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Sahara Forest Project : des oasis artificielles pour verdir le désert

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Chaque année, le désert englouti 6 millions d'hectares par an, rendant un peu plus difficiles les conditions de vie des populations locales, parfois poussées à migrer vers des régions plus hospitalières. Des oasis artificielles pourraient inverser cette tendance en produisant eau douce, nourriture et énergie renouvelable.

Le projet de développement à grande échelle des oasis artificielles créera des ceintures vertes le long des côtes. Les serres à eau de mer fournissent l’eau à la centrale solaire à concentration, aux cultures et à la végétation qui pousse en extérieur sous le vent. © Sahara Forest Project

Le Sahara Forest Project propose une alternative à cette fatalité en conjuguant nouvelles technologies, solutions simples et imitation du vivant. Ce projet repose sur la création d'oasis artificielles et high tech qui exploiteraient l'énergie solaire et l'eau salée des déserts côtiers d'Afrique, du Moyen Orient, d'Australie, d'Espagne ou des Etats-Unis. Plus les lieux seront chauds et arides, plus les technologies déployées seront efficaces.

Les oasis artificielles du Sahara Forest Project produiront à la fois de l'eau douce, des produits agricoles sous forme de nourriture ou de biocarburant, de l'énergie électrique renouvelable, des emplois locaux et favoriseront la création d'une couverture végétale. Cette couverture végétale, permise par l'irrigation et l'établissement d'un microclimat plus humide contribuera à lutter contre l'érosion et la désertification en reverdissant les terres arides et nues des alentours.

Ce projet est porté par Max Fordham Consulting Engineers, cabinet d'ingénierie énergétique, Seawater GreenhouseExploration Architecture, cabinet d'architecture spécialisé dans la bionique, autrement dit dans l'imitation du vivant, et l'ONG norvégienne Bellona.

Juste du soleil et de l’eau salée

Les technologies de Seawater Greenhouse et de centrale solaire à concentration (CSP pour concentrating solar power) fonctionnent en synergie. L'air chaud et sec du désert pénètre dans la serre et se charge en humidité au contact de l'eau de mer et de la végétation. En passant ensuite entre des tubes d'eau de mer froide, la vapeur d'eau se condense et produit de l'eau douce pour l'irrigation des plantes, le nettoyage des miroirs de la centrale et l'entraînement de la turbine électrique.

Cliquer pour agrandir. Fonctionnement d’une serre à eau de mer : l’air qui pénètre dans la serre (en bleu) est d’abord rafraîchie et humidifiée par l’eau de mer du premier évaporateur. Cet air crée un microclimat favorable aux cultures. L’air qui quitte la serre passe par un deuxième évaporateur dont l’eau de mer a été chauffée par le soleil (circuit rouge) pour devenir encore plus chaud et plus humide. Au contact de tubes remplis d’eau de mer froide, il produira de l’eau douce par condensation (zone gris clair à droite). © Seawater Greenhouse

Cette centrale convertit l'énergie solaire thermique en électricité d'origine renouvelable. La chaleur de l'air désertique est récupérée par un échangeur de chaleur pour préchauffer l'eau distillée par la serre. Cette eau est ensuite portée à ébullition par la concentration des rayons solaires grâce aux miroirs paraboliques de la centrale. La vapeur sous pression actionne alors la turbine pour produire de l'électricité qui alimente la centrale et les populations locales.

Les cultures intérieures et extérieures, ainsi que des bassins de culture d'algues, produisent de la nourriture ainsi que du biocarburant à partir des algues, du jatropha.

Grâce à la synergie serre / CSP, jusqu'à 85% de l'énergie solaire est utilisée pour produire, à l'aide d'eau de mer, de CO2 et de nutriments extraits de la mer (algues), de l'eau douce, de la nourriture, de l'énergie renouvelable et des emplois.

Cliquer pour agrandir. La centrale pilote du projet devrait voir le jour en 2010. Son but sera de prouver la faisabilité technologique et économique du projet, ainsi que d’explorer d’autres opportunités possibles. © Sahara Forest Project

Attention, des effets secondaires comme l’apparition de forêts peuvent accompagner le traitement

Par ailleurs, comme seul 10 à 15% de l'humidité de l'air est condensée, les terres environnantes sous le vent peuvent profiter de l'apport d'humidité et développer un couvert végétal. Cette végétation stabilise les sols et les protège de l'érosion éolienne et de la désertification. De proche en proche, un microclimat plus humide et plus frais, grâce aux serres, à l'évapotranspiration et à l'ombre des végétaux, se développe et étend le couvert végétal.

Un nouvel écosystème, en compétition avec le désert, devrait alors s'établir et assurer l'essor d'une économie locale basée sur l'exploitation des ressources naturelles produites, gage de l'appropriation du projet par les populations et de sa durabilité.

Le coût annoncé d'une telle oasis serait de 80 millions d'euros pour 20 hectares de serre et une centrale CSP de 10 mégawatts. Ce projet s'intègre dans la mouvance d'autres projets, souvent titanesques, dont les coûts se chiffrent parfois en milliers de milliards de dollars et visant à exploiter l'énergie solaire des déserts ou à lutter contre la désertification. L'objectif final étant de limiter le réchauffement climatique et d'aider au développement durable des pays émergents.