Portrait de 2014 JO25, imagé par le radiotélescope de Goldstone le 18 avril. La résolution est de 7,5 m par pixel. © Nasa, JPL-Caltech, GSSR

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À quoi ressemble l'astéroïde qui vient de frôler la Terre ?

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La Nasa a obtenu ses premiers portraits de l'astéroïde qui est passé à moins de 2 millions de km de la Terre ce mercredi 19 avril. Il est bilobé et rappelle, de par sa forme (en cacahuète), la comète Tchouri.

Interview : la Terre menacée par des astéroïdes ?  Depuis quelques années les scientifiques étudient la menace possible des géocroiseurs pour notre Planète. À l’image du scénario de l’extinction des dinosaures, ces astéroïdes sont-ils une menace pour la vie sur Terre ? Futura-Sciences a interviewé Jean-Pierre Luminet, astrophysicien de renom, afin d’en savoir plus. 

Cet après-midi, à 14 h 24 heure de Paris exactement, l'astéroïde 2014 JO25 est passé à quelque 1,8 million de km de la Terre. Certes, le terme « frôler » est peut-être un peu exagéré — sa distance représente tout de même 4,6 fois celle de la Terre à la Lune — mais, à l'échelle du Système solaire, on peut dire que c'est très proche. Son passage du mercredi 19 avril fut le plus proche depuis quatre siècles et devrait le rester jusqu'à l'horizon 2500, selon les calculs de son orbite. Pour les astronomes, c'est le premier astéroïde de grande taille — il mesurerait plus de 600 m de long — à passer si près de nous depuis Toutatis en 2004.

De par ses dimensions (en attente de précisions) et sa trajectoire qui croise celle de notre Planète à moins de 8 millions de km, 2014 JO25, découvert il y a seulement trois ans, est donc classé parmi les astéroïdes potentiellement dangereux. Qu'on se rassure, les risques de collision sont pour l'instant — et, semble-t-il, pour longtemps — très faibles. Cependant, c'est pour cela, et aussi pour en débusquer d'autres comme lui qui demeurent cachés (selon leurs tailles, ils peuvent occasionner des dégâts à une échelle régionale ou planétaire), que la communauté scientifique continue de garder un œil sur lui... Il s'agit bien entendu de prévenir d'éventuelles modifications de son orbite (perturbations gravitationnelles, dislocations, etc.) qui pourraient nous nuire...

Animation de l’astéroïde 2014 JO25 qui nous a frôlés le 19 avril à 14 h 24. Les images ont été obtenues avec l’antenne de Goldstone dans le désert de Mojave, en Californie, le 18 avril. Sa période de rotation est de 5 heures. © Nasa, JPL-Caltech, GSSR

Un astéroïde brillant en forme de cacahuète

Pour les chercheurs, la visite d'un de ces corps, véritables reliques de la formation de notre Système solaire, est une aubaine pour mieux les connaître. Aussi, plusieurs observatoires ne le quittent pas des yeux. L'antenne de 70 m de diamètre du complexe de Goldstone, en Californie, et celle, fameuse, d'Arecibo (Porto Rico) sont notamment sur le coup. L'astéroïde, traqué depuis plusieurs heures déjà, le sera jusqu'au 21 avril prochain.

La Nasa vient de partager ses premières images acquises à Goldstone. Surprise : cet astéroïde présentant une surface deux fois plus brillante que celle de la Lune ressemble beaucoup à... une cacahuète ! Il fait même furieusement penser à la comète Tchouri, que la sonde Rosetta avait suivie entre 2014 et 2016.

« L'astéroïde a une structure de binaire à contact — deux lobes reliés par une région en forme de cou —, a commenté Shantanu Naidu, du JPL, en charge des observations à Goldstone, ajoutant que « les images montrent des faces plates, des concavités et une topographie angulaire ». Le plus grand des deux lobes mesure environ 620 mètres de diamètre. Il est possible que, dans sa plus grande longueur, le corps céleste fasse 1,3 km. Sa période de rotation est estimée, quant à elle, à 5 heures. De nouvelles précisions devraient nous parvenir dans les prochains jours.

