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Tara Oceans : « Nous avons maintenant un trésor dans les bras »

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Le navire Tara revenu à Lorient, une autre aventure commence : celle de l'analyse des données récoltées autour du monde, et qui concernent notamment le plancton. Christian Sardet, l'un des fondateurs et des coordinateurs scientifiques de l'expédition Tara Oceans, est biologiste à Villefranche-sur-mer. Il nous explique pourquoi l'exploitation des données est aujourd'hui un vrai défi.

La goélette Tara au mouillage. Sur l'arrière, le portique et la zone de travail pour les biologistes. © Jean-Luc Goudet/Futura-Sciences

« Concernant l'étude du plancton, Tara Oceans est l'expédition la plus large et la plus ambitieuse depuis Challenger », affirme d'emblée Christian Sardet, biologiste, chercheur au CNRS à Villefranche-sur-mer et spécialiste de tout ce que l'on a du mal à voir à l'œil nu dans l'eau de mer. Pour mieux comprendre son travail et sa passion, une bonne solution est de visiter l'extraordinaire galerie de vidéos et de photos, Les chroniques du plancton, à mi-chemin entre art et biologie marine.

Le Challenger, c'est le nom du navire britannique qui effectua entre 1872 et 1876 la première grande campagne océanographique. Jamais auparavant, on n'avait poussé aussi loin l'exploration des mers ni étudié l'océan mondial en tant que tel. Au bilan figurent la découverte de milliers de nouvelles espèces mais aussi de la dorsale médioatlantique ou de la fosse des Mariannes, sans oublier les données sur les températures, les salinités et les courants, en surface et en profondeur.

Une image obtenue à bord du Tara en avril 2010, dans l'océan Indien. L'animal bleuté, qui évoque Dumbo l'éléphant volant, est un mollusque ptéropode (Cavolinia sp.) d'un demi-centimètre. Il nage à l'aide de ses deux ailes, appelées parapodies et dirigées vers l'avant. Sur son flanc gauche, l'organisme de couleur orangée est un ostracode, minuscule crustacé enfermé dans une carapace. Plus à gauche, deux copépodes, ces petits crustacés nageurs, dont il existe de très nombreuses espèces. À voir sur Les chroniques du plancton. © Christian Sardet

Tara réunissait biologistes, physiciens et océanographes

La comparaison a donc de la force... Comme nous l'expliquait Gabriel Gorsky, l'expédition Tara Oceans est très différente d'une campagne océanographique effectuée sur de grands navires, qui concentrent plusieurs équipes sur des missions assez courtes et précisément définies avant le départ. « Les campagnes donnent d'excellentes photographies de la situation mais il est difficile de passer à une échelle plus globale » confirme Christian Sardet.

Pendant deux ans et demi, la mission Tara Oceans, elle, a effectué des séries de mesures, toutes de manière identique, lors de « stations », lorsque le navire est immobilisé dans une zone intéressante (tourbillon, remontée d'eau, station de référence). Il s'agissait pour l'essentiel d'étudier le plancton, mais quand l'équipage descendait à l'eau « la rosette », cet ensemble de bouteilles de prélèvements et d'appareils de mesure (250 kg une fois les bouteilles emplies), c'est une série de données physicochimiques (températures, salinités, etc.) sur la colonne d'eau qui était enregistrées. Le travail était donc puissamment multidisciplinaire.

Où sommes-nous ? Dans le laboratoire humide du Tara, installé sur le pont à l'arrière. Juste un peu plus grand qu'un placard à vêtements, le local abrite les systèmes de filtration, ici à droite, recevant l'eau de mer par des tuyaux. Les mailles des filtres varient de 0,2 à 10 microns, selon les types d'organismes que l'on souhaite isoler. © Jean-Luc Goudet/Futura-Sciences

« Pour le guidage du navire [c'est-à-dire trouver les emplacements les mieux adaptés pour les stations, nous reviendrons sur ce sujet, NDLR], les physiciens étaient à la manœuvre, mais pour l'identification des espèces, les biologistes prenaient le relais. Ce n'est pas si facile ! »

Sur les prélèvements eux-mêmes, plusieurs métiers étaient mobilisés. « Nous associons systématiquement l'imagerie, la génétique et l'étude des paramètres physicochimiques, poursuit Christian Sardet. Ainsi, nous avions une vue complète du plancton, des virus aux siphonophores en passant par les bactéries et les larves de poissons ou d'invertébrés. »

Effectué tout au long de l'expédition, dans tous les océans du monde, ce travail donne donc une image précise et globale du plancton à l'échelle planétaire à l'époque actuelle. « Nous savons déjà que la collecte est un grand succès. Maintenant, nous avons un trésor sur les bras ! Le challenge, aujourd'hui, est d'exploiter au mieux les données. Il faudra beaucoup de temps... »