Choisissez ce qui vous amuse, vous le ferez mieux que si cela n’est pas le cas et de toute façon vous en tirerez plus de plaisir. En fait je trouve que l’on devrait suivre ce précepte de Boileau (si ma mémoire est bonne) : « Ne forcez pas votre talent, Vous ne feriez rien avec grâce »
Mais si on a eu la chance d’avoir choisi une carrière que l’on aime, on a le devoir de le dire et de le crier sur les toits. Bravo à Futura-Sciences qui permet de transmettre ces messages aux jeunes qui doivent choisir leurs voies.
Impossible sur 50 ans de carrière de décrire une journée type. Quand jeune étudiante, je participais à mes premières missions sur le terrain à Colomb Béchar, les journées commençaient quelques heures avant l’aube et se prolongeaient jusqu’à des heures après le coucher du soleil et pendant ces longues journées torrides, je mettais au point mes instruments ou j’observais les phénomènes auxquels nos tirs de fusées donnaient naissance dans le ciel crépusculaire saharien. Pas question dans ces conditions de lire un article ou de penser à autre chose que d’être prêt pour le prochain tir avec l’appareil le plus performant. Il est vrai que le fait d’être sur le pied de guerre à l’heure du crépuscule ne m’a pas quitté pendant des années, car mes observations avaient la mauvaise habitude d’avoir lieu fréquemment à ces heures où la haute atmosphère est éclairée alors que la terre est déjà dans l’ombre. J’ai donc connu ces contraintes plus tard dans mes très fréquents séjours à l’Observatoire de Haute Provence.
Il faut savoir aussi que dans les premières années de ma carrière, les scientifiques devaient tout faire eux-mêmes. Le laboratoire n’avaient pas encore le personnel technique qu’il pût s’offrir plus tard et donc il y avait toujours quelque chose à réparer, à améliorer, à imaginer, à dessiner, a réaliser soi-même…car les machines de l’atelier, les planches à dessin, le fer à souder…étaient plus utiles alors qu’un stylo. Les lectures et l’écriture se faisaient plutôt le soir et la nuit ! N’oublions pas non plus que les ordinateurs n’existaient pas ou si peu. A la fin des années 50, l’unique machine Marchand, l’ordinateur mécanique du laboratoire, faisait à grand bruit les opérations les plus sophistiquées, mais à chaque étape, il fallait transcrire les résultats sur un cahier pour pouvoir ensuite les reporter sur papier millimétrique et qu’apparaisse enfin la courbe recherchée. Un jeune chercheur d’aujourd’hui aura beaucoup de mal à imaginer qu’il n’y a pas 50 ans, c’était le lot de chacun d’entre nous !
Evidemment est venu le temps passé plus fréquemment derrière un bureau à lire les revues scientifiques et à écrire des articles, des rapports d’activité … ou des demandes de budget, puis le temps passé en réunions de comités de toutes sortes, en congrès, en voyages à travers le monde. Il y en eut pour satisfaire tous mes goûts et c’est la somme de toutes ces activités qui fait une vie de chercheur.