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Du neuf sur le Botox ! Comment ça marche, docteur ?

Quoi de neuf alors ? Et bien, on a enfin découvert comment fonctionnait le Botox pour effacer les rides du temps. Voyage au cœur de l'infiniment petit, à la découverte d'une substance qui est, avant tout l'une des plus dangereuses au monde, et bien plus qu'un chirurgien esthétique…

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Le botulisme, vous connaissez ? C'est une intoxication alimentaire qui se déclare en 1 à 3 jours après l'ingestion d'un poison très puissant sur l'organisme humain : la toxine botulique produite par la bactérie Clostridium botulinum. Celle-ci vit généralement en terre et dans les sédiments aquatiques mais elle est aussi fort à son aise dans tout ce qui est charcuterie avariée (jambon, saucisson, lard, pâté, etc.) et conserves mal préparées (asperges, haricots, fruits, etc.) : un vrai festin pour elle… La vaccination par sérothérapie (antitoxine) réalisée en urgence est indispensable. En effet, la présence en grande quantité de toxines botuliques entraîne, entre autres, une paralysie des muscles respiratoires : c'est la mort assurée pour le patient !

Bien plus qu'un traitement antirides...

Changement de décor. Nous voici allongés sur un fauteuil chez le dermatologue. Les muscles d'un joli front marqué par des années de vie s'expriment pendant qu'ils le peuvent encore, alors qu'un homme en blouse blanche s'approche d'eux, armé d'une aiguille ! Il ne faut pas plus de quelques minutes à cet effaceur du temps pour piquer là où ça ne bougera plus. Rides du lion, de la patte d'oie et du front ne font plus les fières face au Botox. Au quoi ? Au Botox, une substance provenant d'un être microscopique que l'on nomme… Clostridium botulinum. En quelques heures à peine, le Botox ou toxine botulique de type A (BTX-A) injecté à faible dose, aura paralysé les muscles faciaux et atténué ces fameuses marques qui rendent heureux les uns, honteux les autres. Et l'effet ‘statue' à peau lisse est garanti pour au moins 4 mois !

Avant d'être un produit cosmétique en vogue, le Botox a surtout été utilisé en ophtalmologie - depuis des années déjà - dans le traitement du strabisme notamment. Aujourd'hui, il trouve de nombreuses autres applications en médecine : hyperhidrose axillaire (transpiration abondante sous les bras), blépharospasme (battement de paupières incontrôlé), dystonie cervicale (contractions musculaires involontaires dans le cou)… De telles possibilités viennent du mode d'action de la BTX : elle empêche la libération d'un neurotransmetteur appelé acétylcholine au niveau des synapses (le point de liaison entre le nerf et le muscle). Puisque le message nerveux n'est plus transmis, la contraction du muscle est rendue impossible.

Ces dernières années, les biologistes ont découvert que la BTX, qui est également une enzyme, se liait à des protéines spécifiques de la synapse pour former des complexes... « L'enzyme botulique attaque de manière sélective les protéines SNARE et les coupe en 2 parties » explique Axel T. Brunger, professeur en neurosciences à l'Université de Stanford et co-auteur avec Mark A. Breidenbach, d'une étude publiée le 12 décembre dans la revue Nature. « C'est suffisant pour perturber leur fonction. Mais les moyens par lesquels l'enzyme identifie et clive sa cible SNARE ont donné lieu à de nombreuses spéculations » poursuit le chercheur. Lui et son collègue ont travaillé sur l'une des 7 formes de neurotoxines botuliques, la A (BTX-A) qui est le principe actif du Botox.

Un corps-à-corps paralysant !

En introduisant 2 mutations génétiques sur l'enzyme, Breidenbach est parvenu à l'inactiver sans modifier sa structure. Ainsi, il a pu cristalliser le complexe protéine SNARE/BTX-A sans que l'enzyme ne coupe la protéine en 2. Il ne restait plus qu'à l'observer en laboratoire… Conclusions ? La protéine SNARE est liée à plus de 2 douzaines de sites sur l'enzyme : elle est littéralement enveloppée autour de la BTX-A. Et alors ? « Une si grande interaction entre une neurotoxine et sa cible, c'est inouï ! » s'exclame Brunger, « souvent en biologie, une telle spécificité est accomplie grâce à de gros complexes protéiques auxiliaires qui travaillent ensemble, mais ici, les bactéries utilisent un mécanisme très simple, une protéine seulement. C'est un dispositif extrêmement astucieux ! ».

Brunger espère maintenant déterminer la structure des autres types d'enzymes botuliques et de celle de la neurotoxine du tétanos, qui est voisine. Ces recherches sont importantes car on vient encore récemment de découvrir que le Botox pourrait être utilisé dans le traitement des acouphènes, de l'incontinence urinaire ou encore dans les cas de cicatrices disgracieuses. « Peut-être pourrons-nous un jour développer des médicaments qui traiteront le botulisme et le tétanos en entrant en compétition avec les sites de liaison spécifiques sur la surface de la neurotoxine. L'idée est d'injecter aux gens un composé qui aurait un effet immédiat » insiste aussi le scientifique.


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