Pour en savoir plus

Un gros astéroïde va frôler la Terre le 19 avril

Article de Xavier Demeersman publié le 10/04/2017

Un astéroïde plus gros que d'habitude passera dans le voisinage de la Terre le 19 avril. Mesurant environ 650 m, il s'approchera à seulement 1,8 million de kilomètres de nous. Le même jour, mais un peu plus loin, une comète fera aussi une visite au plus près de notre Planète.

Le 4 avril dernier, un petit astéroïde a littéralement frôlé la Terre. De la taille d'une voiture, le géocroiseur 2017 GM (c'est son nom) n'était alors passé qu'à 16.000 km de la surface de notre Planète, ce qui est vraiment très proche. En réalité, nous croisons souvent de semblables petits objets sans que cela ne nous menace (plusieurs fois par semaine).

Le 19 avril prochain, c'est un astéroïde beaucoup plus gros qui va passer dans les parages de la Terre.
2014 JO25, qui, comme son nom nous l'indique, a été découvert en mai 2014, passera alors à environ 1,8 million de kilomètres (ce qui correspond à 4,6 fois la distance moyenne entre la Terre et la Lune). La Nasa assure que ce corps céleste de quelque 650 mètres de diamètre (selon les premières estimations) n'est pas sur une trajectoire de collision.

C'est la première fois depuis le passage en 2004 d'Apophis, un petit monstre potentiellement dangereux de 5 km de diamètre, qu'un astéroïde de cette taille nous frôlera. Pour 2014 JO25, il s'agit de son passage le plus proche de la Planète bleue depuis quatre siècles, et ce sera encore le cas pour les cinq siècles à venir, d'après les calculs.

Simulation numérique de la visite de 2014 JO25, le 19 avril. L’astéroïde viendra de la direction du Soleil. © Nasa, JPL-Caltech

Une belle comète à guetter à l’aube le même jour

Pour les chercheurs, cette visite est bien sûr une belle opportunité pour l'étudier et mieux décrire son orbite. Les premières observations, en 2014, avaient montré que l'astre était deux fois plus réfléchissant que la Lune. Les radiotélescopes de Goldstone, en Californie, et d'Arecibo, à Porto Rico, l'attendent de pied ferme.

Les astronomes amateurs, et aussi tous les curieux qui possèdent un instrument, pourront le guetter au cours des deux nuits qui précédent son approche. De magnitude 11, il sera cependant faible et guère visible à l'œil nu.

Le même jour, la Terre a aussi rendez-vous avec une comète : C/2015 ER61 PanSTARRS. Découverte récemment, elle passera à 175 millions de kilomètres de nous, soit une distance supérieure à celle qui nous sépare du Soleil. À la faveur de son incursion récente dans le voisinage du Soleil, des sursauts d'activité ont considérablement accru sa luminosité, si bien qu'elle est actuellement visible avec une simple paire de jumelles à l'aube. Une belle surprise comme savent si bien le faire les comètes.

La comète C/2015 ER61 PanSTARRS photographiée le 6 avril 2017. © Gerald Rhemann, Spaceweather

2004 BL86, un géocroiseur qui nous a frôlés le 26 janvier 2015

Article de Xavier Demeersman publié le 22/01/2015

Le soir du 26 janvier, l'astéroïde 2004 BL86 croisera l'orbite terrestre. Il passera à seulement 1,2 million de kilomètres de nos têtes sans pour autant nous menacer. Le géocroiseur, qui mesure entre 500 et 680 m, devrait être visible dans une paire de jumelles ou une lunette astronomique lors de sa traversée de la constellation du Lion, en direction de l'Est, non loin de Jupiter.

Les astéroïdes de relative petite taille sont nombreux à croiser l'orbite terrestre. Voici bientôt deux ans, le géocroiseur 2012 DA14 (environ 45 m) s'aventurait à seulement 27.700 km de la surface de notre Planète, sans pour autant nous menacer. Toutefois, ce même jour, le 15 février 2013, restera marqué par l'intrusion inopinée et l'explosion d'une météorite en Russie, au-dessus de la ville de Tcheliabinsk.

