Mots-clés |
  • physique,
  • vitraux
La couleur et ses mystères

Nous vivons dans un monde en couleurs. La nature et le vivant nous émerveillent par la variété des effets colorés qu'ils offrent. L'art s'est inspiré de la couleur, tout comme la mode et le marketing. La couleur, si elle nous apparaît toujours comme naturelle, est devenue un enjeu économique.

Page 13 / 18 - Les grands vitraux : Chartres, Notre-Dame de Paris... Sommaire
PDF
Claire König Enseignante Sciences Naturelles

La technique de fabrication des vitraux, minutieusement décrite, pour la première fois dans l’histoire, dans le traité sur les métiers d’art Diversarum artium schedula, rédigé au début du XIIe siècle par le moine Théophile, s’est peu modifiée avec le temps.

Vitrail de la cathédrale de Chartres. © Mossot, CC BY-NC 4.0
Vitrail de la cathédrale de Chartres. © Mossot, CC BY-NC 4.0

Dans le chœur de l'Église de Montangon (Aube), au milieu, existe un thème rare : l'histoire du moine Théophile, ce moine qui avait vendu son âme au diable. Au bas, il est écrit « Gens de bien inconnus ont fait mettre cette verrière. Ne leur chault (soucie) d'être nommés les noms : mais Dieu les sait » (inscription et verrières restaurées en 1881).

Vitraux et colorants du Moyen Âge

Les principaux colorants utilisés au Moyen Âge, d’après le moine Théophile, sont :

- cobalt pour le bleu,
- cuivre pour le rouge et le vert,
- manganèse pour le pourpre et
- antimoine pour le jaune.

On employait, déjà au XIIe siècle, la grisaille pour décorer les vitraux. La grisaille est une couleur vitrifiable composée d’un oxyde métallique coloré et d’un fondant. Diluée à l’eau ou au vinaigre, additionnée de gomme arabique (adhérence), elle est déposée sur le verre. Quand la peinture était sèche, les vitraux étaient recouverts de chaux et placés dans un four à bois, où ils subissaient une cuisson à une température de 600 à 650 °C. On peut y ajouter un émail : couleur vitrifiable associant un fondant transparent teinté à l’aide d’oxydes métalliques, qui sert à colorer les verres blancs ou à rehausser la teinte des verres colorés.

Le mastic (étanchéité) était fabriqué à base de cendres et d’huile de lin ; aujourd’hui, c’est un mélange de blanc d’Espagne et d’huile de lin.

Les vitraux de Chartres, Notre-Dame de Paris et la cathédrale de Reims

Aux XIXe et XXe siècles, avec de nouveaux matériaux et l’évolution des technologies, la fabrication du vitrail et le travail du verre se sont modifiés.

Vitrail de Chartres. © DR
Vitrail de Chartres. © DR

Les vitraux de Chartres, outre leur beauté sont très célèbres pour leur bleu, très transparent et qu’on ne retrouve nulle part… un mystère de plus du Moyen Âge.

Vitrail de St Joseph, Chartres. © DR
Vitrail de St Joseph, Chartres. © DR

Voici une liste des vitraux les plus remarquables.

- Cathédrale de Chartres : construction de 1192 à 1260, art gothique, célèbre pour le bleu lumineux de ses vitraux.

Vitrail d’Ezéchiel, Chartres. © DR
Vitrail d’Ezéchiel, Chartres. © DR

- Cathédrale Notre-Dame de Paris : construction entreprise en 1163 à l’initiative de Sully, achevée au milieu du XIIIe siècle, restaurée par Viollet-le-Duc au milieu du XIXe siècle. Art gothique.

- Cathédrale Notre-Dame de Reims : construction achevée au XIIIe siècle, art gothique.

- Basilique de Saint-Denis : début de la construction en 1122 à l’initiative de l’abbé Suger, achèvement au XIIIe siècle. Abbatiale gothique, cathédrale depuis 1966. Abrite les sépultures de rois de France. Vers 1145 le grand Abbé Suger qui préside aux destinées de l'abbaye de Saint Denis, évoque la « matière de saphirs » pour parler des verres bleus des vitraux de son abbatiale. Il dira aussi des vitraux qu'ils sont le livre de ceux qui ne savent pas lire. En fait il s'avère que lorsqu Suger emploie le mot saphirum, il s'agit de verre bleu, le safre. Il se trouve que le moine Théophile employait la même expression pour désigner les fragments de verre bleu qui servaient à imiter les pierres précieuses. Il faut savoir aussi que Suger a mis tous les fonds nécessaires pour que sa basilique soit belle !

- Sainte Chapelle, Paris : bâtie sous le règne de Saint-Louis (1241-1248), architecture gothique.

Le vitrail au plomb

Le sertissage ou montage, consiste à assembler les pièces de verre en les encastrant dans des baguettes de plomb. L'organisation du réseau de plomb est étudiée au préalable afin de garantir le respect du dessin et la solidité. L'ensemble est maintenu par des clous puis les jonctions des baguettes sont enduites d'un produit afin de faciliter l'adhérence de l'étain lors des soudures. Les soudures terminées sur chaque face, il faut consolider et étanchéifier celui-ci grâce au masticage. Un mastic semi-liquide est donc appliqué afin de combler les petits espaces entre le verre et le plomb. En dernier lieu le vitrail est nettoyé puis laissé à sécher quelques jours.

