Santé

JO 2012 : nager les doigts (de pieds) en éventail pour aller plus vite

ActualitéClassé sous :médecine , nager plus vite , nager la main ouverte

Cela risque de déplaire aux maîtres nageurs. Pour nager plus vite, une étude vient de démontrer qu'il était plus productif d'ouvrir ses doigts dans l'eau plutôt que de les coller pour former une rame. Un concept contraire à la logique mais qui se démontre par la physique. Un conseil à donner aux nageurs de ces JO 2012 ?

Les Jeux olympiques se déroulent en ce moment et l'on peut assister aux démonstrations des nageurs les plus rapides du monde, parmi lesquels le jeune Français Yannick Agnel. Ont-ils acquis le réflexe d'entrouvrir les doigts pour gagner quelques centièmes de seconde ? Soyez observateurs... © Sir Mervs [dose], Fotopédia, cc by 2.0

À priori, la rame est plus pertinente que la fourche si l'on désire faire avancer son embarcation sur l'eau. Ce n'est pas Tony Estanguet et ses adversaires canoéistes qui diront le contraire. Pourtant, la natation pourrait bien échapper un peu à cette règle. N'en déplaise à tous les coachs circulant autour des piscines : pour nager plus vite, il ne faut pas serrer les doigts les uns contre les autres... mais bel et bien les entrouvrir.

Que Yannick Agnel et Camille Muffat se rassurent, l'information n'émane pas de leurs adversaires jaloux de leurs succès. Elle est l'œuvre de chercheurs très sérieux de la Duke University aux États-Unis et publiée dans le Journal of Theoretical Biology. Le principe : en gardant les doigts ouverts, un réseau invisible d'eau se forme et permet de gagner de la hauteur dans l'eau et de la puissance dans la poussée. La recette idéale pour décrocher l'or olympique.

La couche limite et le secret des doigts ouverts

Le concept n'est pas forcément simple à comprendre pour les non-initiés. Il utilise ce qu'on appelle, en mécanique des fluides, la couche limite : c'est la région à l'interface entre un corps (ici la main du nageur) et le liquide (l'eau de la piscine) lors du mouvement. Cette fine masse d'eau en contact avec le sportif devient adhésive et est entraînée avec lui durant ses déplacements.

Papillon, crawl, brasse... Cette technique s'applique à tous les styles de nage ! © Jamestraceur, Fotopédia, cc by nc nd 2.0

Ce phénomène physique se produit autour de chacun des doigts de la main (et des doigts de pieds) lorsqu'ils sont entrouverts. Cela forme donc un réseau d'eau invisible qui suit les mouvements du nageur. Et si l'écartement est suffisant, le sportif peut exercer une force jusqu'à 53 % plus importante que lorsqu'il garde la main fermée.

Nager plus vite, sans combinaison ni dopage

Ainsi, lorsque le bras et son extrémité frappent l'eau, cela a des répercussions sur le nageur. Celui-ci prend une position plus haute dans l'eau, diminuant la surface de son corps au contact avec le liquide et réduisant ainsi la force de frottement. L'onde de choc lui confère en plus une meilleure glisse.

Quand le geste du crawl se poursuit sous l'eau et que la main repart vers l'arrière, le gain de puissance se fait également ressentir, propulsant l'athlète à une vitesse plus importante. Et voilà comment améliorer ses performances sans produit dopant ni combinaison !

Mais quel est l'écartement idéal ? D'après Adrian Bejan, principal auteur de ce travail, il est compris entre 0,2 et 0,4 fois le diamètre du doigt. Quelques millimètres suffisent donc à gagner quelques centièmes. Pour le commun des mortels, ce n'est rien. Mais des grands champions ont perdu le titre olympique pour moins que cela...