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Dossier - Humanisme et médecine
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Jusqu'au XXe siècle, l'art de guérir s'est limité à quelques recettes traditionnelles et à la chirurgie. Le premier médicament chimiquement défini date de 1930 : il s'agit de l'ancêtre des sulfamides, le Prontosil rouge. De ce fait, la pensée médicale est restée marquée jusqu'à très récemment par l'idée hippocratique selon laquelle l'acte médical consistait avant tout à faciliter l'œuvre de la bonne nature, c'est-à-dire le rétablissement des équilibres physiologiques.

  
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4°) L'humanisme médical et l'embryon

L'humanisme apparaît être une valeur à ce point consubstantielle à la médecine, nous l'avons vu, que personne n'en conteste ouvertement l'évidence. Il s'agit là cependant d'une illusion et, en des temps où l'idée humaniste apparaît être un chef d'œuvre en péril, il eût été bien étonnant que son application à la médecine fût épargnée. Ce qui est contesté, c'est la part d'humanité que recèle le début et la fin de la vie humaine. Ce sont aussi les conditions réelles d'exercice de la solidarité et de la compassion lorsque l'activité médicale est soumise à des contraintes présentées comme supérieures. Toute la réflexion de l'éthique médicale à partir du Code de Nuremberg s'enracine dans le respect d'une autonomie véritable de sujets moraux. Mais qu'en est-il des fœtus et des embryons, des personnes au crépuscule de leur vie ? Ce n'est pas là pour moi l'occasion de m'engager dans la discussion vaguement absurde sur « le statut de l'embryon ». Quel qu'il soit, celui-ci ne s'oppose en effet nullement à la réalisation de recherches médicales à ces âges de la vie, dans des conditions transposant à cette période l'esprit des règles éthiques qui s'appliquent aux essais sur l'homme en général.

Dans le cadre de l'assistance médicale à la procréation, les embryons créés ne sont pas tous transférés dans l'utérus maternel. Aujourd'hui, le devenir des embryons non réclamés par les géniteurs reste en suspens. Toute recherche sur l'embryon aboutissant à sa destruction étant exclue par la loi en France et dans de nombreux pays à travers le monde, force est cependant d'en déduire qu'à terme, c'est la destruction des embryons en surnombre qui est envisagée.

La déchéance d'embryons humains n'est d'ailleurs pas propre à la fécondation in vitroRappelons que dans les conditions naturelles, huit sur dix des embryons fécondés ne se développent pas et sont éliminés. Dans le cadre d'un projet de recherche évalué sur les plans éthique et technique, avec l'assentiment des géniteurs, la réalisation de recherches sur les embryons surnuméraires avant qu'ils ne soient détruits doit-elle être considérée comme une atteinte au respect dû à la nature humaine de l'embryon ? La reconnaissance de la dignité des personnes n'a jamais été un obstacle insurmontable à la réalisation de recherches biomédicales à tous les âges de la vie humaine, chez l'enfant, l'adulte ou le vieillard. Il est vrai que la particularité de la recherche sur l'embryon est qu'elle aboutit en général à sa destruction, ce qui la singularise totalement des autres formes de recherches sur l'homme. Cependant, cette objection tombe dès lors que la destruction de l'embryon est programmée indépendamment de tout projet de recherche.

En quoi serait-il plus respectueux d'un embryon humain de le détruire en le décongelant sans ménagement, plutôt que de le soumettre à une recherche de qualité dont on espère un accroissement des connaissances et des moyens de lutte contre l'infertilité ou les maladies du développement ? Il y a là, me semble-t-il, un élément de solidarité entre une vie qui n'adviendra pas et l'amélioration des conditions d'établissement d'autres vies humaines dans le futur qui rappelle la greffe d'organes de donneurs morts, où des personnes disparues passent à des personnes vivantes en difficulté des « témoins » de vie. Les embryons surnuméraires qui n'ont pas été utilisés par leurs géniteurs et n'ont pas été donnés à d'autres couples , ne se développeront pas et ne seront donc plus jamais associés à un projet humain, sauf éventuellement dans le cadre d'un programme de recherche thérapeutique. Il ne semble donc exister aucune contradiction entre le sentiment d'une singularité de l'embryon humain, et l'emploi d'embryons, sinon voués à l'élimination, dans des projets de recherche de haute qualité scientifique et morale.