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L'ancêtre commun des singes et des hominoïdes a rajeuni

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La découverte d'un fossile, ancêtre à la fois des hominoïdes et des singes, remet en cause la date de divergence de ces deux lignées : elle serait plus récente que l'on pensait.

Les macaques et les hommes, deux catarhiniens, auraient divergé plus récemment que ce que l'on pensait. © Wikimedia Commons

Il s'appelle Saadanius hijazensis et aurait vécu il y a 29 à 28 millions d'années. Cette nouvelle espèce de primate, découverte récemment sur les plateaux montagneux surplombant La Mecque en Arabie Saoudite, correspondrait à l'ancêtre direct des grands singes, dont l'homme, c'est-à-dire les hominoïdes, mais aussi des petits singes comme le macaque, ou cercopithécoïdes, les deux étant des catarhiniens (étymologiquement, nez en avant).

Les chercheurs de l'Université du Michigan, aux Etats-Unis, ont en effet retrouvé les restes du crâne du primate fossilisé. L'animal aurait pesé entre 15 et 20 kilogrammes et serait un mâle, d'après l'analyse de la dentition. L'absence du reste du squelette frustre un peu les scientifiques, qui ne pourront pas répondre aux interrogations sur son mode de vie. Son crâne révèle cependant des informations inédites.

L'analyse de son anatomie, publiée dans le journal Nature, montre qu'il ne s'agissait ni vraiment d'un singe, ni vraiment d'un hominoïde, mais plutôt d'une espèce transitoire. En effet, il ressemblait autant aux Propliopithécoïdes, les ancêtres des hominoïdes et des singes, datant d'il y a 30 millions d'années, qu'à des primates plus récents datant de 23 millions d'années.

Saadanius possède un museau, une face relativement allongée, avec des os nasaux étroits, de larges molaires, et d'autres caractéristiques semblables aux anciens primates. D'autres caractéristiques, en revanche, le distinguent de ces ancêtres.

Le crâne de Saadanius hijazensis, retrouvé en Arabie Saoudite, vu de face et de profil, comporte des caractéristiques qui correspondent à un ancêtre commun des singes et des hominoïdes. © I. Zalmout et W. Sanders / Nature

Une histoire d’oreille

La réponse est dans l'oreille : le crâne retrouvé possède un long conduit auditif osseux qui n'était pas encore développé chez les propliopithécoïdes mais présent plus tard chez ses descendants. En revanche, Saadanius est dépourvu des sinus caractéristiques des catarhiniens (des narines proches l'une de l'autre, ouvertes vers le bas et une fine cloison nasale) et des larges canines typiques des mâles.

C'est pour l'ensemble de ces raisons qu'il correspond au parfait ancêtre commun des hominoïdes et des singes. Cette découverte indique que la divergence des grands singes et des petits singes est plus récente que préalablement supposée. Une étude génétique effectuée en 2004 avait en effet estimé l'âge de la séparation entre 34,5 et 29,2 millions d'années. D'après l'âge des autres fossiles retrouvés sur place, les chercheurs ont estimé l'âge de Saadanius de 29 à 28 millions d'années, indiquant que la divergence est encore plus tardive. Cette datation n'est toutefois pas encore confirmée et les chercheurs attendent les résultats des analyses paléomagnétiques des roches, dans lesquelles le fossile dormait, pour valider l'hypothèse.

Cette espèce aurait donc vécu peu avant la séparation des hominoïdes et des singes. Malheureusement, 5 à 10 millions d'années séparent Saadanius des espèces connues d'hominoïdes et de singes les plus anciennes. Des maillons de l'histoire des primates sont donc toujours manquants et de nouvelles découvertes de fossiles sont attendues avec impatience.