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OGM : s'en nourrir ne serait pas nocif

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Les OGM font débat, pour des raisons éthiques, socioéconomiques ou sanitaires. Mais une étude française vient d'apporter la preuve que les OGM ne sont pas toxiques pour les organismes qui s'en nourrissent. Pourtant des voix dissonantes persistent.

Les organismes génétiquement modifiés, dont les premiers essais ont eu lieu au début des années 1970, ne seraient pas nocifs. © agrilifetoday, Flickr, cc by nc nd 2.0

Un des grands débats des OGM porte sur la question de leur dangerosité sanitaire. Si les anti-OGM semblent persuadés de leur danger, ils ont pourtant du mal à trouver des études scientifiques sérieuses l'attestant. Depuis quelques jours, une équipe de chercheurs français vient de faire la synthèse des travaux de toxicologie de nombreux OGM et leur résultat est sans appel : se nourrir avec des OGM n'est pas dangereux.

Des scientifiques d'AgroParisTech, emmenés par Agnès Ricroch, ont ainsi épluché les résultats de 24 études réalisées depuis 2002 afin de faire taire les critiques sur les aliments OGM. Les critères de sélection des travaux analysés étaient les suivants : à long terme pour certaines (12) et multigénérationnelles pour les autres (12), comme il est expliqué dans l'article publié dans Food and Chemical Toxicology.

Les OGM ne sont pas toxiques

Qu'est-ce qu'une étude à long terme ? Dans un texte de 2008, l'Efsa (Autorité européenne de sécurité des aliments) indiquait qu'afin de vérifier la toxicité d'un OGM, il était recommandé de faire un test de 90 jours. En dehors de l'Europe, ces tests ne sont pas obligatoires, les scientifiques y ont recours uniquement en cas de suspicion. En Europe, en revanche, où le principe de précaution est une notion importante, ils sont devenus systématiques.

Selon l'étude d'AgroParisTech, les animaux se nourrissant de produits génétiquement modifiés ne risquent rien. © akseez, Flickr, cc by nc sa 2.0

Cependant, les chercheurs parisiens ont décidé de focaliser leur analyse sur les travaux à très long terme et multigénérationnels, allant ainsi au-delà des recommandations de l'Efsa, afin de convaincre les sceptiques.

Et les résultats sont sans appel : parmi les 24 études auscultées, aucune ne montre une quelconque toxicité, indiquant que les OGM sont sains d'un point de vue toxicologique. Pourtant, certaines études semblent suggérer le contraire.

La communauté scientifique en désaccord

Récemment, l'équipe de Gilles-Éric Séralini a réalisé une synthèse (parue dans Environmental Sciences Europe) de différents travaux de toxicité des OGM, dans laquelle il était expliqué que la période de 90 jours n'était pas suffisante : « une vache ou une chèvre peut vivre 15 ans, des tests de 9 semaines ne sont donc pas des tests à long terme de toxicité chronique à ce niveau ». 

De plus, il critique la robustesse des analyses statistiques de l'étude. Ainsi « 9 % d'effets secondaires qui se concentraient dans les reins et les foies» avaient été décelés par Séralini et ses collègues. Mais l'équipe d'AgroParisTech émet les mêmes commentaires concernant l'étude de ces chercheurs : il ne s'agit que d'un retraitement statistique et non pas d'une analyse sérieuse.

Le profilage pour confirmer

Les chercheurs d'AgroParisTech s'attendaient néanmoins à ce genre de critiques venant d'anti-OGM reconnus. Leurs résultats sont toutefois confortés par une autre étude (publiée dans Plant Physiology), réalisée en février 2011, au cours de laquelle ils avaient comparé les protéines et les composés chimiques synthétisés d'un côté par une plante naturelle, de l'autre par une plante génétiquement modifiée. On appelle cela le profilage. Leurs analyses indiquaient des différences minimes, bien moins importantes qu'entre deux variétés naturelles. 

Le débat sur les OGM ne semble pas être complètement estompé, malgré la publication de cette étude qui paraissait pourtant y mettre un terme, en tout cas en ce qui concerne la toxicologie. Au sujet des questions de manipulations du vivant, du brevetage du vivant ou des problématiques socioéconomiques qui en découlent, il s'agit d'un autre débat. Que les toxicologues n'ont pas la prétention de traiter.