Sans qu'il n'y ait de relation directe entre les deux événements (qui se sont produits à plusieurs heures d'intervalle), ceux-ci nous rappellent notre vulnérabilité et notre intérêt à évaluer les risques des géocroiseurs. À cet égard, la Nasa montrait dans une étude publiée en novembre dernier que les visiteurs de ce type de plus d'un mètre, sont légions : au minimum une météorite toutes les deux semaines, partout à travers le globe terrestre.

Loin de trois fois la distance Terre-Lune

Le 26 janvier prochain, c'est 2004 BL86 qui viendra nous rendre visite sans danger, à 1,2 million de kilomètres, soit un peu plus de trois fois la distance Terre-Lune. Comme son nom l'indique, il a été découvert le 30 janvier 2004, par un télescope du programme Linear (Lincoln Near-Earth Asteroid Research). Avec une taille estimée entre 500 et 680 m, 2004 BL86 devrait être le plus gros astéroïde potentiellement dangereux (en anglais PHA, potentially haszardous asteroid) à se promener près de chez nous avant le passage de 1999 AN10 (entre 800 et 1.800 m) en 2027, à seulement 388.960 km.

Bien sûr, des spécialistes de la Nasa ne manqueront pas le rendez-vous pour mieux cerner et caractériser cet objet, notamment avec l'antenne Deep Space Network à Goldstone (Californie) et celle, immense, d'Arecibo à Porto Rico. « Actuellement, nous ne savons presque rien de cet astéroïde, déclare Lance Benner qui dirigera cette campagne d'observations,  donc, il y aura forcément des surprises. »

Trajectoire de l’astéroïde 2004 BL86. Son périple de 1,86 ans le conduit à croiser l’orbite terrestre, le 26 janvier 2015. Ce jour-là, à 16 h 20 TU, le géocroiseur ne sera qu’à 1,2 million de kilomètres de la Terre, soit trois fois la distance moyenne Terre-Lune. © Nasa, JPL-Caltech

Un géocroiseur visible avec des jumelles

Une fois n'est pas coutume, les professionnels ou les amateurs équipés de caméras et de grands télescopes ne seront pas les seuls à pouvoir suivre l'objet céleste. En effet, le géocroiseur devrait atteindre une magnitude 9 le 26 janvier et 13 les jours qui suivent et précédent son approche, ce qui signifie qu'il sera visible avec une simple lunette astronomique voire une paire de jumelles.

En Europe, deux heures et demie environ après le coucher du Soleil, les amateurs pourront observer l'objet traverser la constellation du Lion qui sera presque entièrement levée au-dessus de l'horizon Est, à la suite de Jupiter. Du fait de sa proximité — c'est à 16 h 20 TU, 17 h 20 en France métropolitaine, qu'il sera au plus proche —, 2004 BL86 sera une cible qui se déplace relativement rapidement dans le champ visuel de votre instrument, évoquant le passage d'un satellite artificiel, mais ralenti, progressant de quelque deux secondes d'arc par seconde, soit deux degrés (quatre fois la taille de la Pleine Lune) par heure.

Don Yeomans, qui vient de prendre sa retraite après avoir dirigé le Near Earth Object Program (Neo) de la Nasa durant 17 ans, — programme surnommé les gardiens de l'espace (Spaceguards) — assure qu'il va prendre ses « jumelles préférées » pour observer cet intrus. « Les astéroïdes ont quelque chose de particulier, rappelle-t-il. Pas seulement parce qu'ils ont (vraisemblablement) fourni à la Terre les molécules prébiotiques et la plupart de son eau, mais parce qu'à l'avenir, ils deviendront des gisements précieux de minerais et autres ressources vitales. Ils deviendront également les stations de ravitaillement pour l'humanité tandis que nous poursuivons notre exploration du Système solaire. Il y a quelque chose au sujet des astéroïdes qui me donnera toujours envie de les regarder. »

Avis aux curieux, placez-vous à l'abri de la pollution lumineuse et préparez-vous à guetter ce petit corps céleste qui croisera notre chemin orbital.