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Un avenir sombre pour les orangs-outangs de Bornéo, sauf si...

La déforestation, les plantations de palmiers à huile et le braconnage mettraient à mal les populations d’orangs-outans à Bornéo. Des chercheurs ont comparé l’aire de distribution de Pongo pygmaeus avec les activités industrielles en cours ou planifiées. La situation ne devrait pas s’arranger… mais des solutions existent pour limiter les pertes.

Les orangs-outans appartiennent à la famille des hominidés, comme l'Homme. Ils mesurent entre 1,1 m et 1,4 m de haut, pèsent 40 à 80 kg et peuvent vivre 30 à 40 ans. © davidandbecky, Flickr, CC by-nc-nd 2.0 Les orangs-outans appartiennent à la famille des hominidés, comme l'Homme. Ils mesurent entre 1,1 m et 1,4 m de haut, pèsent 40 à 80 kg et peuvent vivre 30 à 40 ans. © davidandbecky, Flickr, CC by-nc-nd 2.0

Un avenir sombre pour les orangs-outangs de Bornéo, sauf si... - 2 Photos

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Les paysages de l’île de Bornéo subissent depuis quelques décennies de profonds changements. La déforestation massive des zones boisées et l’expansion sans cesse croissante des cultures du palmier à huile en sont grandement responsables. Près de 25 % des forêts du territoire auraient ainsi disparu depuis 1980, au grand dam de la biodiversité.

Voyant leur habitat se réduire continuellement, les orangs-outans seraient particulièrement touchés par cette problématique. En 2004, l’UICN estimait que leur population se composait d’environ 45.000 à 69.000 individus. Elle n’aurait cessé de diminuer depuis, jusqu’à descendre sous la barre des 30.000 singes en 2010 (sur base de données fournies par des associations). En plus de la destruction de leur habitat, ces primates doivent également faire face à un autre problème : la chasse illégale dont ils font l’objet. 

Afin de définir des programmes de conservation, si c’est encore possible, la distribution précise des orangs-outans sur l’île doit être connue, tout comme les usages faits des territoires où ils vivent (exploitation forestière, plantation de palmiers, etc.). Ce travail vient d’être réalisé par une équipe internationale de chercheurs dirigée par Serge Wich de la Liverpool John Moores University. Leurs conclusions ont été publiées dans la revue Plos One. Si aucun changement politique n'est entrepris à Bornéo, les orangs-outans pourraient bientôt perdre la moitié de leur aire de distribution !

Les zones colorées correspondent à l'aire de distribution des orangs-outangs  sur une partie de l’île de Bornéo. Les surfaces en vert foncé sont protégées. En vert clair, elles sont exploitées pour leur bois. En rouge et en mauve, les forêts ont laissé place à des plantations respectivement de palmiers à huile et d'arbres divers. © adapté de Wich et al. 2012, Plos One
Les zones colorées correspondent à l'aire de distribution des orangs-outangs  sur une partie de l’île de Bornéo. Les surfaces en vert foncé sont protégées. En vert clair, elles sont exploitées pour leur bois. En rouge et en mauve, les forêts ont laissé place à des plantations respectivement de palmiers à huile et d'arbres divers. © adapté de Wich et al. 2012, Plos One

Une aire de distribution protégée à 22 %

Pendant près de 20 ans, de 1990 à 2011, 24 chercheurs ont accumulé 6.711 points GPS marquant des lieux de passage de nos cousins asiatiques. Après les avoir catégorisées, ces informations ont été utilisées, en plus de différents paramètres environnementaux, pour modéliser la distribution des Pongo pygmaeus sur une surface de 155.106 km², soit sur un cinquième de l’île. Les primates vivraient principalement dans 4 régions caractérisées par des pluies abondantes et un couvert végétal important. 

Les résultats ont ensuite été confrontés à une carte des zones faisant, ou qui feront bientôt, l’objet d’activités industrielles. Seuls 22 % de l'aire de distribution des orangs-outans se situeraient sur des territoires protégés. En dehors de ces lieux, l’aire de distribution des Pongo pygmaeus se compose à 29 % de zones forestières exploitées par l’industrie du bois et à 25 % de plantations de palmiers (ou autres). Les 24 % restants ne sont pas utilisés… pour le moment. 

Les résultats des projections sont loin d’être positifs. La coupe anarchique de bois et l’exploitation des terrains vierges de toute activité pourraient à l’avenir réduire de 49 % l’aire de répartition des orangs-outans et presque d’autant leur survie

Des solutions pour sauver les orangs-outans existent

Pour éviter ce déclin, les auteurs appellent les autorités à stopper l’expansion des plantations sur de nouveaux territoires tout en faisant appliquer les lois en vigueur, mais trop souvent bafouées. La rentabilité des cultures existantes pourrait, selon eux, être améliorée. Par ailleurs, de nombreux terrains défrichés mais non occupés seraient en mesure d’accueillir des plantations supplémentaires. Plus besoin donc de s’attaquer à la forêt. 

Des efforts peuvent également être entrepris au sein des filières forestières, notamment en développant des pratiques de coupe sélective récompensées par le label FSC. Des études l’ont montré, cette approche permettrait d’exploiter durablement les territoires boisés tout en maintenant un habitat apprécié par les grands singes. Dans ce cas présent, les orangs-outans pourraient alors conserver 63 % de leur aire de distribution. La question finale reste malheureusement toujours la même : les autorités vont-elles réagir ?


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