions aujourd'hui toute l'importance. Mais le génie de Darwin avait pour mérite de fournir un nouveau territoire à la pensée humaine, en apportant des preuves multiples de l'évolution, la débarrassant de toute fantaisie et de toute finalité qu'elles remplaçaient par une interprétation scientifique qui pouvait s'imposer au monde. Aujourd'hui, malgré quelques élucubrations ne relevant que de la fantaisie, la théorie de l'évolution est universellement reconnue.

Charles Darwin en 1881. © Commons

Même si la notion de sélection naturelle avait déjà été plus ou moins obscurément évoquée par certains scientifiques (P. Matthew, 1831, E. Blyth, 1835) notamment par la voie des attirances sexuelles, la quasi-simultanéité des publications de Darwin et de Wallace démontre que l'idée était mûre. Darwin était le premier à reconnaître le concept de sélection novatrice.

En 1868, La Royal Society lui décerna la plus haute récompense dont elle disposait, la médaille Copley. Non comme auteur de L'origine des espèces, mais comme celui de Récifs de Corail, de Voyage d'un Naturaliste et de Recherches sur les Cirripèdes. Dix ans plus tard, l'Académie des sciences de Paris l'admettait en son sein... comme botaniste. Il fut aussi élu par l'Académie de Berlin, et en 1869 recevait un prix de 42.000 francs de l'Académie de Turin.

Charles Darwin mourut à Down, dans le Kent, le 19 avril 1882. Il avait souhaité être enseveli au cimetière St Mary de la même localité, mais ses nombreux amis, dont certains des plus grands esprits de son époque, comme William Spottiswoode, président de la Royal Society, insistèrent pour qu'on lui fasse des funérailles nationales. Il fut ensuite enterré dans l'abbaye de Westminster, près de l'astronome John Herschell et d'Isaac Newton.

Photographie de Darwin (non datée – auteur inconnu). © Library of Congress

La toponymie de Darwin

Le prolongement occidental du canal Beagle, jusqu'à l'Océan pacifique, a été baptisé canal de Darwin par le capitaine FitzRoy. Ce dernier a officiellement baptisé une montagne mont Darwin en l'honneur du naturaliste à l'occasion de son 25e anniversaire. En 1839, croisant au large de l'Australie, John Lort Strokes, ami de Darwin, découvre un port naturel que le capitaine de vaisseau John Clements Wickham baptise Port Darwin.

Fondée en 1869, la colonie de Palmerston est rebaptisée Darwin en 1911. Elle possède une université Charles Darwin et un parc national Charles Darwin. Le Darwin Collège de l'Université de Cambridge a été ainsi nommé pour rappeler qu'il était en partie bâti sur des terrains appartenant à la famille Darwin.

Les nouvelles espèces de pinsons découvertes par Darwin dans les îles Galapagos ont été nommées Pinsons de Darwin. Et enfin, le billet de dix livres sterling de la banque d'Angleterre comporte, depuis 2000, l'effigie de Charles Darwin.