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OGM : l’Efsa très critique sur l’étude de Gilles-Éric Séralini

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Après la bombe lâchée par Gilles-Éric Séralini voulant montrer la dangerosité des OGM, l'heure est maintenant à la contrattaque. L'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) vient d'annoncer son verdict : selon elle, l'article n'est pas scientifiquement valable.

Les uns disent que le maïs OGM NK603 induit des tumeurs, les autres, ceux-là même qui ont autorisé l'importation de ce maïs, répondent que l'étude a été mal menée. Qui croire ? La réponse viendra peut-être de la Russie, qui a l'intention de refaire une étude avec un financement public. © Jabiru, StockFreeImages.com

Quel crédit accorder à l'étude choc sur les OGM, qui avait d'abord suscité l'émoi avant d'accuser les coups de scientifiques très critiques ? L'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) apporte une première réponse deux semaines après les faits. Le constat est sévère. Selon elle, « l'article [...] est d'une qualité scientifiquement insuffisante pour être considéré comme valide pour l'évaluation des risques ». 

L'Efsa a conduit un examen préliminaire de l'étude réalisée par Gilles-Eric Séralini et son équipe de l'université de Caen. Dans un communiqué de presse, elle évoque des « lacunes » qui « ne permettent pas de considérer les conclusions des auteurs comme étant scientifiquement valables ». La conception et la méthodologie du travail sont en cause. « Telles qu'elles sont décrites, elles impliquent qu'aucune conclusion ne peut être tirée au sujet de l'occurrence des tumeurs chez les rats testés ». Pour l'Agence, c'est simple : « l'article n'a pas été élaboré conformément aux bonnes pratiques scientifiques en vigueur »...

Les photos de rats avec ces tumeurs énormes ont fait le tour du monde. L'Efsa reproche aux auteurs de l'étude sur les OGM la souche de rongeurs choisie puisque ces animaux ont tendance à en développer naturellement. © Séralini et al., Food and Chemical Toxicology

Une étude sur les OGM, de nombreuses critiques

Les critiques s'étaient déjà fait entendre au lendemain de l'annonce des chercheurs normands, notamment par la voix de Marcel Kuntz, directeur de recherche CNRS. Cette fois, l'Efsa porte ses remarques sur les points suivants :

  • la souche de rats utilisée est « sujette à développer des tumeurs au cours de son espérance de vie d'environ 2 ans. Cela signifie que la fréquence observée des tumeurs est influencée par la fréquence naturelle des tumeurs typiques à cette souche, indépendamment de tout traitement » ; 
  • le fait que les chercheurs n'aient mis en place qu'un seul groupe de contrôle ; 
  • le fait que les auteurs n'aient pas respecté les « méthodes normalisées reconnues sur le plan international - connues sous le nom de protocoles - en matière de mise en place et de réalisation d'expériences » ; 
  • le fait qu'aucune information ne soit « donnée sur la composition de la nourriture administrée aux rats, sur ses modalités de stockage ou sur les substances nocives éventuelles - comme les mycotoxines - qu'elle aurait pu contenir ». Depuis, Gilles-Éric Séralini a déclaré qu'il ne fournirait pas ces éléments tant que l'agence européenne ne fournira pas ceux utilisés pour autoriser les OGM.

En conclusion, comme le souligne Per Bergman, qui a dirigé les travaux de l'Efsa : « Lorsqu'on réalise une étude, il est essentiel de s'assurer qu'un cadre approprié soit mis en place. Si on a clairement défini ses objectifs et établi une conception et une méthodologie appropriées, on constitue une base solide à partir de laquelle des données précises et des conclusions valides peuvent être générées. Sans ces éléments, il est peu probable que l'étude se révèle fiable, valide et de bonne qualité ».