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De l'amadou pour produire le feu

Dossier - A la découverte de l'Amadouvier
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L'amadouvier, Fomes fomentarius (L. : Fr.) Fr., est un champignon d'apparence anodine mais trop coriace pour être consommé. Il a pourtant été cueilli et utilisé dès les temps préhistoriques. Ce dossier propose un bilan des connaissances relatives à ce champignon en l'évoquant sur les plans mycologique et écologique, mais également par le biais de ses nombreux usages à travers la préhistoire, l'histoire, l'histoire de la médecine, de la pharmacie et de l'odontologie, l'ethnologie…

  
DossiersA la découverte de l'Amadouvier
 

A l'époque préhistorique, les hommes allumaient le feu grâce à des étincelles produites par la percussion d'un morceau de bisulfure de fermarcassite ou pyrite contre une roche dure (du silex, par exemple). Pour récupérer l'étincelle, il était nécessaire d'utiliser une substance capable de s'embraser facilement. L'amadou, chair de l'amadouvier, compte parmi les matières les plus efficaces dans ce domaine. On a d'ailleurs découvert un morceau d'amadou dans le matériel d'Ötzi, cet homme de l'âge du cuivre, retrouvé parfaitement conservé, car congelé, dans un glacier à la frontière austro-italienne en 1991.


Production du feu grâce à un morceau de marcassite, un éclat de silex et un fragment d'amadou (cliché : B. Roussel).

A partir de l'âge du fer, les fragments de bisulfure de fer sont remplacés par des briquets, petits objets en acier qui, percutés sur le tranchant d'un silex, produisent des étincelles.


Production du feu grâce à un briquet, un éclat de silex et un fragment d'amadou (cliché : B. Roussel).

L'amadou reste la matière préférentiellement utilisée pour s'embraser au contact des étincelles. Une fois celui-ci allumé, la flamme est produite grâce à un petit bâtonnet soufré, nommé allumette, qui est mis au contact de l'amadou incandescent. Les briquets à silex ne disparaîtront totalement en France qu'au début du XXème siècle.

Les étincelles produites par le briquet ne peuvent que difficilement mettre le feu à un morceau d'amadou. Pour être efficace, il doit être traité et conservé à l'abri de l'humidité.

Différentes méthodes furent utilisées pour améliorer l'amadou. Le traitement au salpêtre était au XVIIIème siècle le plus communément employé en Europe.


Avant de traiter l'amadou, il est nécessaire de le récupérer sous la cuticule dure du champignon (cliché : B. Roussel).

Ainsi, le mycologue Persoon (1761-1836) nous donne une description précise de ce procédé :

"Voici la manière de préparer l'amadou .... Après avoir exposé l'amadouvier dans un milieu frais ou dans une cave, pour le faire ramollir un peu, on le coupe ensuite par tranches minces ; on rejette la partie par laquelle le champignon adhérait à l'arbre ; on retranche aussi les tuyaux : on bat ces lames sur une pierre unie ou sur un billot de bois avec un marteau de bois ; on les dispose ensuite par lits dans une grande marmite de fer ou un chaudron ; on y verse de l'eau en suffisante quantité pour que le tout surnage, et on ajoute du salpêtre selon la quantité d'amadou : on fait bouillir le tout une demi-heure ou une heure. Après ce temps, on retire ces tranches et on les fait sécher lentement à l'ombre ou dans un lieu médiocrement chaud ; ensuite on recommence à battre ...."

Des bains dans une solution de poudre à canon, de suint extrait de la laine de mouton ou de cendres ont parfois été utilisés.

A l'époque moderne et jusqu'au début du XXème siècle, la fabrication de l'amadou était réalisée par des artisans spécialisés, nommés les "amadoueurs". Les principaux centres de fabrication se trouvaient en Allemagne, en particulier dans la Forêt-Noire et autour des villes d'Ulm et de Neustadt. Au début des années 1870, il y avait dans le Baden trois grosses firmes qui fabriquaient et commercialisaient l'amadou, une à Fribourg et deux à Todtnau . Au total, ces entreprises employaient près de 70 personnes. En 1914, la manufacture d'Ulm produisait encore 50 tonnes d'amadou par an. D'autres centres de production existaient en Suède et dans les Carpates. En France, l'amadou était fabriqué en Gironde ainsi qu'à Niaux dans l'Ariège. A côté de ces centres de production quasiment industriels, les gens de la campagne fabriquaient eux-mêmes leur amadou pour leurs besoins quotidiens.

Pour être utilisable, l'amadou doit toujours être conservé au sec. Des boîtes ou des cornes spécialement conçues permettaient donc de le protéger de l'humidité.


Boîte à amadou conservée au Musée de la Pharmacie de Montpellier (cliché : B. Roussel).

Dans certains cas, les briquets étaient eux-mêmes munis d'un petit compartiment permettant de stocker un morceau d'amadou et un éclat de silex.


Briquet muni d'une logette en métal pour ranger l'amadou et le silex. (cliché : B. Roussel).

Le briquet "à amadou" sans amadou !

A partir des années 1840, l'amadou est parfois remplacé par des mèches de coton trempées dans une solution chimique. C'est ainsi qu'apparaissent les célèbres briquets "à amadou" qui ne contiennent pourtant plus d'amadou.


Briquet dit "à amadou" du début du XXème siècle (cliché : B. Roussel).