Schéma préparatoire pour la découpe. © DR
Schéma préparatoire pour la découpe. © DR

Le vitrail Tiffany

Enrobage au film de cuivre et soudure. Une fois les morceaux de verre meulés et nettoyés, les pièces sont serties d'un ruban de cuivre autocollant. Cette opération, réalisée avec minutie, doit garantir une adhésion parfaite. Le vitrail est prêt à être monté et sera maintenu par des clous. De la graisse à soudure est appliquée sur le cuivre afin de faciliter l'adhérence de l'étain de soudure. Elle doit être réalisée avec soin afin de présenter cet aspect bombé particulier. Il est possible de patiner cette soudure.

Vitrail Tiffany. © DR
Vitrail Tiffany. © DR

La technique du fusing et le thermoformage

Procédé qui consiste à obtenir une pièce homogène grâce à un collage de différents verres par fusion. Des morceaux de verre de couleurs ou d'aspects différents sont posés sur un verre-support, le tout est cuit à 800 °C. La difficulté repose sur la maîtrise de la cuisson et la compatibilité des verres.

Le thermoformage nécessite les mêmes exigences que le fusing. Cette technique est utilisée pour donner une forme, un relief ou une texture à un verre plat, grâce à un moule et à la cuisson.

Histoire du vitrail

Découvrez à présent une petite histoire de vitrail (résumé dont les éléments sont, pour la plupart, tirés du Centre International du Vitrail).

Le vitrail en tant qu’élément coloré et figuratif existait déjà à l’époque mérovingienne. Vers 1100, les écrits du moine Théophile prouvent que les techniques étaient maîtrisées. Les plus anciens vitraux actuellement visibles datent de 1100 et se trouvent dans la cathédrale d’Augsbourg en Allemagne fédérale. Les vitraux des églises romanes sont très clairs, compensant la petitesse des ouvertures. Avec l’architecture gothique, les fenêtres s’agrandissent, la tonalité des vitraux peut donc se foncer et la palette du verrier se diversifier. Le bleu est soutenu, le bleu-rouge domine dans les fonds, tandis que les couleurs se nuancent : vert-olive et vert-émeraude, rouge carmin et rouge vermillon ; le jaune est moins employé.

Notre Dame de Paris. © DR
Notre Dame de Paris. © DR

La lecture d’un vitrail est parfois difficile et ne se fait pas toujours dans le même sens. Les premières « grandes roses » apparaissent à cette époque.

Le XIVe siècle est marqué par la découverte du jaune d’argent qui permet de colorer un verre sans utiliser la mise en plomb : innovation technique d'importance qui va contribuer de manière éclatante et durable, au perfectionnement de l'art du vitrail. Ce procédé était déjà connu depuis le X° siècle en Égypte, en Syrie et dans le sud de l'Espagne pour la décoration de vases en céramique. Cette teinture, composée de sels d'argent mêlés à de l'ocre agit par cémentation et permet de colorer le verre dans une variance de jaune pâle allant jusqu'à l'orangé, elle s’applique sur le revers du vitrail. Ce procédé autorise de nouveaux effets : chevelures blondes, parements de vêtements rehaussés de jaune ou encore décors et fonds végétaux. Appliqué sur un verre bleu, le jaune d’argent donne un ton vert, sur un verre rouge un orangé.

Il y a aussi l’amélioration de la qualité du verre blanc désormais totalement clair. La pensée cistercienne et franciscaine favorise l’incolore.

Plus tard on aura du violet (placage de verre rouge et bleu), et la célèbre sanguine, brun-rouge. On appelle « sertissage en chef d’œuvre », l’incrustation d’un verre, souvent rond, tenu par un plomb, à l’intérieur d’un autre verre plus grand et de couleur différente.Ce travail, extrêmement délicat, permettait au compagnon d’obtenir sa maîtrise. D’où le nom de « chef d’œuvre ». Grâce à ce procédé, on pouvait dessiner les blasons des donateurs. A la Renaissance, les scènes deviennent plus réalistes, les visages plus expressifs, les formes plus précises et les couleurs plus nuancées...

Quelques verriers signeront leurs œuvres : Arnoult de Nimègue, Engrand, Romain Buron, Dominique Florentin, Jean Soudain, Mathieu Bléville, Arnaud de Moles (Auch), Valentin Bousch (vitraux lorrains et alsaciens).

La découverte des « émaux » améliorera la palette du peintre-verrier, mais cette technique, en se substituant au verre teinté dans la masse, assombrira l’œuvre et contribuera au déclin du vitrail. Il faudra attendre le mouvement « Art nouveau » pour que le vitrail redevienne un art vivant.

Dès 1878 à l'exposition universelle de Paris on découvre le verre « américain » ou verre Tiffany. Opalescent et irisé de couleurs diverses, ce verre rappelant les verres antiques est une invention de Louis Comfort Tiffany fils du célèbre orfèvre Lewis Tiffany. C'est la vogue des verrières paysages accueillant toutes sortes d'oiseaux et offrant des harmonies chromatiques inédites. Sous la houlette de grand maître verrier Jacques Gruber, l'École de Nancy joue un rôle majeur dan l'évolution du vitrail. Cette école s'est constituée autour d'Emile Gallé qui venait de mettre au point sa propre technique de verre doublé pour y graver des éléments végétaux inspirés de l'art d'Extrême Orient.

La couleur et ses mystères - 7 Photos

À voir aussi sur Internet

Sur le même sujet

Vos réactions

Chargement des commentaires