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Visite à Céret : son marbre et le pont du Diable

Dossier - Tourisme dans les Pyrénées-Orientales
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Les Pyrénées-Orientales sont un département en forme de triangle qui possède trois fleuves côtiers : l'Agly, la Têt et le Tech. Le catalan, cette langue romane, est l'un des piliers de l'identité culturelle de cette région. Venez faire du tourisme dans cette terre d'accueil.

  
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Céret, sous-préfecture du département des Pyrénées-Orientales, se trouve au sud de Perpignan. Faisons un petit tour par les mines de marbre, un marbre blanc très réputé, dont l'extraction a commencé au IVe siècle. Le pont du Diable, construit en 1321, est bien sûr à visiter.

À Céret, l'extraction du marbre est très ancienne.

Le marbre de Céret et son extraction

Celui-ci est réputé dans toute la région pour sa qualité et sa blancheur. Nombreux sont les bâtiments qui en ont utilisé :

  • le portail de la cathédrale Sainte-Julie-et-Sainte-Eulalie d'Elne et celui de l'église Saint-Jacques de Perpignan ;
  • les chapelles de Sorède, Le Boulou, Millas, Arles-sur-Tech, etc. ;
  • l'église abbatiale de Saint-Génis-des-Fontaines.
L'abbaye de Saint-Génis-des-Fontaines, faite en marbre blanc. © Hawobo, Wikimedia, CC by-sa 2.0

L'extraction commença dès le IVe siècle. Les carrières étaient situées le long de ce que l'on appelle aujourd'hui la « route de la forêt », voie qu'empruntaient les marbriers. Pour la tracer, de nombreux ouvrages furent édifiés : murs de soutènement, empierrements, aqueducs, etc. Le marbre descendait vers la plaine par cette route, mais un chemin menait aussi vers l'Espagne pour les livraisons aux commanditaires espagnols.

Le linteau de Saint-Génis-des-Fontaines est en marbre blanc de Céret. Le texte que porte ce linteau permet de le dater précisément : « Anno videsimo quarto rennate rotberto rege wilielmus gratia aba ista opera fieri iussit in onore sancti genesii cenobii que vocant fontanes », qui signifie : « La vingt-quatrième année du règne du roi Robert, l'abbé Guillaume, par la Grâce de Dieu, ordonna de faire cette œuvre en l'honneur de saint Génis, au monastère que l'on appelle "des Fontaines" ». Robert II le Pieux, fils d'Hugues Capet, régna de 996 à 1031 ; il s'agit donc de l'année 1020 (à un ou deux ans près). Cette sculpture n'était pas destinée à être un linteau, elle servait de support d'autel ; c'est au XIIe siècle que l'œuvre fut placée au-dessus de la porte de l'église.

Sculptures en marbre blanc, lions et Omeyyades

Beaucoup de sculptures en marbre de Céret représentent des lions ailés et affrontés ; à ce propos, on peut écouter Jean Raynal, qui voit leur origine dans les motifs omeyyades de Cordoue, du VIIIe au XIXe siècle.

Peu après 632, les Omeyyades surent imposer leur marque dans le domaine architectural. La flore, la géométrie, les figures humaines et animales y abondent, avec un réalisme, une fidélité à la nature et une impudeur (baigneuses, danseuses aux seins nus...). C'est en partant des principes qui inspirèrent les créateurs omeyyades que l'art de l'islam naquit.

Parmi ces motifs, des lions : la porte des Lions est la porte d'entrée dans la vieille ville de Jérusalem par la muraille orientale, côté vallée du Cédron. Son nom officiel est « porte du Jourdain », mais elle est mieux connue sous son nom hébraïque « porte des Lions », qui fait référence aux lions sculptés, emblème du sultan mamelouk Baybars, qui fut responsable de la chute du royaume latin de Jérusalem. Selon une légende, ces lions seraient apparus à Soliman pour lui ordonner de construire les remparts de la ville.

Céret et le pont du Diable

Le pont du Diable fut construit en 1321. Il se situe à Céret, près du village de Saint-Guilhem-le-Désert. Le travail avait été entrepris aux frais de Céret, mais diverses communes du Haut-Vallespir contribuèrent pécuniairement à sa construction.

Le pont du Diable, à Céret. © Tubamirum, Wikimedia Commons, CC by-sa 3.0

Au XIVe siècle, les deux rives du Tech étaient reliées par un pont de bois régulièrement emporté par les crues. Une idée logique vint : faire un pont en maçonnerie, mais à quel endroit ? La plupart des ingénieurs déclarèrent le projet irréalisable.

Toutefois, selon la légende, l'un d'eux, alléché par la somme offerte, prit l'engagement de mener à bien le projet en un an. Les travaux commencèrent au Grau d'Exala. Mais les eaux emportèrent les échafaudages ! Pourtant, six mois après, le pont enjambait le Tech. Tout à coup, tout craqua et s'écroula. La colère de l'ingénieur fut à son comble et celui-ci eut à refaire le pont en six mois, sans crédit nouveau, sous peine de mort.

Le jour fatal, approchait. Tout allait bien, mais le tonnerre gronda (un orage arrivait) ; le fleuve gorgea les berges, emporta tout et notre ingénieur désespéré fuit dans la montagne. Un homme s'adressa alors à lui. Le dialogue entre eux aurait été le suivant :

 -Où vas-tu ?

-Que t'importe ? Laisse-moi passer, (mais, intrigué) qui es-tu ?

-Que t'importe ? Ce soir, à minuit, le pont sera relevé mais tu me livreras le premier vivant qui le traversera.

L'ingénieur frissonna : seul le Diable était capable de cela mais il accepta. L'ingénieur regagna sa demeure à la faveur des ténèbres puis ressortit avec un sac de toile. Vers onze heures, le pont prenait forme. 

Minuit ! Aussitôt, notre ingénieur ouvrit le sac. Un chat noir s'en échappa, traînant une casserole de fer. Le Diable terminait son œuvre. Il voulut mettre la main sur le premier passant, qu'il croyait être un chevalier faisant du bruit avec son armure. Trompé par le matou, il disparut, laissant le pont inachevé. Ce dernier serait resté tel quel, car aucun des ingénieurs n'aurait pu fixer la dernière pierre.