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Un micro-organisme pourrait servir à exploiter... les astéroïdes

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À court terme, l'exploitation des astéroïdes reste encore un rêve de science-fiction. À long terme, elle semble pourtant inéluctable, notamment si l'humanité veut conserver une technologie avancée. Un groupe de biologistes pense d'ailleurs qu'une archée (un micro-organisme), Metallosphaera sedula, pourrait nous aider, capable qu'elle est d'extraire les métaux rares des astéroïdes.

L'archée Metallosphaera sedula, ici rendue fluorescente, est bien visible en train de coloniser des fragments de la météorite pierreuse NWA 1172. Elle sera peut-être utilisée pendant la seconde moitié du XXIe siècle pour « digérer » des objets beaucoup plus gros dans l'espace. © Tetyana Milojevic

Dans son livre L'âge des Low Tech : vers une civilisation techniquement soutenable, l'ingénieur Philippe Bihouix explique que la raréfaction des ressources minières et les difficultés du recyclage des métaux impliquées dans la fabrication des objets high-tech devraient finir par nous contraindre à renoncer à ces hautes technologies au cours du XXIe siècle. En le lisant, on comprend mieux pourquoi le PDG de Google, Larry Page, et le cinéaste James Cameron ont fait équipe avec Peter Diamandis et Eric Anderson pour se lancer dans la conquête des astéroïdes avec la compagnie qu'ils ont fondée, Planetary Resources.

En effet, le rêve d'utiliser, entre autres, la nanotechnologie pour résoudre les problèmes auxquels l'humanité va devoir faire face pendant ce siècle se brise sur le mur de la réalité en l'absence de métaux cruciaux, parfois rares, pour le fonctionnement de la technologie de pointe qui se développe actuellement et qui a déjà changé notre vie quotidienne. La conquête des ressources minières des astéroïdes apparaît donc comme inévitable, comme nous l'avait expliqué Jean-Pierre Luminet.

Une autre compagnie privée rêve de conquérir les astéroïdes à côté de Planetary Resources: Deep Space Industries. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle avec deux barres horizontales en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître, si ce n'est pas déjà le cas. En cliquant ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, vous devriez voir l'expression « Traduire les sous-titres ». Cliquez pour faire apparaître le menu du choix de la langue, choisissez « français », puis cliquez sur « OK ». © DeepSpaceIndustries, YouTube

Du métal extrait en deux semaines au lieu de deux mois

Mais, pour réaliser cette conquête, encore faut-il disposer des technologies adéquates. Remarquablement, l'une d'entre elles reposera peut-être sur l'utilisation d'un extrêmophile bien connu, une archée du nom de Metallosphaera sedula. Il s'agit d'une « acidothermophile », c'est-à-dire un type d'organisme qui ne se développe et ne se reproduit que dans un environnement très acide et à des températures dépassant les 50 °C. Ces structures sont bien connues pour vivre dans les sources chaudes associées aux environnements volcaniques, comme ceux du parc de Yellowstone, aux États-Unis, ou la fameuse Solfatare de Pouzzoles, située non loin du Vésuve. C'est d'ailleurs dans l'une des sources chaudes de la Solfatare (Pisciarelli) que l'on a découvert Metallosphaera sedula.

Lors de la récente rencontre annuelle de l'European Geosciences Union, un groupe de biologistes a fait état de travaux sur ces organismes chimiolithotrophes qui se développent idéalement à 73 °C et lorsque le pH est de 2 en tirant leur énergie de l'oxydation des minerais à base de sulfures métalliques. Les chercheurs ont montré que Metallosphaera sedula préférait se nourrir des métaux contenus dans les météorites pierreuses plutôt que ceux des roches terrestres. Ainsi, lors d'une expérience ressemblant à la fermentation de levure de bière, ils ont pu constater que l'archée « consommait » en seulement deux semaines de la poussière de météorite en libérant du nickel alors qu'un processus similaire durait deux mois avec des roches terrestres.

Tout naturellement, l'équipe de biologistes pense que Metallosphaera sedula pourrait être utilisée pour extraire des métaux rares dans des astéroïdes de façon efficace. Pour vérifier la viabilité de cette hypothèse, des tests du comportement dans le vide de cette archée sont prévus. La colonisation martienne est aussi au programme puisqu'il est prévu d'étudier le comportement de Metallosphaera sedula au contact de minéraux martiens synthétiques.