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Science décalée : pourquoi les doigts se fripent-ils dans l’eau ?

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Bien souvent, les enfants demandent pourquoi leurs doigts se fripent lorsqu'ils prennent un bain. Les parents pourront enfin leur apporter une réponse : ce serait pour mieux agripper les objets humides. Des explications plus ou moins convaincantes...

Après une exposition dans l'eau, personne n'y échappe : les doigts se fripent. Si esthétiquement ce n'est pas ce qui se fait de mieux, certains scientifiques pensent qu'un tel mécanisme pourrait avoir eu un intérêt pour notre survie. En a-t-il toujours un aujourd'hui ? © fir0002, Wikipédia, cc by nc 3.0

Ce serait peut-être le fruit de l'évolution. Pour attraper plus efficacement les objets humides ou aquatiques, nos mains se seraient adaptées en créant des sillons à l'extrémité des doigts. Ce sont plus ou moins les conclusions de chercheurs britanniques de l'université de Newcastle, qui apportent une réponse à une question ancienne. Certaines zones d'ombre persistent néanmoins.

Le contexte : le système nerveux derrière les doigts fripés

Après un long bain ou une séance de natation, le constat est le même : les doigts se fripent. Pendant longtemps, on a accusé le phénomène d'osmose de forcer l'eau à pénétrer l'épiderme à l'extrémité des doigts, conférant ce profil ridé caractéristique.

Mais ce concept a été balayé en 2011 par des scientifiques américains, révélant que ce processus est sous l'influence du système nerveux. Ils ont en effet remarqué qu'après une exposition prolongée des membres dans l'eau, les nerfs induisaient la diminution du diamètre des vaisseaux sanguins situés au bout des doigts. Ces derniers perdent alors en volume tandis que la peau a toujours la même surface, expliquant alors l'apparition de sillons.

Si une telle mécanique est contrôlée par le corps, les auteurs ont supposé qu'elle constituait un avantage évolutif qui a été conservé génération après génération. Mais que peuvent nous conférer des doigts fripés ? Ils ont émis l'hypothèse qu'à l'instar des rainures des pneus de voiture, un tel phénomène augmentait notre adhérence sur des surfaces humides.

Sauf que cette théorie n'avait jamais été testée. C'est désormais chose faite : des scientifiques britanniques font part de leurs conclusions dans la revue Biology Letters.

L’étude : doigts fripés, ou des sillons pour une meilleure adhésion

Pour cette expérience, 20 volontaires ont accepté de faire office de cobayes. Leur tâche consistait à récupérer 39 billes de verre et 6 plombs de pêche avec la main droite, à les faire passer à travers un orifice pour les récupérer avec la main gauche, avant de les déposer un à un dans une nouvelle boîte. L'exercice était mené sur une table ou dans un aquarium, avec les mains sèches ou après les avoir exposées 30 minutes dans une eau à 40 °C, de manière à friper les doigts.

En exposant ses mains suffisamment longtemps dans l'eau, des rides apparaissent sur le bout des doigts. Alors que l'on pensait que ce phénomène était dû à une pénétration de l'eau dans l'épiderme de cette partie du corps en perpétuel renouvellement, il semblerait plutôt que le système nerveux en soit à l'origine. © Paha_l, StockFreeImages.com

Aucune différence dans les performances n'a été enregistrée lorsque les objets étaient secs. En revanche, les doigts ridés se sont avérés plus adroits pour transférer billes et plombs : en moyenne, les volontaires ont mis 12 % de temps en moins pour réaliser la tâche. L'hypothèse semble donc validée.

Néanmoins, l'étude ne révèle pas le mécanisme sous-jacent. Pourquoi les doigts ont-ils plus de prise sur les objets mouillés lorsqu'ils sont fripés ? Est-ce dû à une meilleure circulation de l'eau dans les sillons, améliorant ainsi l'adhérence, comme pour les pneus ? Est-ce parce que l'exposition prolongée dans l'eau prive temporairement du peu d'huile retrouvé au bout des doigts, évitant ainsi que l'objet tenu ne glisse entre les mains (ou entre les pieds) ? Une question à laquelle aucune réponse n'a encore été trouvée.

L’œil extérieur : les doigts fripés, une utilité biologique ?

D'autres interrogations ont alors été soulevées. Cela revêt-il réellement un intérêt pour la survie de l'espèce au point que ce critère ait été systématiquement sélectionné ? Certains imaginent déjà que les doigts fripés nous auraient permis de pêcher davantage à mains nues, en agrippant plus fortement les poissons.

Une théorie séduisante mais probablement trop simpliste, car l'Homme ramène beaucoup plus de prises lorsqu'il utilise le harpon, le filet ou l'hameçon. De plus, comme les auteurs l'ambitionnent, il faut définir si les cousins primates disposent également de cette capacité pour déterminer son origine évolutive. Problème : en règle générale, les singes évitent l’eau. Un tel avantage leur serait donc très peu utile. Comme pour l'Homme finalement, dans la mesure où les plissements des doigts disparaissent vite lorsque les mains ne sont plus plongées dans l'eau.

Les auteurs imaginent également qu'un tel processus pourrait découler des effets collatéraux d'une bizarrerie du système nerveux. Une possibilité, quand on sait que certains éléments anatomiques ou physiologiques n'ont pas trouvé d'explication rationnelle (comme l'existence de tétons chez les hommes, qui n'allaitent pas, contrairement aux femmes). Alors, les doigts fripés, hasard de l'évolution ou mécanisme indispensable à la survie de nos ancêtres ?