Un géocroiseur prêt à frapper la Terre. © stephane masclaux, fotolia

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Astéroïdes : 26 Hiroshima ont frappé la Terre depuis 2000

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L'astéroïde Florence a frôlé la Terre le premier septembre 2017. Mesurant 4,5 km de diamètre, ce géocroiseur est donc potentiellement capable d'entrer en collision avec la Terre et d'atteindre sa surface sans exploser en vol. C'est le moment de se rappeler que la fondation B612 a dénombré 26 corps célestes de taille plus petite, et ayant donc explosé dans l'atmosphère, qui ont frappé la Terre entre 2000 et 2013, libérant à chaque fois une énergie comparable à celle de la bombe d'Hiroshima. Voilà de quoi se convaincre de l'urgence de la détection précoce des géocroiseurs.

Article publié le 29/04/2014

Les astéroïdes et les météorites sont décidément dans l'air du temps. Peut-être parce qu'ils sont un moyen convaincant d'obtenir des crédits pour poursuivre l'exploration du Système solaire et surtout le coloniser. La génération des quadragénaires actuels (qu'ils soient fondateurs de grandes entreprises ou astronautes) a grandi avec les romans d'Arthur Clarke et les séries Star Trek et Cosmos 1999.

L'ISS fait malheureusement pâle figure face à la station spatiale en orbite autour de la Terre de 2001, l'Odyssée de l'espace. Certains ont réagi en fondant SpaceX et Planetary Resources. La conquête des astéroïdes y est au programme, et la spectaculaire chute de l'un d'entre eux sur Terre dans la région de Tcheliabinsk, dans l'Oural russe, a été l'occasion de prendre conscience que notre planète n'est pas hors de danger. Elle pourrait subir un jour une nouvelle catastrophe comme celle ayant mis fin au Crétacé.

Dans cette vidéo, 25 explosions liées à l'entrée dans l'atmosphère de petits corps célestes entre 2000 et 2013 sont indiquées. L'encadré en haut à gauche montre que ces explosions sont comparables à celle de la bombe d'Hiroshima. Heureusement, ces événements se sont produits à haute altitude et souvent au-dessus des océans. Un impact capable de détruire une ville peut arriver en moyenne une fois par siècle environ. © GentsideDecouvertes

Surfant sur la vague causée par cet événement, la fondation B612 vient de donner un large écho à un récent rapport de l'Organisation du traité d'interdiction complète des essais nucléaires (CTBTO, Comprehensive Nuclear-Test-Ban Treaty Organization en anglais). Ce traité n'a pas encore été ratifié par tous les pays de la planète, mais l'organisation qui travaille dans ce but est active depuis la fin du XXe siècle. Elle a déjà mis en place des moyens pour détecter et localiser des essais nucléaires secrets et normalement interdits dans l'atmosphère à l'aide de stations équipées de sismographes et de microbarographes. Ceux-ci sont des capteurs pouvant détecter des ondes sonores de très basse fréquence produites par de grandes explosions, volcaniques ou nucléaires, mais aussi par la chute sur Terre d'astéroïdes de taille conséquente.

B612, une fondation privée pour se protéger des astéroïdes géocroiseurs

Selon la fondation B612, entre 2000 et 2013, le réseau de microbarographes a détecté 26 explosions causées par des impacts d'astéroïdes dont la puissance était comprise entre 1 et 600 kilotonnes de TNT. Rappelons que la puissance de l'explosion d'Hiroshima a été évaluée à 15 kilotonnes. Heureusement, comme pour le météore de Tcheliabinsk qui a libéré une énergie équivalente à celle d'une explosion de 500 kilotonnes, les petits corps célestes à l'origine de ces événements n'ont pas atteint la surface de la Terre. Pour donner une idée des dégâts qu'ils auraient pu causer, on peut comparer la puissance de leurs explosions à celle qui a formé le célèbre Meteor Crater en Arizona : de 20 à 40 mégatonnes.

Dans cette vidéo, l'un des membres fondateurs de la fondation B612, Ed Lu, explique que le petit corps céleste à l'origine de la formation du Meteor Crater aurait facilement détruit le centre d'une ville comme San Francisco. Seul 1 % du ciel où pourraient se trouver des géocroiseurs capables d'entrer en collision avec la Terre et de détruire une ville serait connu. Le télescope Sentinel permettrait de les repérer longtemps à l'avance. Dans ce cas, une légère modification de la vitesse du géocroiseur, par exemple en utilisant l'attraction gravitationnelle d'un véhicule spatial, suffirait pour éviter un impact avec la Terre. © Meteor Crater, YouTube

C'est aussi du Meteor Crater que l'astronaute Ed Lu se sert pour faire prendre conscience dans la vidéo ci-dessus de l'importance de la fondation privée qu'il a créée en 2002 avec son collègue Russell Schweickart et un célèbre astrophysicien de Princeton, Piet Hut. Lu a volé deux fois à bord d'une navette spatiale et Schweickart a fait partie des missions Apollo 9 et Skylab. Quant à Hut, il s'est fait un nom dans le domaine de l'étude du problème à N corps en mécanique céleste (par exemple des étoiles ou des galaxies) à l'aide d'ordinateurs.

Les membres de la fondation B612 (du nom de l'astéroïde dont est originaire le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry) se proposent de protéger la Terre du danger que font peser sur elle les géocroiseurs. En juillet 2012, à l'occasion de l'anniversaire de l'impact de la Toungouska, ils ont annoncé le lancement du projet Sentinel. Il s'agit de la construction et du lancement d'un télescope spatial capable de détecter dans l'infrarouge tous les géocroiseurs représentant une réelle menace pour la planète. Il en resterait des millions à détecter. L'un des partenaires de la fondation B612 est la société Ball Aerospace, qui a contribué à la mise au point des télescopes Hubble, Spitzer et Kepler. Mais les membres de la fondation se tournent aussi vers chacun d'entre nous en faisant appel à des dons ou simplement en vendant des t-shirts.