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La disparition des dinosaures a fait grandir les mammifères

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Une équipe internationale montre que la disparition des dinosaures a permis aux mammifères de toute la planète d'accroître leurs tailles, parfois d'un facteur mille à l'échelle des millions d'années.

Les plus grands mammifères terrestres ayant jamais vécu, parmi eux, dessinés ici, Indricotherium et Deinotherium, auraient dominé l'éléphant africain vivant. Le plus grand sur le schéma, Indricotherium, un parent disparu du rhinocéros, a vécu pendant l'Éocène et l'Oligocène (37 à 23 millions d'années) et a atteint une masse de 15.000 kg. Le Deinotherium (proboscidien éteint, lié aux éléphants modernes) a vécu de la fin du Miocène jusqu'au début du Pléistocène (8,5 à 2,7 millions d'années ) et pouvait peser jusqu'à 17.000 kg. © Alison Boyer/Yale University

Après la grande extinction du Permien-Trias (il y a environ 252 millions d'années) et en quelques dizaines de millions d'années, les premiers dinosaures et les premiers mammifères apparaissent sur Terre. Les dinosaures vont rapidement s'imposer et bloquer aussi bien la diversification que la croissance en taille des mammifères. Ce n'est que lorsque l'astéroïde 298 Baptistina aura provoqué leur extinction massive qu'une explosion radiative évolutive pourra se produire chez les mammifères.

Un groupe de paléontologues, biologistes (spécialistes de l'évolution) et de macro-écologistes mené par Felisa Smith (de l'université de New Mexico) vient de confirmer qu'à partir de la crise KT (entre Crétacé et Tertiaire, ou cénozoïque, il y a 65 millions d'années) se produit sur tous les continents une croissance de la taille des nouvelles espèces de mammifères. Ce serait donc bien grâce à la disparition des dinosaures que des géants comme le baluchithère ont pu fouler le sol de la Planète bleue.

Une clé, la taille des dents

Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont patiemment constitué pendant trois ans une banque de données sur la taille maximale des membres de grands ordres et groupes de mammifères terrestres comme les Proboscidiens (Proboscidea) et les Périssodactyles (Perissodactyla). Les premiers sont les mammifères à trompe, dont font partie nos actuels éléphants et de nombreuses espèces disparues comme les mammouths et les mastodontes. Les seconds, quant à eux, désignent les équidés (cheval, âne, zèbre, etc.), les tapiridés (tapir) et les rhinocérotidés (rhinocéros). Les paléontologues et biologistes ont également analysé le superordre des Xénarthres (Xenarthra), un groupe de mammifères placentaires présents de nos jours uniquement en Amérique. Il comprend les fourmiliers, les paresseux et les tatous.

Pour Felisa Smith, « cette base de données est unique. Très complète, elle contient des mammifères de tous les continents depuis l'extinction des dinosaures. Nous avons estimé la taille du corps à partir de celle des dents fossiles, qui sont les parties les plus généralement préservés des mammifères ».

Le baluchitère, cousin du rhinocéros, découvert au Balouchistan, est à ce jour le plus grand mammifère terrestre connu. Il devait peser jusqu'à 20 tonnes. © 2001 Ex-Machina

Une réponse évolutive uniforme

De façon surprenante, l'augmentation de taille des mammifères au cours du temps se retrouve sur tous les continents et tous ces animaux, quelles que soient leurs habitudes alimentaires. Ainsi, la taille maximale des mammifères a commencé à augmenter fortement il y a environ 65 millions d'années, atteignant un sommet pendant l'Oligocène (il y a environ 34 millions d'années) en Eurasie, et de nouveau dans le Miocène (il y a environ 10 millions d'années) en Eurasie et en Afrique.

Toujours selon Smith, toutes les données suggèrent que des contraintes écologiques similaires ont déclenché une même réponse évolutive. Il semblerait que ces contraintes soient le climat global et l'espace vital disponible pour les mammifères à un moment donné. Ainsi, plus le climat était froid et l'espace vital étendu, plus la taille maximale des animaux était importante.