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Apollo 11 : décollage immédiat !

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Il y a quarante ans, jour pour jour, l'énorme fusée Saturn V s'arrachait de Cap Canaveral et emportait trois hommes vers la Lune. La mission Apollo 11 commençait....

Saturn V au décollage, emportant la mission Apollo 11, photographiée depuis le sommet de la tour de lancement. © Nasa

Cap Canaveral, mercredi 16 juillet, 9 h 32, heure locale (14 h 32 en heure française). La mission Apollo 11 est prête au départ. La fusée Saturn V trône sur le pas de tir Pad 39-A. Elle est proprement gigantesque, avec plus de 110 mètres de hauteur (plus de deux fois celle de l'actuelle Ariane 5). A son sommet, une petite capsule conique dans laquelle sont installés trois hommes, Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins.

Loin de la fusée, au Centre spatial Kennedy, près d'un million de personnes attendent là depuis des heures. Sur la planète, on estime le nombre de spectateurs, suspendus à la radio ou à la télévision, à près de six cents millions. Jamais aucun événement n'avait encore rassemblé autant de témoins.

Un bruit colossal se fait entendre quand les cinq moteurs Rocketdyne F1 déchaînent leur poussée de 680 tonnes chacun. Le sol résonne d'une onde sismique qui se propage jusqu'à huit kilomètres. Lentement, la fusée de trois mille tonnes s'élève au milieu d'un immense nuage surtout formé par la condensation de l'eau. Les moteurs consomment alors chaque seconde 1.800 kilogrammes d'oxygène liquide et 1.700 kilogrammes de kérosène.


Buzz Aldrin, pilote du module de commande. (Cliquer sur l'image pour l'agrandir.) © Nasa

A mesure que la fusée s'éloigne du sol, sa masse s'allège et l'accélération augmente. Elle devient vite énorme. Deux minutes après le décollage, Saturn-V n'est plus qu'un minuscule point au sommet d'une haute traînée blanche, à plus de 50 kilomètres d'altitude. Maintenant, la planète entière est au courant : des hommes sont en route vers la Lune.

Contrairement à la fusée du professeur Tournesol, bien plus évoluée et à laquelle le carburant nucléaire conférait une autonomie énorme et la possibilité d'assurer une accélération de 1 g pendant tout le voyage (avec inversion au milieu), la rustique Saturn V ne peut expédier sa charge qu'en orbite basse et au prix d'abandons successifs de gros morceaux appelés « étages ».

En route pour la Lune

Deux minutes trente après le décollage, les quelque deux mille tonnes de carburant contenues dans le premier étage sont déjà parties en fumée et l'énorme cylindre de 42 mètres de hauteur et de 10 mètres de diamètre est largué. Les cinq moteurs J-2 (signés Rocketdyne, également) s'allument. Les astronautes subissent alors une accélération de 4,5 g (ils pèsent donc quatre fois et demie leur poids). Le deuxième étage (24,8 m de hauteur) maintient cette accélération durant 5 minutes trente et assure la sortie de l'atmosphère. Sa courte mission terminée, il se détache à son tour. Les hommes sont alors dans l'espace.

Avec son unique moteur J-2, le troisième étage, de près de 18 mètres de hauteur, poursuit l'accélération et assure la mise en orbite, à 190 kilomètres d'altitude. Le moteur est éteint. La pesanteur terrestre contrebalancée par la force centrifuge, l'apesanteur (ou impesanteur, ou, pour les puristes, micropesanteur) règne dans la capsule. Le temps d'effectuer quelques vérifications, quelques réglages, de débrancher les alimentations en oxygène des scaphandres et de souffler un peu, l'engin spatial a effectué plus de deux tours de la Terre, à 8 km/s par rapport à elle.

Tout va bien. Durant la troisième orbite, à 12 h 16, le moteur J-2 est allumé de nouveau (une possibilité qui ne va pas de soi pour un moteur de fusée) et le vaisseau spatial quitte son orbite en accélérant. Il dépasse les 11 km/s. A cette vitesse et à cette distance (faible) de la Terre, un projectile s'échappe de l'attraction terrestre. Le troisième étage est éteint et le vaisseau spatial file désormais à environ 40.000 km/h vers la Lune (contrairement à la fusée du professeur Tournesol qui continuait d'accélérer à 1 g, soit près de 10 m/s de plus à chaque seconde).

Le LM, photographié depuis le module de commande (les deux engins sont ici en orbite lunaire). Cliquer sur l'image pour l'agrandir (mais la qualité est d'époque...). © Nasa

L'équipage commande alors le largage de panneaux de protection qui cachaient le LM (Lunar Module), baptisé Eagle. L'engin à quatre pattes, destiné à se poser sur la Lune, se trouve entre le troisième étage et ce qui était le sommet de la fusée, c'est-à-dire le module de service (un cylindre avec un moteur) et la capsule conique (le module de commande). Le LM est au mauvais endroit. Il faut maintenant l'amener là où il faut, nez à nez avec la capsule. Michael Collins est à la manœuvre. Le module de service est détaché et pivote sur lui-même pour amener la pointe de la capsule face à la partie supérieure du LM. Une petite impulsion des moteurs d'attitude et les deux engins s'emboîtent l'un dans l'autre.

Le troisième étage peut désormais être largué, à 12 h 47, et un petit moteur de contrôle d'attitude le pousse pour l'éloigner du reste de l'engin. Le train spatial a désormais sa configuration définitive, le LM (côté Terre) accroché au module de commande, lui-même solidaire du module de service (côté Lune). Le sas entre le LM et la capsule est ouvert, les hommes peuvent circuler entre les deux vaisseaux. Ils sont alors à 800 kilomètres de la surface de notre planète. Il ne leur reste plus que 350.000 kilomètres à parcourir...