Un requin-lézard rarissime a montré son étrange visage. Les océans nous sont encore largement inconnus. © Dudarev Mikhail, Fotolia

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Un requin-lézard rarissime montre son étrange visage

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Au large du Portugal, un bien étrange animal a été pêché par hasard. Le requin-lézard n'est pourtant pas inconnu, mais si rare que les humains ne le voient que quelques fois par siècle. Découvrez ce messager des abysses, qui nous montre notre ignorance des grands fonds océaniques.

Une équipe d'océanographes a eu une belle et rare surprise. Ces derniers menaient une étude pour réduire la quantité de « prises accessoires », c'est-à-dire quand les filets de pêche remontent des espèces non commercialisées. Parmi les poissons remontés, figurait un curieux requin très allongé, de 1,5 m, sa forme évoquant l'anguille.

Ce sélacien, en effet, n'a pas de nageoire dorsale et ses nageoires anale et pelviennes semblent absentes mais en fait installées à l'extrémité de la queue. Sa large tête s'ouvre par une bouche dont les dents portent trois pointes acérées. L'espèce n'est pas inconnue : c'est Chlamydoselachus anguineus, le requin-lézard, ou requin frangé, ou encore à collerette, car les fentes branchiales de la première des six paires se rejoignent, créant un repli de peau souple juste derrière la tête.

Si la nouvelle, diffusée par la chaîne de télévision portugaise SIC Notícias, a trouvé un écho, c'est que l'animal est extrêmement rare. Les rencontres avec ce requin farouche sont précieuses depuis sa description dans les années 1880. On sait qu'il fréquente les grands océans du Globe et qu'il préfère les abysses, entre 500 et 1.500 m mais qu'il nage parfois près des côtes, à plus faible profondeur (ce qui peut étonner). Regardez donc cette vidéo, diffusée par le parc naturel Awashima, au Japon.

Le requin-lézard (Chlamydoselachus anguineus, Garman, 1884) peut atteindre deux mètres de longueur. Il vit le plus souvent dans les profondeurs abyssales et ressemble à une espèce disparue. Son corps ressemble à une anguille mais il paraît plus raide. © Open Cage, CC by-sa 2.5

Le requin-lézard, témoin de notre méconnaissance des abysses

Ce drôle de requin est présenté comme « archaïque » ou comme un « fossile vivant », des expressions que les biologistes ont en horreur. Sa description a en effet montré qu'il ressemblait à une espèce connue à l'état de fossile et datée de 80 millions d'années, avec des caractères anatomiques retrouvés sur des sélaciens anciens. Pour autant, les spécimens d'aujourd'hui peuvent différer de cet ancêtre du Crétacé et leurs caractères sont bien adaptés à leur mode de vie actuel. De plus, ils sont ovovivipares. La femelle donne naissance à des jeunes bien formés, de 22 cm de longueur, après, semble-t-il, une gestation de trois ans et demi, deux fois plus longue que celle de l'éléphante. Dans le monde froid des abysses, on vit lentement.

De quoi se nourrissent-ils ? De calmars, pour les requins-lézards observés ou pêchés près des côtes japonaises, mais dans les abysses, on l'ignore. Sa méthode de chasse est également énigmatique. Tout juste suppose-t-on qu'il préfère accélérer brutalement grâce à la puissante musculature de sa queue pour opérer une attaque brève, comme les serpents. La reproduction et nombre de caractéristiques biologiques restent mystérieuses. (Voir, pour les anglophones, le lien en bas de cet article.)

Après l'étrange poisson sans visage découvert échoué sur une plage au Texas, cette pêche vient nous rappeler, encore une fois, que nous ne connaissons que très imparfaitement le monde des océans. Les biologistes marins ont encore du travail... On remarque aussi que les conséquences de la pêche dans les abysses ne peuvent pas être évaluées par les scientifiques.

  • Un requin-lézard a été pêché lors d'une campagne scientifique.
  • Ses caractéristiques le rapprochent de requins qui vivaient au Crétacé.
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