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Les gros yeux de l'anomalocaris, monstre du Cambrien

Anomalocaris, des grands arthropodes du Cambrien, devaient terroriser la faune marine il y a un demi-milliard d'années. Du moins le pensait-on, car personne n'avait vu leurs yeux. Un fossile vient de parler : ils étaient énormes ! Oui, ces anomalocaris étaient bien des superprédateurs.

L'anomalocaris possédait des yeux composés grâce auxquels il excellait à la chasse. © Katrina Kenny et université d'Adélaïde

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Les anomalocaris (« étrange crevette ») sont des arthropodes à corps mou qui vivaient à l’époque du Cambrien, il y a plus de 500 millions d’années. Ces animaux aquatiques, mesurant en général un peu moins d’un mètre, étaient des superprédateurs, au sommet de la chaîne alimentaire. La découverte d’un récent fossile permet d’en apprendre davantage sur la vision exceptionnelle de cet animal qui lui conférait une redoutable habilité à la chasse.

Des fossiles de ces arthropodes ont été retrouvés à plusieurs reprises, notamment dans les schistes de Burgess au Canada. Une des découvertes les plus importantes remonte à quelques mois, quand des fossiles ont été retrouvés dans des roches de l’Ordovicien (au Maroc, cette fois), indiquant que cette famille des anomalocarides avaient peuplé la Terre pendant à peu près 30 millions d’années. Une longévité exceptionnelle.

Les anomalocaris avaient  des yeux composés

La découverte des chercheurs anglais, australiens et espagnols est tout aussi importante : en Australie, dans les schistes d’Emu Bay, ils ont dégagé le fossile d’un anomalocaris d’environ un mètre dont les yeux étaient particulièrement bien conservés. On a ainsi pu déterminer qu’ils étaient composés.

Une particularité qui a souvent été suspectée mais jamais confirmée, du fait de la mauvaise qualité des fossiles jusque-là déterrés. Celui-ci en apporte la preuve. Les anomalocaris possédaient bien deux yeux composés et pédonculés, comme les scientifiques le rapportent dans Nature.

Fossile d'un des yeux composés (échelle = 2 mm). Encart : détail des ommatidies (échelle = 0,3 mm). © Paterson et al. 2001, Nature
Fossile d'un des yeux composés (échelle = 2 mm). Encart : détail des ommatidies (échelle = 0,3 mm). © Paterson et al. 2001, Nature

Ceux-là mesuraient 2 à 3 cm et comportaient 16.000 facettes appelées ommatidies. De tels yeux se retrouvent à notre époque chez les arthropodes, principalement au sein de la classe des insectes. Mais le nombre d’ommatidies est généralement moins élevé. À titre de comparaison, l’œil d’une mouche n’en possède que 3.200 environ.

Les yeux composés sont apparus plus tôt

Cette structure témoigne d’une vision hors du commun. Un atout précieux pour ce chasseur, qui peut expliquer une longévité si importante. Les auteurs suggèrent d'ailleurs que la présence de tels prédateurs à cette époque pourrait être à l’origine de l’explosion du Cambrien : en exerçant une forte pression de sélection, ils auraient contribué à l’importante diversification des espèces animales.

Cette découverte fournit aussi de nouveaux éléments concernant l’origine des yeux composés. Jusqu’à présent, les chercheurs considéraient que, dans le groupes de anomalocarides (auquel appartient anomalocaris), ce caractère était apparu en même temps que les exosquelettes durs, au Dévonien. Des fossiles de l’espèce Schinderhannes bartelsi, un autre anomalocaride ayant vécu à cette époque – soit 100 millions d’années plus tard que l’anomalocaris retrouvé – présentaient en effet ces caractères. Mais preuve est désormais apportée que dans ce groupe, les yeux composés sont apparus plus tôt.


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