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La Grande Barrière a perdu la moitié de ses coraux depuis 1985

Bilan de la surveillance de la Grande Barrière, en Australie, qui a commencé il y a 27 ans : la moitié des coraux ont disparu. D’abord à cause des tempêtes tropicales et des étoiles de mer, mais aussi après des épisodes de blanchiment. Cette régression pourrait être freinée voire inversée, affirme l’Institut australien des sciences maritimes.

Google Street View plonge désormais sous la surface et donne à voir des récifs coralliens, dont ceux de la Grande Barrière de corail, en Australie. Ici, une vue saisie sur la côte de l'île Heron. © Google Google Street View plonge désormais sous la surface et donne à voir des récifs coralliens, dont ceux de la Grande Barrière de corail, en Australie. Ici, une vue saisie sur la côte de l'île Heron. © Google

La Grande Barrière a perdu la moitié de ses coraux depuis 1985 - 1 Photo

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Faudra-t-il chasser les étoiles de mer de la Grande Barrière de corail en Australie ? C’est ce que préconise John Gunn, patron de l’AIMS (Australian Institute of Marine Science, Institut australien des sciences maritimes), dans un communiqué commentant une étude parue dans la revue scientifique Pnas.

Les équipes de ce centre de recherche, qui veut aussi créer une banque de sperme de corail, observent la Grande Barrière depuis 1985 et, rappelle la publication scientifique, ont mené 2.258 études de terrain sur 214 récifs, ce qui ferait de cette série la plus longue surveillance de récifs coralliens. « Nos chercheurs ont passé 2.700 jours en mer ! » ajoute Peter Doherty, de l’AIMS. Le résultat semble net, et assez surprenant : la Grande Barrière a perdu sur cette période 50,7 % de la surface occupée par des récifs, leur étendue passant de 28,0 % en 1985 à 13,8 % en 2012, soit une diminution moyenne de 0,53 % par an.


Les terribles acanthasters pourpres, reconnaissables à leurs longues épines, dangereusement venimeuses, prolifèrent facilement. Cette étoile de mer se nourrit essentiellement de corail. Très prolifique, l'espèce est considérée comme invasive et a peu de prédateurs, qui craignent son venin. © AIMS/YouTube

De redoutables invasions d'étoiles de mer

Les océanographes australiens ont déterminé les causes de cette régression : les tempêtes tropicales seraient responsables de 48 % des pertes. Viendrait ensuite, pour 42 %, la prédation par l’acanthaster pourpre (Acanthaster planci), une étoile de mer friande des polypes, ces petits animaux (des cnidaires) qui fabriquent le corail. Loin derrière (10 %), la troisième cause, expliquent les auteurs, serait le blanchiment (quand le corail perd ses zooxanthelles), surtout à cause de deux épisodes en 1998 et 2002, attribués au réchauffement des eaux, consécutif à celui de l’atmosphère. À ce rythme, affirment les auteurs de l’étude, les récifs de la Grande Barrière auront encore diminué de moitié en 2022.

Ce long suivi a permis de constater que les afflux d’acanthasters pourpres se produisent à peu près tous les 15 ans par une invasion venue du nord, due à des courants. Cet échinoderme envahissant, capable de se reproduire massivement, semble bien être l'ennemi public numéro un des récifs. Les brutales augmentations de population sont dues à des booms phytoplanctoniques, proliférations de microalgues générées par des apports de nutriments venus du large au gré des courants ou bien de la pollution des eaux côtières. Comme pour les algues au large des côtes bretonnes, les auteurs accusent en effet les engrais agricoles qui, parvenus en mer, viennent faire croître les algues marines.

Les récifs coralliens récupèrent si l'environnement est bon

Après un tel épisode, les populations de corail se remettent d'aplomb, « mais il leur faut 10 à 20 ans ». Ces études ont d’ailleurs démontré les capacités de récupération du corail. Ainsi, dans la partie nord de la Grande Barrière, épargnée par les tempêtes, il n’y a pas eu de déclin. Et les auteurs estiment qu’en l’absence de tempêtes, d’acanthasters pourpres et de blanchiment, les récifs progresseraient de 2,85 % par an.

Si « on ne peut pas arrêter les tempêtes », ni, à court terme, le réchauffement des eaux, comme l’explique John Gunn, « on peut agir pour réduire l’impact des étoiles de mer ». Selon les conclusions de l’étude, avec le niveau des tempêtes actuelles et des épisodes de blanchiment, empêcher cette prédation, d'abord en préservant la qualité de l'eau, conduirait à ce que les surfaces des récifs coralliens augmentent de 0,89 % par an. Les océanographes de l’AIMS estiment toutefois que « cette stratégie ne pourra réussir que si les conditions climatiques sont stabilisées ».


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