Santé

Katie Brenner, maman et femme de science, met les couches au mixeur !

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Biochimiste à l'université du Wisconsin-Madison (États-Unis) spécialisée dans les méthodes diagnostiques dans le domaine de la santé, Katie Brenner a fait le choix de rester au foyer auprès de son premier bébé. Loin de la séparer du milieu professionnel, la pratique de ce « métier d'ingénieur » qu'est selon elle le rôle de mère d'un jeune enfant lui a bien servi. Parce qu'elle sait désormais parfaitement ce qu'est une couche, elle a mis au point un nouvel outil de surveillance des prématurés, basé sur l'analyse de l'urine. Katie Brenner a reçu une bourse du programme L'Oréal-Unesco Pour les femmes et la science. Elle explique sa démarche.

Rester au foyer pour s'occuper du bébé ou bien le confier à d'autres pour ne pas perturber sa carrière professionnelle ? De nombreuses femmes se posent la question. © Ana_Cotta, Flickr, CC by-nc-sa 2.0

J'ai eu mon premier enfant neuf mois avant de soutenir mon Ph. D [doctorat, NDLR]. Avec un diplôme de Stanford en génie électrique et un Ph. D. de Caltech, j'étais assurée de faire carrière. C'est alors que j'ai fait un choix risqué : celui de rester à la maison. Il est une querelle bien connue qui oppose les mères au foyer à celles qui travaillent. Les premières, qui jugent les secondes sans indulgence, avancent que les méfaits des modes de garde collectifs se répercutent sur la santé ou le comportement de leur progéniture. Les secondes s'accordent secrètement entre elles à trouver les premières détachées des réalités et inaptes à établir des relations normales avec d'autres adultes.

Prisonnières de cette fausse et triste dichotomie, les unes n'écoutent pas les autres et personne ne progresse. Or je tiens à préciser que les mères peuvent beaucoup apprendre les unes des autres, pour peu qu'elles veuillent bien s'écouter. À mes débuts de mère au foyer, chaque nouvelle journée avait pour moi un goût d'aventure. Mais au bout de quelques mois, il m'a fallu admettre que trop de journées, pourtant très remplies, me laissaient un sentiment d'inaccompli. J'ai alors réalisé que les carnets que je tenais durant mes études, en particulier pour y lister mes tâches, structuraient ma journée en lui donnant une finalité, un but, dont j'étais désormais dépourvue. Je me suis donc remise à tenir un carnet de bord à la maison.

« La parentalité, une grande expérience »

Du jour au lendemain, j'ai retrouvé, chaque matin, ce sentiment que mes journées étaient organisées et tendaient vers un but, grâce à des idées à explorer avec mes enfants, comme je l'avais toujours fait au laboratoire. Dresser ces listes de tâches, noter les résultats et suivre ma progression transformait chaque jour en une victoire. C'est aussi en cultivant cette habitude que j'ai commencé à concevoir la parentalité comme une grande expérience. Le bébé jetait ses petits pois par terre ? Je me notais d'essayer le lendemain de les mixer avec de la poire. Au bout de trois heureuses années au foyer, un laboratoire m'a proposé un poste qu'il m'était impossible de refuser. Je pense que mon retour à la vie professionnelle n'aurait pas été aussi réussi sans l'expérience acquise dans mon rôle de mère à plein-temps.

L'expérience de Katie Brenner en tant que mère au foyer l'a aidée à progresser dans son travail en laboratoire. © University of Wisconsin-Madison

« Les mères agissent comme des ingénieurs »

À longueur de journée, les mères agissent comme des ingénieurs rompus à la résolution de problèmes en tous genres. À mes yeux, les passerelles étaient nombreuses entre mon post-doctorat sur le diagnostic précoce des infections néonatales et ce que j'avais appris dans mon rôle de mère. J'ai proposé de mettre des couches dans un robot de cuisine pour en extraire et analyser l'urine des bébés ; ce qui a soulevé des résistances. On m'a d'abord objecté qu'il serait impossible de séparer les selles de l'urine dans les couches. Or, beaucoup de couches ne contiennent que de l'urine : aucune mère ne vous dira le contraire. On m'a ensuite rétorqué que les couches représentaient « un risque biologique nécessitant un protocole particulier ». Pourtant, jour après jour, les mères changent des couches à mains nues et les jettent avec le reste des ordures ménagères. Peut-être fallait-il une mère, pour qui les couches n'ont plus de mystères, pour avoir l'idée d'utiliser des couches à des fins scientifiques. Finalement j'ai bien fait, car mes travaux vont permettre de sauver des bébés [grâce à une méthode diagnostique basée sur l'analyse d'urine conçue pour les prématurés, NDLR].

Les compétences interpersonnelles qu'une mère enseigne à ses enfants m'ont beaucoup aidé à progresser au laboratoire. Pour réussir dans le domaine scientifique tout en me ménageant des moments privilégiés avec mes enfants, j'ai dû collaborer et partager. Et ce malgré le fait qu'en science, la reconnaissance est le nerf de la guerre et qu'on peut payer très cher, pour sa carrière, le fait de bien vouloir la partager. Pour changer le monde grâce aux sciences tout en restant une super maman, j'ai choisi de partager idées et reconnaissance sans arrière-pensées, en donnant à mon entourage une liberté et un sens des responsabilités qui incitent à faire de rapides progrès.

Tout n'est pourtant pas parfait. Je ressens toujours le besoin de faire du bénévolat dans l'école de mes enfants pour prouver que je suis une bonne mère et je précise rarement à mes collègues que je travaille à temps partiel au laboratoire, pour ne pas être discréditée sur le plan professionnel. Mais aujourd'hui, je suis heureuse de pouvoir m'investir dans tout ce qui compte à mes yeux et de profiter des enseignements tirés dans chaque « métier », pour progresser dans l'autre.

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Forte d’un engagement de plus de 16 ans pour la promotion des femmes de science, la fondation L'Oréal propose des rencontres avec des femmes de sciences d'aujourd'hui et d'hier sur son média en ligne DiscovHER.

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