L’air que l’on respire est-il dangereux pour nos poumons ? L'étude montre qu'en altitude, où l'oxygène se raréfie, les cas de cancers du poumon sont moins fréquents que dans des zones plus basses. © mbolina, Fotolia

Santé

Science décalée : l'oxygène de l'air serait cancérogène

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Par Marie-Céline Jacquier, Futura

L'oxygène de l'air, pourtant indispensable à la vie, pourrait favoriser le cancer du poumon. La raison évoquée : l'oxygène favorise la formation de radicaux libres qui causent des dommages aux cellules et à l'ADN.

Le cancer du poumon touche surtout des fumeurs, mais 10 à 15 % des cas concernent des non-fumeurs. D'autres facteurs peuvent en effet expliquer ces cas : prédispositions génétiques, exposition à des produits cancérogènes (particules fines, amiante...). En France, en 2010, il y a eu 37.000 nouveaux cas de cancers du poumon et 28.700 décès.

L'air que nous respirons contient majoritairement du diazote et du dioxygène. Celui-ci, indispensable à la vie, conduit à la formation de radicaux libres dans l'organisme. Ces derniers causent des dommages aux structures cellulaires et à l'ADN. On peut donc se demander si cet oxygène est nocif à la santé. En effet, il a été constaté une augmentation des cas de cancers chez des enfants complémentés en oxygène lors de la période néonatale.

Moins de cancer du poumon en altitude

Pour savoir si l'oxygène est cancérogène, il est possible de comparer la santé de populations vivant à différentes altitudes, puisque l'oxygène se raréfie à haute altitude. Par rapport à la pression observée au niveau de la mer, l'oxygène est réduit à 88,7 % à 1.000 m, 78,5 % à 2.000 m et 69,2 % à 3.000 m.

Dans un article paru dans la revue PeerJ, deux chercheurs des universités de Pennsylvanie et de Californie à San Francisco ont comparé les taux de cancer dans 250 comtés des États-Unis. Ils ont utilisé les données provenant du National Cancer Institute entre 2005 et 2009.

Répartition des cancers du poumon aux États-Unis. © CDC, Wikimedia Commons, DP

Les scientifiques ont observé que l'incidence du cancer du poumon diminuait de 7,23 cas pour 100.000 personnes pour 1.000 m d'élévation en altitude. L'association inverse entre l'altitude et le cancer du poumon était forte. Le rayonnement solaire et la pollution ont tous deux été pris en compte, puisque ces paramètres varient en fonction de l'altitude.

Des radicaux libres à l'origine de mutations

Cependant, les chercheurs n'ont pas observé le même lien avec le cancer du sein, de la prostate ou de l'intestin : ceci suggère un rôle joué par le processus d'inhalation. Un produit cancérogène inhalé, moins présent en altitude, pourrait expliquer cette association, ce qui fait de l'oxygène un coupable possible. L'hypothèse émise par les chercheurs est que l'oxygène favorise la production de radicaux libres, ce qui peut stimuler le cancer.

D'après les deux chercheurs, si toute la population des États-Unis vivait dans le comté de San Juan à 3.470 m d'altitude, il y aurait 65.496 cas de cancer du poumon en moins chaque année.

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