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Restaurer les forêts tropicales abîmées, c'est facile et rentable

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Les forêts tropicales dégradées par l'exploitation peuvent récupérer en 15 ans seulement leur capacité à absorber le carbone et leur biodiversité. C'est ce que viennent de prouver des chercheurs de l'Université de Leeds (Grande-Bretagne).

La déforestation à l'œuvre : des hectares de forêt pluviale disparaissent en Malaisie. © Ben Sutherland CC-by

Les arbres des forêts tropicales absorbent de grandes quantités de CO2 atmosphérique et font de ces milieux forestiers un des principaux puits de carbone terrestres. Selon, David Edwards, de la faculté des Sciences Biologiques de l'Université de Leeds, la restauration des zones exploitées peut rendre à ces milieux leur capacité de stockage du CO2 et donc profiter des financements destinés à la compensation carbone. Mais plus encore, précise t-il, cette stratégie peut, et doit, inclure le volet Biodiversité pour que cette compensation du carbone soutienne, au lieu de saper, la richesse écologique des forêts tropicales.

Souvent, les replantations pour les projets de compensation carbone reposent sur une seule espèce d'arbre, des eucalyptus ou des palmiers à huile, car ceux-ci génèrent des retombées commerciales (bois, agrocarburant). Malheureusement, ces peuplements monospécifiques (d'une seule espèce) sont des déserts extrêmement pauvres en biodiversité.

Cliquer pour agrandir. Plantation monospécifique de Jatropha destinée à la production d'agrocarburant. © Orgadem CC-by-sa

Des oiseaux de bon augure

Pourtant, David Edwards a montré qu'une restauration raisonnée des forêts exploitées, compatible avec un projet de compensation carbone, s'accompagnait d'un retour à la biodiversité de l'avifaune (ensemble des oiseaux) antérieure à l'exploitation. Ceci en quinze ans, c'est-à-dire plus rapidement qu'en laissant faire la régénération naturelle.

« Nos recherches montrent qu'il est possible d'obtenir à la fois une compensation des émissions de carbone et des bénéfices pour la biodiversité avec le même programme, précise Edwards. Les oiseaux sont des indicateurs assez fiables de la réponse d'autres groupes, comme les plantes ou les insectes, à la gestion des habitats, ce qui suggère que d'autres groupes pourraient aussi en profiter ».

Pour parvenir à ce résultat, les chercheurs ont analysé et comparé la biodiversité de l'avifaune de trois secteurs différents. L'un était une forêt de 10.000 hectares, exploitée vingt ans auparavant et activement réhabilitée au cours des quinze dernières années, l'autre une forêt exploitée au même moment et régénérée naturellement et le dernier une zone protégée, jamais exploitée. Les effectifs et la variété des espèces d'oiseaux constatés dans la forêt réhabilitée sont à des niveaux très proches de ceux de la zone préservée. A contrario, la diversité était moindre dans la forêt qui s'était régénérée naturellement.

L'absence d'arbre cache quand même la forêt

« Ces observations pourraient être de fortes motivations pour protéger même les forêts tropicales exploitées qui sont menacées de déforestation complète pour la production d'huile de palme ou d'autres cultures ». En effet, les forêts qui font l'objet d'une exploitation sélective sont souvent vulnérables car elles sont perçues comme dégradées. Les travaux de David Edwards tendent cependant à montrer que ces forêts ne sont pas condamnées à n'être que les fantômes d'elles-mêmes.

Il conclut qu'« il y a maintenant des signes que les crédits carbone et la compensation de la biodiversité devraient être combinés, ce qui débloquerait des finances supplémentaires pour les projets qui offriraient un bénéfice en biodiversité ». Une telle démarche serait plus durable que celles qui ont cours actuellement et rendrait plus efficaces les programmes de restauration des forêts tropicales humides. Face à la déforestation de ces milieux qui figurent parmi les hotspots de la biodiversité, l'émergence de tels projets intégrés pourrait être un ferment de solution.