Santé

Tout le monde ne réagit pas de la même manière à l'alcool

Dossier - Alcool, effets sur la santé : une expertise collective de l'Inserm
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La consommation excessive et régulière d'alcool est dangereuse pour la santé. Elle est directement responsable de près de 23 000 décès chaque année en France, sans compter les décès par accidents sous l'emprise de l'alcool. Cirrhose du foie, cancers, troubles du système nerveux, syndrome d'alcoolisation fœtale sont les pathologies les plus graves provoquées par la consommation excessive de boissons alcoolisées...

  
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Un homme et une femme de même âge et de même poids n'affichent pas les mêmes taux d'éthanol dans leur sang quand ils consomment tous deux une même quantité d'alcool : l'alcoolémie sera plus importante chez la femme. Plusieurs explications sont avancées pour comprendre ce phénomène. Chez la femme, le tissu adipeux est plus important que chez l'homme, et la masse musculaire dans laquelle diffuse l'alcool plus réduite. Il en résulte un volume de distribution plus petit et donc une concentration en éthanol dans le sang plus importante.

Par ailleurs, des travaux récents ont mis en évidence, chez la femme, une enzyme responsable du métabolisme de l'alcool moins active que chez l'homme. L'alcool est donc éliminé plus lentement. Enfin, les modifications hormonales durant le cycle menstruel et la ménopause ainsi que la prise de contraceptifs oraux et de traitements hormonaux substitutifs peuvent modifier le métabolisme de l'éthanol.

© Pezibear - Domaine public

Toutes ces caractéristiques rendent les femmes plus sensibles que les hommes aux méfaits de l'alcool. Chez elles, les effets de l'éthanol vont se manifester plus rapidement et parfois plus sévèrement. C'est le cas pour la cirrhose, cette maladie du foie dont un plus grand nombre de femmes consommatrices excessives que d'hommes consommateurs excessifs, meurent. L'alcool pourrait également être impliqué dans le cancer du sein. Une faible augmentation du risque a été rapportée pour des consommations quotidiennes d'alcool relativement modérées. 

L'alcool ingéré passe en grande majorité dans le sang qui le diffuse dans tout l'organisme

L'éthanol est une petite molécule lentement absorbée par simple diffusion au niveau de l'estomac et du duodénum. Là, une première fraction (au maximum 20%) de l'alcool ingéré va être métabolisée. Le reste pénètre dans la circulation sanguine, en 45 minutes si le sujet est à jeun, en 90 minutes si l'alcool est ingéré au cours d'un repas. Une fois dans le sang, la distribution de l'éthanol se fait en quelques minutes vers le foie, le cœur, les poumons, les reins, le cerveau... Reste ensuite à l'éliminer. Tel quel par l'urine, l'air expiré, la sueur, ou bien métabolisé. C'est le foie qui prend en charge l'essentiel du métabolisme de l'alcool en le transformant d'abord en acétaldéhyde puis en acétate, grâce à l'intervention des enzymes de la famille des alcool-déshydrogénases (ADH), des aldéhyde-déshydrogénases (ALDH) et du cytochrome CYP2E1. Finalement, l'acétate est oxydé en dioxyde de carbone et en eau dans les tissus. 

L'alcool peut être le départ d'artérosclérose. © Christian Lohmeyer - CC BY-SA 3.0

Tous les individus n'ont pas la même sensibilité à l'alcool

Les alcool-déshydrogénases et les aldéhyde-déshydrogénases sont des enzymes hépatiques responsables du métabolisme de l'alcool. Certains gènes codant pour ces enzymes existent sous des formes différentes selon les ethnies. Par exemple, près de 50% des Asiatiques présentent un variant génique qui leur confère une aldéhyde-déshydrogénase inactive, incapable de métaboliser l'acétaldhédyde en acétate. Quand ils boivent de l'alcool, les porteurs de ce variant présentent très rapidement des signes d'intolérance. Ce qui peut les inciter à éviter les excès. Et donc les protéger des méfaits du produit. En revanche, ceux qui continuent de boire malgré leur particularité génétique s'exposent à de graves conséquences pour leur santé puisqu'ils ont plus de risque de développer des cancers, en particulier des cancers des voies aérodigestives supérieures.

De même, tout le monde n'est pas logé à la même enseigne si l'on considère l'effet protecteur de l'alcool sur le système cardiovasculaire. Des individus présentant une forme particulière d'un gène -codant pour une alcool-déshydrogénase- voient leur taux sanguin de HDL-cholestérol augmenter de manière significative quand ils consomment modérément de l'alcool. Ce n'est pas le cas de certaines personnes dépourvues de ce variant génique, chez qui une consommation modérée d'alcool n'a aucun retentissement sur le taux de HDL-cholestérol, et donc peu d'effet protecteur sur le système cardiovasculaire.

La corpulence des consommateurs joue également un rôle sur les effets de l'alcool : les personnes présentant un surpoids utilisent les calories alcooliques et prennent du poids, alors que les sujets minces ont tendance à en perdre. Les individus obèses qui consomment de l'alcool en excès ont davantage de risque de développer une cirrhose. Les problèmes de malnutrition, notamment les carences en vitamines, sont susceptibles d'aggraver les méfaits d'une consommation excessive d'alcool.