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Science décalée : deux doigts d'agressivité…

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En mesurant la longueur de l'index et celle de l'annulaire, des chercheurs américains prétendent pouvoir déterminer la propension à l'agressivité verbale. Tout cela aurait un lien avec le niveau d'exposition à la testostérone dans l'utérus de la mère...

L'agression verbale peut être plus douloureuse pour la victime qu'une agression physique. Pour s'éviter des mésaventures, faut-il mesurer la longueur des doigts de ses interlocuteurs ? © Creatista, StockFreeImages.com

Il est des corrélations étranges qui pourraient pourtant avoir une réalité biologique. Ainsi, une étude menée par l'université d’État de New York révèle que ceux qui ont l'annulaire nettement plus long que leur index ont davantage tendance à crier sur les gens. L'agressivité verbale résiderait-elle dans les doigts ?

Le contexte : annulaire et index, les doigts des hormones

Hommes et femmes ne naissent ni ne demeurent libres et égaux en doigts. Durant la gestation, le fœtus est soumis à différents niveaux d'hormones sexuelles. Or il a été établi que les œstrogènes, hormones féminines, favorisent l'allongement de l'index, alors que la testostérone, leur homologue masculin, contribue à former de longs annulaires.

De ce fait, hommes et femmes n'ont pas, en règle générale, le même ratio index/annulaire. Ce nombre, aussi appelé indice de Manning ou ratio 2D/4D (deuxième et quatrième doigts), est censé révéler l'exposition prénatale à la testostérone. Pour la gent féminine, le rapport tend vers 1 alors que chez les hommes, il tourne plutôt autour de 0,96.

Si la longueur de doigts est corrélée à un contact précoce avec l'hormone mâle, peut-on aussi y voir un lien avec l'agressivité verbale ? Voilà un peu la question qui a animé des scientifiques américains qui ont testé ensemble les deux composantes... et ont fait le rapprochement. Les résultats sont publiés dans le Journal of Communication.

Si chez une personne le rapport de la longueur entre l'index et l'annulaire est faible, alors elle est probablement capable d'agressivité verbale. © Hellerhoff, Wikipédia, cc by sa 3.0

L’étude : la testostérone fœtale, facteur d’agressivité future

Les mesures des index et des annulaires d'hommes et de femmes volontaires, depuis l'extrémité jusqu'à la paume, ont été effectuées. Les mains des participants, doigts naturellement écartés et paume contre terre, sont également passées dans la photocopieuse pour dupliquer les mesures.

En parallèle, les cobayes devaient répondre à des questions afin de définir leur personnalité et leur tendance à s'énerver sur les autres à partir de trois tests de référence, à savoir la Verbal Aggression scale, l'Hexaco Personality Inventory et l'Argumentativeness scale.

Après analyse des résultats, il en ressort que plus l'indice de Manning est faible (plus l'annulaire est long comparativement à l'index), plus la personne est encline à l'agressivité verbale. Autrement dit, l'exposition prénatale à la testostérone intervient dans la manifestation de comportements liés à la communication. On pourrait donc prédire l'aptitude qu'a quelqu'un à se mettre en colère en regardant seulement ses doigts. C'est le premier travail de ce genre qui le montre.

L’œil extérieur : quand la communication passe par les mains

Si ce travail est original, il ne révèle finalement rien de révolutionnaire. Les taux de testostérone ont depuis longtemps été associés à l'agressivité des mâles, aussi bien chez l'Homme que dans d'autres espèces animales. Cependant, son rôle serait plus complexe car elle favoriserait également l'honnêteté et la justice dans d'autres situations.

Les auteurs établissent malgré tout un lien entre physiologie précoce, morphologie et comportement. Pour eux, ce travail pionnier pourrait permettre de mieux comprendre les bases biologiques de la communication humaine, encore mal comprises. Qu'ils n'oublient pas, quand même, que nous ne passons pas notre temps à nous disputer...