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Décès de Pierre-Gilles de Gennes : hommage à un parrain d'exception

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Par Laurent Sacco, Futura

Pierre-Gilles de Gennes vient de nous quitter ce vendredi 18 mai, à l'âge de 74 ans. Beaucoup de personnes sont sous le choc et particulièrement l'équipe de Futura-Sciences.

Crédit : Collège de France.

Très soucieux de la diffusion des connaissances et de l'esprit scientifique, le prix Nobel de physique de l'année 1991, qualifié de Newton de notre temps par l'académie suédoise, a en effet soutenu l'aventure Futura-Sciences depuis ses débuts. Ce fut un grand honneur pour nous et il n'a pas hésité à prendre de son temps pour rédiger plusieurs dossiers, dont une autobiographie, que l'on pourra consulter et qui donnent un aperçu de son œuvre et de sa personnalité.

C'était un très grand scientifique, aussi à l'aise dans les hautes sphères de la physique théorique, comme dans les domaines de la mécanique statistique quantique des transitions de phases, que dans celui de la physique expérimentale comme le rappelle son ami et collègue le prix Nobel Georges Charpak. Bien peu sont en effet capables de s'illustrer dans les deux domaines à la façon d'un Enrico Fermi.

Tout comme Richard Feynman, qu'il admirait, il avait la passion de l'enseignement et savait éviter les écueils des approches trop mathématiques en physique. Il savait en particulier ramener un problème physique à des images simples et concrètes mais toujours au cœur de celui-ci.

Les domaines qu'il a abordés sont vastes et beaucoup ont eu des applications concrètes comme ses travaux sur les cristaux liquides, à la base des écrans plats d'aujourd'hui, et ceux sur les polymères, les problèmes d'adhésions pour des super colles ou encore sur la matière ultra-divisée.

Entré à l'ENS par l'intermédiaire d'un cursus comprenant de la chimie et de la biologie, il n'a cessé de promouvoir des ponts entre ces sciences et la physique. Lui-même d'ailleurs se consacrait ces dernières années aux bases physico-chimiques de la biologie du cerveau à l'institut Curie et cherchait à comprendre le fonctionnement de la mémoire.

Il manquera à beaucoup de monde et dans notre temps fasciné par les trous noirs, la théorie du Big Bang ou les travaux sur l'hypothétique théorie des cordes, il était de ces scientifiques qui gardaient intact leur capacité à s'émerveiller et à se poser des questions passionnantes devant des phénomènes aussi "simples" que ceux à l'origine des dunes de sables, dans lesquels il pouvait voir des implications profondes pour d'autres parties de la physique et même dans l'industrie.

A certains de ses étudiants lors d'un cours à l'école supérieure de physique et chimie industrielle de Paris (ESPCI), dont il a été le directeur, il aurait déclaré "Le jour où on comprendra vraiment la physique du tas de sable, on aura fait un pas gigantesque". Une phrase à méditer en écoutant le chant des dunes !