Les novae et l'immuabilité du ciel

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Cet article revient sur la question de la presque totale absence de novae (étoile qui devient très brutalement extrêmement brillante) dans les registres du monde occidental avant le XVIème siècle. Il évoque également un étrange phénomène en 1415 qui pourrait bien être l'observation d'une nova ignorée des astronomes.

  
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Cet article revient sur la question de la presque totale absence de novae (étoile qui devient très brutalement extrêmement brillante) dans les registres du monde occidental avant le XVIème siècle. Il évoque également un étrange phénomène en 1415 qui pourrait bien être l'observation d'une nova ignorée des astronomes.

Qu'est-ce qu'une nova ? Á l'origine, en 1573, ce nom désignait une « nouvelle étoile ». Il vient du titre abrégé d'un livre de Tycho Brahe, De Nova Stella.

Comme la totalité des savants de son époque, Tycho ignorait que l'objet qu'il décrivait dans cet ouvrage n'était pas un nouvel astre dans le ciel, mais tout simplement une étoile jusqu'alors invisible à l'œil nu, et dont la luminosité avait augmenté soudainement. Au XXème siècle, Walter Baade et Fritz Zwicky forgeront le terme de supernova pour parler du même phénomène lorsqu'il est particulièrement violent. Une supernova peut en effet dégager en quelques heures l'équivalent de l'énergie émise par le soleil en 10 milliards d'années !

Sans entrer dans les explications scientifiques, je voudrais ici m’intéresser au seul aspect historique.

Lorsque Tycho Brahe découvrit en novembre 1572 l'existence d'une « nouvelle étoile », les érudits européens croyaient mordicus à l'immuabilité du ciel, fait qu'ils acceptaient sans discussion. Cette idée héritée de Pythagore, qui fut ensuite adoptée par Platon et Aristote, avait presque acquis le statut d'un dogme quand l'Église catholique s'en empara à l'instigation notamment de Thomas d'Aquin. Or, Aristote n'admettait de changements dans le ciel que pour les phénomènes atmosphériques, pluies, nuages, étoiles filantes etc., c'est-à-dire se passant dans l'air, donc dans ce qu'il appelait le monde sublunaire. Au-dessus, il faisait valoir que les phases de la lune et le mouvement erratique des planètes n'étaient pas des « changements » puisqu'ils étaient périodiques, donc prévisibles.

Orion dans la mythologie

Il fallait du courage à Tycho Brahe pour évoquer une « nouvelle étoile ». En l'absence de cartes fiables et complètes du ciel, qui pouvait garantir qu'elle était vraiment nouvelle ? Combien d'astronomes n'auraient-ils pas préféré en attribuer l'image à une illusion d'optique plutôt que de courir le risque de se couvrir de ridicule ? Tycho attendit donc sa disparition en mars 1573 pour acquérir la certitude qu'il se passait quelque chose d'étrange, quelque chose qui contredisait formellement le dogme de l'immuabilité du ciel.

Il existe tout de même des témoignages antérieurs d'observations de novae. Selon Pline, Hipparque, au deuxième siècle avant notre ère, avait eu l'idée de préparer son catalogue après avoir découvert une « nouvelle étoile » dans la constellation du ScorpionIl semble qu'aucun texte antérieur, babylonien ou grec, ne fait mention de ce genre d'astre. Il est vrai que les repérer n'est pas aisé si l'on ne dispose pas de bonnes cartes du ciel : c'était le cas à Babylone et en Grèce. D'ailleurs, dans le monde pré-télescopique, il a fallu attendre Tycho Brahe pour en avoir un relevé fiable : son Astronomiae instauratae progymnasmata (1602) contient un catalogue précis des 777 principales étoiles.