En France on a "battu le briquet" jusqu'à la guerre de 14-18 comme l'atteste ce témoignage d'un certain Deherrypon, de la vie quotidienne dans la Hollande de la fin du XIXe siècle :

"Sur la tablettetablette de la cheminéecheminée de notre cuisine, on remarquait, il nous semble la voir encore, une boîte ronde en ferfer blanc, bosselée, mal entretenue, pas très propre ; et c'est précisément cette dernière particularité qui la faisait remarquer, car son négligé jurait au milieu des splendeurs de propreté d'une cuisine flamande. Cette boîte était munie d'un couvercle à frottement qui la fermait hermétiquement, et lorsqu'on avait soulevé ledit couvercle, on avait sous les yeuxyeux deux objets significatifs : une pierre à fusil et un briquet ; mais où donc était l'amadou ?

Production du feu grâce à un briquet en acier © Photo B. Roussel

Production du feu grâce à un briquet en acier © Photo B. Roussel

En y mettant un peu plus d'attention, on s'apercevait bientôt que le rond visible de la boîte était un disque, également en fer blanc, qui était mobile et recouvrait les chiffons brûlés auxquels il servait d'étouffoir. Le briquet était donc complet ; mais la question était de savoir en tirer du feufeu. Pour cela, il fallait d'abord prendre une chaise et s'asseoir.

On fixait ensuite solidement la boîte entre les deux genoux, comme on fait d'un moulin à café ; on serrait fortement entre le pouce et l'index replié de la main gauche, la pierre à fusil, dont on ne laissait, pour plus de solidité, dépasser que strictement le nécessaire ; et enfin, de la main droite, on saisissait le briquet ; les préparatifs étant alors terminés, on consacrait quelques secondes à examiner si toutes les choses étaient en règle, et à prendre sur la chaise, une solidesolide assiette. L'instant critique était arrivé.

On introduisait la pierre à fusil et conséquemment une bonne partie de la main gauche dans la boîte, afin de rapprocher, autant que possible, la pierre et les cendres de chiffon ; et l'on frappait un premier coup de briquet dont on n'espérait pas grand-chose ; il n'avait pour objet que de prendre la mesure des coups ultérieurs. Puis un second coup, sérieux, celui-là, un troisième... Rien !... Un quatrième... Aïe ! (on a frappé sur son pouce)... Un cinquième ...! Un sixième ... Ah ! Une étincelle !...Un septième... Autre étincelle qui semble vouloir se fixer sur les chiffons, mais qui s'éteint !... Un huitième... Un dixième... Un quinzième... Enfin ! Une bienheureuse étincelle s'est accrochée aux chiffons ; on aperçoit, à leur surface un tout petit point en ignition ! Vite on lâchait pierre et briquet, et, le neznez dans la boîte, on soufflait, on soufflait jusqu'à ce que le soufresoufre d'une allumetteallumette de chanvre pût être enflammé. Ouf ! La chandelle était allumée.

Allumage d'un brin d'amadou au briquet à marcassite, © Photo Berthoumieux - J.Collina-Girard

Allumage d'un brin d'amadou au briquet à marcassite, © Photo Berthoumieux - J.Collina-Girard

Cette opération, pénible en plein jour, devenait interminable dans l'obscurité ! Nous nous souvenons que pendant l'hiverhiver, Mitje, notre vieille servante, devait quitter son lit une demi-heure plus tôt que d'habitude, en raison du temps supplémentaire qui lui était indispensable pour allumer, dans les ténèbres, le feu nécessaire à la confection du café. De notre lit, nous entendions la pauvre vieille chercher à tâtons, cette maudite boîte d'abord, et sa chaise ensuite ; puis se démener comme un diable avec la pierre et le briquet. Il arrivait parfois que la pierre ou le briquet lui échappa des mains ; il fallait entendre, alors, l'avalancheavalanche d'imprécations flamandes que Mitje adressait à la boîte, au briquet, au café, à la TerreTerre entière, pendant que, rampant à quatre pattes, elle fouillait les ténèbres pour y retrouver l'inconscient auteur de toutes ces fureurs. Concevons qu'il y avait lieu d'envier le sort du sauvage avec ses deux morceaux de boisbois."

L'utilisation du briquet

Le principe de ces procédés est que le choc du silex (ou "pierre à feu") arrache une particule incandescente à l'acieracier du briquet (ou "fusil"). Cette étincelle est alors reçue sur une substance inflammable. À cet effet, divers produits sont utilisables, les plus classiques étant l'amadou et la toile carbonisée (étoupe).

Usage et fabrication de l'amadou

Le vrai amadou est un excellent produit tiré d'un champignonchampignon ligneux parasiteparasite des vieux troncs. Le cœur du champignon, sous une couche fibreusefibreuse et incombustible, est composé d'une substance ouatée et orangée. Cette substance est parfaitement apte à recueillir des étincelles.

Les amadous traités à l'ère industrielle par une imprégnationimprégnation aux nitrates subissaient dans les campagnes des traitements plus artisanaux parfaitement accessibles à l'homme préhistorique.

L'ébullition dans des lessives de cendres suivie d'une imprégnation par le suint de la laine de mouton (riche en potassiumpotassium) est pratiquée en Bulgarie. L'ébullition prolongée dans un mélange d'eau et de suiesuie était habituelle en Sibérie. En Grèce on faisait macérer le champignon dans l'eau riche en tanintanin qui stagne à la fourche des vieux arbresarbres.

Des usages plus inattendus de ce champignon on été notés. En Roumanie il servait à fabriquer, par feutrage, couvre-chefs et vêtements, et cet artisanat, qui serait originaire de Hongrie, perdure actuellement dans la région de Brasov. En pharmacie ce produit était vendu partout comme hémostatique. Certains polypores jouiraient, en plus, de propriétés antiseptiquesantiseptiques.