L'aspect le plus visible de ce que permettent ces technologies réside dans leur côté immédiat et ludique, côté internaute. L'utilisateur habitué aux pages web classiques sera probablement surpris lors du chargement de sa première page développée sous AJAXAJAX ou tirant partie de Greasemonkey. Rapidité, nouvelle forme d'interactivité, nouveaux types de navigation revêtent probablement aux yeuxyeux de celui qui ignore tout du développement web un caractère "magique".

Mais l'apport réel de ces techniques ne se limite pas à l'aspect cosmétique des pages, déjà bien amélioré par le développement des feuilles de stylestyle (CSSCSS).

L'une des premières conséquences porteporte sur la manière de concevoir et de développer des sites web complexes. On avait coutume de penser que la richesse d'un site web se chiffre en fonction du nombre de pages qu'il contient. Comme le montre l'exemple du catalogue IntuiCat précédemment cité, on peut imaginer un site web très vaste, permettant des recherches avancées dans une grande quantité de contenu et se limitant pourtant à une seule "page web". Ces techniques de développement conduisent donc à repenser non seulement l'ergonomie mais l'architecture des sites web. Et l'on peut imaginer que des CMS d'un genre nouveau, dans lesquels les pages web ne joueraient qu'un rôle limité, verront le jour, marquant un aboutissement dans la logique de publication dynamique. "Les principaux défis dans le développement d'applicationsapplications AJAX ne sont pas techniques. Les technologies de base utilisées pour AJAX sont matures, stables et bien comprises. En revanche, les designers de ces applications doivent oublier ce qu'ils croyaient savoir des limitations imposées par le web et commencer à imaginer de nouvelles possibilités, plus vastes et plus riches", expliquait en février 2005 Jesse James Garrett, cofondateur d'Adaptive Path, l'entreprise à qui l'on doit le nom AJAX. "On va bien s'amuser", ajoutait-il.

Un pouvoir supplémentaire aux internautes

Une autre conséquence concerne, elle, les utilisateurs. Ces outils donnent également un pouvoir supplémentaire aux internautes et ce, parfois, au détriment des concepteurs-développeurs de sites web. Parmi la bibliothèque de scripts Greasemonkey, on trouve par exemple des utilitairesutilitaires permettant de modifier les couleurscouleurs d'affichage, les polices ou le comportement des liens hypertexte d'une page. D'autres permettent d'enrichir la page d'informations contextuelles, par exemple de savoir sur une page donnée quels sont les blogsblogs qui parlent de cette page. Plusieurs scripts offrent la possibilité de supprimer les publicités affichées sur le site, à commencer par les publicités textuelles Google AdSenseGoogle AdSense. Mais un autre script  se propose, au contraire, de rajouter des Google AdSense sur n'importe quel site, même si ce dernier n'en comporte pas à l'origine (dans le but de trouver des produits en rapport avec le contenu de la page visitée, mais aussi d'ennuyer ceux qui n'aiment pas Google...). Tout ou presque peut donc être envisagé, la seule limite étant l'imagination de la communauté des développeurs qui alimentent les librairies de scripts disponibles. Mais on peut d'ores et déjà facilement admettre qu'un utilisateur ayant téléchargé une demie-douzaine de scripts Greasemonkey verra une toute autre version d'un site web, tant sur la forme que sur le fond, que ce qu'avaient imaginé ses concepteurs.

Image du site Futura Sciences

A l'inverse, on peut arguer que ces nouvelles façons d'appréhender le web peuvent tendre à le rendre moins lisible pour l'utilisateur. Sur un web composé de pages HTMLHTML, même générées de façon dynamique et dotées d'adresses (URL) d'une longueur démesurée, l'utilisateur comprend facilement ce qu'il fait à chaque clic. Chaque page est indépendante, son adresse peut être mémorisée en signet, son contenu peut être stocké sur le disque durdisque dur de l'internaute, tandis que son code sourcecode source peut être visualisé. C'est beaucoup moins vrai sur un web dont les pages ne font que servir de point d'entrée vers de véritables "boites noires" dont l'utilisateur ignore tout et ne voit que l'interface.

Du reste, on peut craindre aussi de perdre le caractère universel du web et des navigateursnavigateurs : en se transformant en véritables applications en ligne, les pages web pourraient nécessiter un nouvel apprentissage sur chaque site ou presque.

Le web pourrait donc prendre un nouveau virage, marqué par une complexité certes accrue, mais sans doute très largement masquée pour l'internaute. Au final, et même si l'engouement suscité par ces méthodes peut faire craindre le développement d'applications et de services sans intérêt, prétexte à autant de démonstrations de savoir faire, l'internaute peut espérer (re)découvrir de nouvelles façon d'utiliser l'internetinternet, parfois à la place des applications installées sur son ordinateurordinateur, tout en renouant avec des interfaces parfois plus limitées, mais aussi plus intuitives et, surtout, accessibles en permanence depuis n'importe quel ordinateur connecté, n'importe où dans le monde.

Plus simple, plus intuitif, plus instantané. Voilà qui parait une belle promesse pour un "Web 2.0″.