Dans la seconde moitié du XXe siècle, les femmes investissent les métiers jusque-là très masculins, dans le domaine des sciences et de la technique notamment. L'informatique en fait partie mais elle diverge à partir des années 1980, quand les femmes s'intéressent moins cette discipline, en particulier la programmation. © DR

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Pourquoi les femmes semblent-elles délaisser la programmation ?

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Dans les années 1960 et 1970, aux États-Unis, le nombre de femmes se lançant dans la carrière informatique augmentait au même rythme que dans d'autres domaines scientifiques. C'est en 1984 que la situation a pris un tournant, dans ce pays, avec une chute soudaine du nombre d'étudiantes en informatique, alors que les femmes étaient toujours plus nombreuses à s'orienter vers d'autres domaines scientifiques, en particulier la médecine et les sciences physiques ou exactes, ainsi que vers des branches traditionnellement masculines comme le droit et le commerce. Pourquoi ? Une hypothèse évoque l'effet de l'ordinateur personnel et des jeux vidéo.

Les femmes ont abandonné une discipline sur le point de révolutionner notre façon de communiquer, d'apprendre, d'échanger, d'acheter et de vendre. Pourquoi ont-elles décidé - ou été contraintes - de tourner le dos à la science qui aurait bientôt le plus grand impact sur les Hommes depuis l'invention de l'imprimerie ? Et pourquoi les femmes programmeurs sont-elles toujours aussi peu nombreuses ? L'informatique est-elle fondamentalement différente des autres sciences ? Ellen Ullman, auteur et développeur de logiciels, qui s'appuie sur les chiffres du Bureau of Labor Statistics, offre un point de vue éclairant sur la question. Dans un article du New York Times, elle présente la programmation sous un jour captivant, exposant les qualités nécessaires pour cette discipline :

« Il faut en premier lieu être passionné par cet exercice, éprouver un besoin impérieux de sonder l'espace mystérieux qui sépare l'esprit humain du degré de compréhension des machines, les désirs humains de la capacité des machines à les satisfaire. Ensuite, il faut posséder une tolérance élevée à l'échec. La programmation est l'art de la conception d'algorithmes, un talent pour débuguer les codes égarés. Pour citer John Backus, inventeur du langage de programmation Fortran : "Vous devez être prêt à affronter échec après échec. Vous devez avoir une multitude d'idées, travailler dur pour les concrétiser et finalement vous rendre compte qu'elles ne mènent à rien. Et continuer encore et encore, jusqu'à ce que vous en trouviez une qui fonctionne." »

Outre les qualités propres à la programmation, dont elle parle avec tant d'éloquence, Ellen Ullman cite deux qualités humaines qui sont les critères de réussite souvent cités par les hommes comme les femmes participant à un projet scientifique : la passion et une tolérance élevée face à l'échec, c'est-à-dire la patience. Les femmes scientifiques ont sans aucun doute démontré leur passion et leur persévérance, certaines études laissant même penser que les femmes sont plus patientes que les hommes. Alors pourquoi les femmes optant pour une carrière informatique sont-elles toujours moins nombreuses que celles qui choisissent d'autres domaines scientifiques ? S'il est bien sûr impossible de le savoir avec exactitude, certaines raisons ont néanmoins été avancées.

Lady Ada Augusta Lovelace Byron, mathématicienne, est souvent considérée comme le premier (la première) de tou(te)s les programmeur(euse)s, pour avoir réalisé, dans les années 1840, un algorithme destiné à la Machine analytique du Britannique Charles Babbage, sorte d'ordinateur mécanique. © Domaine public

L'arrivée des ordinateurs personnels a-t-elle modifié le rapport des femmes et de l'informatique ?

Une théorie suggère que les filles et les jeunes femmes ne s'intéressent tout simplement pas autant à l'informatique que les garçons et les jeunes hommes. Des enquêtes révèlent que les lycéennes et les étudiantes voient la programmation comme une profession d'homme, et sont rebutées par le côté « geek » de la discipline - le cliché selon lequel les programmeurs passent leurs journées dans un box sans parler à personne. La représentation des développeurs dans les médias a sans doute son rôle à jouer dans la perception de la programmation comme activité à dominance masculine.

Mais certains facteurs culturels, comme les comportements de la famille et de la société, jouent sans doute également. Si les jeunes filles entendent dire que « les ordinateurs sont pour les garçons », elles sont plus susceptibles de se détourner de la technologie (surtout dans les sociétés traditionnelles où les rôles masculins et féminins ont tendance à être davantage imposés).

Dans un même ordre d'idée, des études ont démontré qu'en général, les hommes et les femmes ont un point de vue différent sur les ordinateurs. Il semblerait que les hommes s'intéressent plus souvent aux ordinateurs en tant que machines, indépendamment de l'utilisation qu'ils en font. Pour les femmes, les ordinateurs sont surtout des outils qui leur permettent d'accomplir des tâches. Elles n'ont pas d'intérêt particulier pour les appareils en eux-mêmes ou pour leur mode de fonctionnement.

Une théorie, exposée récemment aux États-Unis sur la National Public Radio, pourrait expliquer pourquoi les femmes ont commencé à se détourner de la programmation à partir de 1984. C'est cette année-là que l'ordinateur a débarqué pour la première fois dans de nombreux foyers. Les premiers ordinateurs personnels servant surtout à jouer, à la différence des PC que nous utilisons aujourd'hui, ces appareils étaient presque exclusivement commercialisés à l'attention des garçons. Cette génération de garçons a été la première à utiliser les ordinateurs dans un cadre non académique. À leur arrivée à l'université, ils possédaient déjà une connaissance basique de l'informatique et avaient donc une longueur d'avance sur les filles qui, pour la plupart, n'avaient jamais joué à un jeu vidéo. Jusqu'alors, les étudiants en sciences informatiques, hommes comme femmes, étaient sur un pied d'égalité, les compétences valorisées en première années d'études étant les mathématiques.

En résumé, avant 1984, toutes les connaissances pratiques en informatique étaient acquises dans les salles de cours. Après 1984, les étudiants étaient censés en maîtriser déjà les notions élémentaires. Les étudiantes se sont donc vite retrouvées désavantagées sur le plan académique, mais également aux yeux de leurs homologues masculins. C'est alors qu'elles ont commencé à se détourner de l'informatique.

Alors que faire ? Depuis plusieurs années, des mesures sont mises en œuvre pour encourager les filles à apprendre à programmer et à développer un intérêt pour les ordinateurs. Elles semblent porter leurs fruits. Parallèlement à cela, il est possible que les filles soient influencées par une réalité : la technologie impacte désormais presque tous les aspects de nos vies, et savoir programmer est un atout même dans certaines professions a priori sans lien direct avec l'informatique. La situation évoluera, il faut l'espérer. Si l'informatique a besoin des femmes au même titre que les autres domaines scientifiques, les femmes ont elles-aussi besoin de l'informatique. En raison de son impact aussi considérable que durable sur notre monde, ce domaine devrait bénéficier d'une mixité aussi grande que possible.

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Forte d’un engagement de plus de 16 ans pour la promotion des femmes de science, la fondation L'Oréal propose des rencontres avec des femmes de sciences d'aujourd'hui et d'hier sur son média en ligne DiscovHER.

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